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suppléer à celle du noyer, arbre qui, du temps de Brisson, étoit cultivé dans tous les domaines du Beaujolais, et que cet auteur n'aimait pas beaucoup, accusant ses produits d'être trop coûteux, trop incertains, et son ombrage d'être nuisible aux plantes utiles des champs; il ne pense pas que la greffe puisse les préserver des gelées du printemps. Il prétend que cette même opération a rarement réussi sur le châtaigner. Il se félicite de ce que le fruit du hêtre rend fort peu d'huile; attendu, dit-il, qu'elle est mal saine, si elle n'a pas été long-temps gardée dans des cruches de grès bien bouchées et mises en terre. Il n'en regrette pas moins, et avec raison la disparution d'un arbre qui, dix ans auparavant était, à St.-Just-d'Avrai et à Rono, assez nombreux pour fournir à de grands ateliers de sabottiers.

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Il parle de deux cultures, plus singulières qu'importantes, depuis long-temps abandonnées : celle des orangers en pleine terre, auprès du château de la Chaize, orangers qu'on enfermait tous les hivers dans une espèce de serre portative. L'autre est celle de la soude à Thisy, principalement dans la vue de donner aux moutons un préservatif contre la cachexie nommée pourriture.

Comme je l'ai fait observer dans l'essai de

statistique bovine que j'ai eu l'honneur de mettre sous vos yeux, Brisson dit peu de chose sur les animaux domestiques du Beaujolais. Il assure que le défaut de pâturages ne permet pas d'y élever les poulains avec succès, que les jumens y sont rares, que des étalons y seraient à peu près inutiles (1).

Les boeufs, dit-il, sont dans toute la province employés à la culture; il en porte le nombre à trois mille cinq cents paires distribuées dans les deux mille cinq cents mé

(1) M. Louis de Maleden, auteur d'un ouvrage sur les haras, n'est pas de l'avis de Brisson; il dit en parlant du Beaujolais, Lyonnais et Forez: « Les habitans de ces con»trées avaient tellement secondé les vues du gouvernement » qui y entretenait des étalons de différentes races, qu'on » avait remarqué depuis quelques années les progrés que ces » étalons avaient faits. On y distinguoit l'émulation qu'ils » avoient donnée aux riches propriétaires et cultivateurs, » qui s'étaient d'abord conduits de père en fils avec une in» différence trop frappante, qui les privait d'avoir une place » parmi les hommes qui apprécient les chevaux. On voyait » depuis, de jolis poulains provenant d'accouplemens faits » avec goût, ce qui leur rapportait annuellement de gros bé» néfices, et leur donnait la renommée d'avoir part aux re» montes de la cavalerie, des troupes légères, et de ne pas > aller puiser chez leurs voisins des chevaux de voiture et de » luxe.» (Réflexions sur la réorganisation des haras, etc. par M. Louis de Maleden, ancien lieutenant-colonel de cavalerie, etc. Paris 1803, 1805, page 52.)

Rapport sur

Les

tairies des communes qui n'ont point ou presque point de vignes. - Des vaches sont employées quelquefois, soit à voiturer, soit à labourer; il y en a à peu près le double des bœufs dans chaque domaine, etc. Les choses ont bien changé depuis cinquante ans. Ce n'est plus de temps en temps qu'on y voit des vaches à la charrue, et leur nombre n'est plus deux fois, mais vingt ou trente de celui des bœufs. - Les brebis sont de la plus chétive espèce, et sujettes, dans la plaine, à la pourriture. chèvres ne sont guère soignées que par de pauvres gens. On pourroit prévenir le dégat qu'elles causent en les tenant toujours à l'attache, comme on le fait au Mont-d'Or. - On a quelques ruches en bois ou en paille qui donnent chacune pas an, une livre de cire valant 25 sols, et cinq livres de miel se vendant 20 s. total 45 s. C'est un bien modique revenu, encore n'est-il pas assuré.... (Telle étoit en 1770, d'après Brisson, l'agriculture du Beaujolais; voyons ce qu'en a dit en 1805 M. Paul de Monspey.

Ce fut à la section de votre société, séante

la statistique dans l'arrondissement de Villefranche que M.

de l'arrondis

sement de Vil- de Monspey communiqua trois excellens mélefranche ; par moires de statistique; l'un sur la culture en

M. Paul de

Monspey.

général du Beaujolais, l'autre sur les prairies, le troisième sur les vignes de cette contrée (1).

Le premier de ces ouvrages commence par des notions topographiques sur la grande plaine du Beaujolais; elle est située à 46 degrés justes, de latitude boréale; il s'en faut d'un seul degré pour qu'elle se trouve à égale distance du pôle et de l'équateur. Son élévation, au-dessus de la Méditerranée, est de 40 toises; le lit de la rivière dont elle est arrosée est de 65 toises au-dessous de celui de la Loire. Jamais n'y soufflent les vents du sud au nord par l'est. Peu de contrées de la France sont exposées à de plus grandes variations de température. Elle renferme quarante-cinq communes, et le département entier cent trente-trois.

Recouverte d'une couche épaisse d'humus reposant sur un fonds argileux, cette plaine serait très-fertile, si elle étoit moins exposée aux intempéries et cultivée avec plus de

(1) M. Paul de Monspey, commandeur de l'ordre de Malte, s'était livré, dès sa tendre jeunesse, à l'étude des sciences physiques ct naturelles; il avait voyagé en savant philantrope dans une grande partie de l'Europe, et il avoit consacré ses dernières années à la pratique raisonnée de l'art nourricier des hommes. ( Voyez sur cet homme respectable une Notice dans le Compte rendu des travaux de la Société pour 1807.)

méthode, si on y donnoit plus de soins à l'entretion du bétail. Les prairies artificielles y furent introduites par MM. de Monspey, et l'auteur en rapportant ce fait honorable donne une preuve nouvelle de la difficulté d'établir les améliorations agronomiques, «Nous sommes, dit» il, les premiers qui ayons cultivé des trèfles » dans cet arrondissement; nous avons vu vingt » ans se passer, sans que notre exemple ait été » imité, malgré le succès constant de nos ré>coltes. Un de nos cultivateurs faisait manger » nos trèfles la nuit, pour nous prouver le jour >> que cette espèce de fourrage ne pouvoit pas >> réussir; il reçut son congé, et son fils que >> nous plaçâmes dans le domaine, a constam» ment réussi dans cette culture pendant trente

>> ans. »

La luzerne, dont la végétation est soumise à moins d'accidens que celle du trèfle, offrit à ces agronomes un fourrage encore plus abondant; ils en firent quatre coupes par an. Ils essayèrent avec moins de succès le sainfoin. Ils recommandèrent ces trois légumineuses, dont chacune convient dans des localités particulières; et néanmoins, au moment où écrivait M. Paul de Monspey, la plaine de l'arrondissement ne recueillait qu'un tiers des fourrages dont elle aurait besoin pour étre bien cultivée.

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