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Rapport statistique sur le canton d'Anse; par M. de la Chassagne.

Plusieurs parties de schistes ferrugineux, attirables à l'aimant, furent découverts par notre confrère dans la montagne de Montrond; il en envoya des échantillons au conseil des mines qui les trouva d'une teneur suffisante pour exciter une entreprise. Elle n'a pas eu lieu; et cette montagne, comme plusieurs autres parties de notre sol, recèle des richesses minérales que nous y laissons enfouies (1).

Si nous négligeons une grande partie des trésors cachés dans les entrailles de la terre, recueillons-nous du moins tous ceux que la nature nous offre à sa surface? Non sans doute. Cependant, nous sommes loin de mériter l'arrêt prononcé contre nous par un fameux agronome anglais (2), qui n'a vu dans notre département que des chêvres et des rochers. Ce détracteur systématique de l'agriculture française avoit, sans doute, hermétiquement fermé les portières de sa voiture lorsqu'il traversoit, en poste, la belle plaine du Beaujolais. Ecoutons l'agronome, qui long-temps dirigea nos travaux, parler de ce canton: Ambérieux en fait partie, on y cultive de l'avoine qui, années communes rend,

(1) Depuis un an on travaille à Montrond.
(2) Arthur-Young.

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avec une grande quantité de paille, 25 pour un. Le blé y est semé après le trèfle ou le chanvre. On y récolte dans la même année des céréales et des raves, ou d'autres légumes. On y voit encore les céréales succéder aux céréales sans épuisement du sol, et les jachères y sont à peu près inconnues.

Par suite de la hausse des vins, les vignes ont envahi des prés, des terres à chanvre. Il en est résulté une diminution de fourrage, de bestiaux, d'engrais, une augmentation de main d'œuvre, l'abattis des bois, et quelques tonneaux de mauvais vin incapable de vieillir.

Les vignes ne doivent pas quitter les coteaux; et là il faudroit leur donner une meilleure culture, les travailler deux fois, ne pas les sarcler en temps sec, imiter les vignerons du Beaujolais ; mais ceux-ci n'ont pas en général des moissons à faire, des foins à couper, et leurs femmes travaillent beaucoup.

On se dégoûte du trèfle parce qu'on a cru remarquer qu'il appauvrissait le sol, qu'il exigeait un plâtrage abondant, peu analogue à une terre forte et argileuse, et que lorsqu'il était maigre il était suivi d'une récolte de même nature. Cette légumineuse est abandonnée pour la luzerne plus propre à nourrir les vaches au vert et les chevaux au sec.

Les bois disparaissent: déjà la hache est à la belle forêt de Bagnols que M. de Montbellet a vendue. Quel intérêt pourrait-on avoir à conserver des forêts? Les impositions dont elles sont grevées absorbent les produits des coupes reglées, et elles sont en tout temps, la nuit comme le jour, devastées par des troupeaux de chèvres et des bandes de pillards. Les juges de paix sont sourds, les maires sans autorité, et les gardes champêtres ont peur des délinquans, ou ils s'associent avec eux (1).

et sous

Sur la statis- Partageant l'opinion de M. de Lachassagne tique d'Irigny, au sujet des gardes champêtres, M. Carelle accompagnée de quelques voudrait qu'on les formât par escouades en réidées sur l'or- sidence aux chefs-lieux de canton gardes - cham- l'inspection d'un propriétaire chargé de transpêtres et sur le mettre leurs procès-verbaux à l'autorité comrouissage du pétente. Devant être casernés, ils seraient tous

ganisation des

chanvre; par M. Carelle.

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célibataires, tous anciens soldats.... Dès-lors avec un traitement moindre que celui qu'ils ont isolément, ils vivraient en commun avec aisance; leurs tournées ayant lieu dans des directions variées, ils ne rencontreraient plus sur leurs pas

(1) Depuis que M. de Lachassagne exhalait ces plaintes amères, ce désordre a été réprimé en partie. Quand le serat-il entièrement?

les amis qui les séduisent, les ennemis qui leur imposent; ils se prêteraient un mutuel secours, et serviraient d'auxiliaires à la gendarmerie. Une part sur le produit des amendes serait la récompense du zèle journalier, et l'avancement le prix d'un bon service et d'une conduite soutenue.

Les vues de notre confrère sur l'embrigadement des gardes champêtres se sont reproduites plusieurs fois dans les mémoires des conseils généraux de département.

Celles qu'il a émises sur les moyens d'atténuer les effets nuisibles du rouissage du chanvre ont été exposées à plusieurs reprises; notre confrère ne croyait pas à la possibilité de suppléer cette macération délétère par un procédé mécanique. C'est là, au reste, un problême dont la solu tion complète n'a pas encore été donnée par l'ingénieuse machine de M, Christian.

Je passe à l'objet essentiel du mémoire de M. Carelle, la statistique d'Irigny. Cette commune qui fait partie du canton de St-Genis-Laval s'étend sur un coteau baigné par le Rhône à un myriamètre et demi de Lyon, vers le sud. Les abords en sont difficiles et l'industrie presque nulle.

Le village est très-ancien; il fut, d'après le père Colonia, le refuge des Chrétiens per

sécutés dans les premiers siècles de l'Eglise. L'auteur y a vu jadis des ruines antiques que la plantation de la vigne a fait disparaître.

Onze cents individus, dont trois cent cinquante enfans, en composent la population. Son territoire offre 400 bicherées de vignes (1), 1600 de terre à blé, 180 de prés aquatiques, 1000 d'un mauvais pâturage nommé les brotteaux où vont paître tous les bestiaux de la commune. Le Rhône cherche à s'y frayer un lit et il ne tardera pas à envahir une plage qu'aucune digue ne défend.

Les prés arrosés par la mouche, petite rivière dont les eaux ont peu d'écoulement, sont remplis de mousse, de plantes aquatiques qui nourrissent mal les vaches et rendent aigre leur lait. Les autres prés n'étant arrosés que par les pluies, sont du plus mince produit.

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Si peu de fourrage ne peut suffire au cheptel d'Irigny qui se compose (2) de 250 vaches, 80 ânes 20 chevaux. Le morcellement des domaines a fait disparaître tous les bœufs, et la sagesse de l'administration locale toutes les chêvres; à la place de ces dernières on entretient quelques brebis indigènes, d'une race assez belle.

(1) La bicherée d'Irigny est d'environ le 9.me d'un hectar. (2) En 1805.

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