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La pénurie de fourrages ne permet pas l'entretien d'un bétail nombreux et vigoureux. Les engrais manquent, et les terres sont mal labourées. Elles supportent comparativement aux vignes un impôt trop fort. « Nous avons, dit » M. de Monspey, un domaine en blé que nous » n'avons pas pu affermer 800 fr. bruts; il paye » 276 fr. d'impôt foncier, et un domaine de

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ce même revenu, en vigne, ne paye dans » la même commune que 76 fr. »

Sans les vignes, la population de cette plaine, réputée si riche, diminuerait de moitié.

La partie des montagnes commence à 45 toises au-dessus du niveau de la Saône, et s'élève jusqu'à environ 350; le granit en fait la base sans aucun mélange de calcaire. On n'y fait de bonnes récoltes que sur des terres qu'on a laissées en friches et qui ont servi de pâture pendant six ou huit ans. Celles qu'on cultive habituellement en pommes de terre, sarrasin, seigle, chanvre sont peu étendues et ne doivent leur fécondité qu'à l'abondance des engrais. Le chanvre y est mauvais, le seigle ne suffit pas à la consommation, les pommes de terre y sont excellentes, elles suppléent pour la nourriture des hommes à l'insuffisance du blé; elles engraissent le bétail. On mout le sarrasin, et sa fine farine sert à faire de gaufres et des gå

la gros

teaux sains et nourrissans, tandis que sière, mêlée aux pommes de terre cuites, engraisse en peu de temps les boeufs et les cochons.

Les cultivateurs de la montagne abreuvent trop leurs prés, ils ne les fument pas assez; ils ne connoissent point les prairies artificielles; cependant le sainfoin, la pimprenelle, même le trèfle réussiraient dans ces contrées (1). Elle convient très-bien aux arbres résineux, sans en excepter le mélèze, comme le prouve une expérience faite à Chenelette. On y cultiveroit avec succès le hêtre, le bouleau, le frène, sur-tout le noyer qui, fleurissant plus tard sous cette température, y serait moins, que sous celle de la plaine, exposé aux gelées printanières.

On pourrait sur-tout y augmenter les fourrages et avec eux le nombre des animaux et la masse des engrais; mais on aime mieux se livrer aux travaux manufacturiers: on quitte la bèche et la charrue pour la navette et le rouet. Brisson approuve beaucoup ce changement de condition qui, selon M. de Monspey, est triste et déplorable.

(1) Depuis l'époque où écrivait M. de Monspey Ies prairies artificielles ont pénétré dans les montagnes du Beaujolais; on doit cette importante amélioration à M. De la Carelle à Ouroux, Elleviou à Ternant, de St-Victor à Rono; ce dernier a ajouté à cette amélioration des plantations très-étendues.

Cet agronome parle, dans un autre mémoire, des prairies naturelles et artificielles du Beaujolais; il regarde celles qui bordent la Saône comme peu productives, excepté en pâture, et d'une amélioration difficile à cause des sécheresses et des inondations intempestives; il conseille de fumer au printemps, parce qu'à cette époque, si la rivière ne déborde pas et s'il survient de la pluie, la récolte peut être quadruplée; il lui paraît important d'étendre, toutes les semaines, les bouses des bêtes à cornes. Il a vu réussir les cendres dans les parties basses, la chaux pulvérisée, le plâtre, la poudrette dans les plus élevées. Avant de fumer les prés, il faut les purger des mousses. Il serait à désirer qu'ils ne se composassent que de trois ou quatre espèces de plantes graminées et légumineuses, fleurissant simultanément. L'auteur démontre, par des expériences et des calculs, combien il est désavantageux de faucher l'herbe avant ou après la floraison.

Les irrigations trop abondantes, intempestives, comme on les fait en Beaujolais, lui paraissent plus nuisibles encore. Il veut qu'on les pratique en avril, qu'elles soient de courte durée, répétées plus souvent sur les sols sablonneux que sur les crayeux, peu abondantes sur les argileux, qu'elles coulent lentement, qu'on n'attende pas, pour les arrêter, de voir

de l'écume autour du collet des plantes. Il fait remarquer qu'elles donnent, sur la montagne, de l'eau en général crue, acide, vitriolique.

Fumez davantage, dit-il, et n'arrosez pas tant. A l'appui de ce conseil, il cite une belle expérience qui lui est personnelle, et il passe à l'examen des prairies artificielles cultivées dans la plaine. Il propose de semer le trèfle en mars, à plat par un temps calme, avec cinq livres de graines par bicherées, de herser ensuite au fagot d'épines, de plâtrer huit ou dix jours après la première coupe. Le trèfle lui a suffi pour engraisser des bœufs.

Il a vu de la luzerne, sur un terrain sablonneux, aussi belle en vert que sur un sol argileux, mais qui, en se desséchant, a perdu un quart de plus. Cette plante, à poids égal, lui a paru moins nutritive que le trèfle. Le sainfoin serait préférable, s'il était plus productif et moins sensible à la chaleur et à l'humidité; il convient éminemment aux moutons.

M. de Monspey parle ensuite des essais qu'il a faits, des succès qu'il a obtenus avec le fromental dont la graine lui avoit été fournie par notre illustre Rozier, avec la pimprenelle, påture des moutons pendant l'hiver et qu'on plâtre, comme les légumineuses, avec les vesces qu'on a été forcé de proscrire; avec la grosse rave

très-productive, mais qui, donnée seule, engraisse mal les boeufs et leur fait faire un mauvais fumier.

Voici la conclusion de son mémoire:

« Dans une culture tout se réduit à des engrais proportionnés aux besoins des terres. Il est avantageux de faire des engrais chez soi; le bénéfice des bestiaux couvre toujours les frais. Il faut en proportionner le nombre aux engrais dont on a besoin, et avoir assez de prairies pour les nourrir amplement. Ainsi le ménage de la prairie est le point de départ de toute agriculture.

Cet objet, le plus important de tous, est un peu moins négligé aujourd'hui en Beaujolais qué du temps de M. de Monspey. Y cultive-t-on mieux les vignes?

Que d'observations a faites sur cette culture notre savant agronome! On ne choisit pas les plants, on mine incomplètement, en temps inoportun. On a laissé trop long-temps les boutures dans l'eau. On n'élague pas les jets parasites, on se dispense trop souvent de donner une troisième façon, on prodigue le fumier.

On devrait miner en temps sec, dans la direction du sud au nord, donner aux fossés 18 pouces de large, 22 de profondeur, laisser remper les sarmens au plus 8 ou 10 jours,

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