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Quoiqu'il en soit, laissons l'auteur tracer l'historique des manufactures du Beaujolais, et en relever les avantages; passons sous silence ce qu'il dit sur l'histoire politique, civile et naturelle de cette petite province; exposons en peu de mots ses opinions sur l'agriculture: il parle peu de la vigne, s'étend longuement sur deux cultures nouvelles qui lui paraissent peu avantageuses, celle du mûrier et celle des pommes de terre. Il montre combien en général est misérable celle du blé. Il donne quelques détails sur les bestiaux ; il passe en revue d'autres objets agricoles, plus ou moins importans, tels que le colza, le noyer, le chanvre, le lin, etc.

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Le vin est la principale récolte de quarante communes. De qualité supérieure à Juliénas > Chènes, Fleurie, Quincié, St-Lager, Charentay, dont les vignobles sont à l'orient, il est médiocre dans d'autres cantons dont l'exposition est différente. Par-tout les cultivateurs exploitent entièrement à leurs frais, partagent avec le propriétaire, et sont plongés dans la misère, toutes les fois que des intempéries, très-fréquentes en Beaujolais, anéantissent leur unique récolte. C'est pour les préserver d'un sort qui les menace sans cesse, que l'auteur propose une caisse de secours et des mesures pour déjouer le monopole des commissionnaires. Il ne donne

qu'un seul conseil sur la culture: il consiste à espacer les lignes de ceps, et à ménager entr'elles des tranchées assez larges pour recevoir toutes les dépouilles des vignes,

Quoique les climats des vignes soient aussi ceux du mûrier, Brisson ne conseille pas cet arbre aux vignerons du Beaujolais; il lui reproche de nuire aux cultures voisines, et il soutient que les viscissitudes athmosphériques de la contrée compromettent beaucoup l'éducation des vers à soie. Trop d'exemples ont répondu à cette assertion pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter.

Malgré sa répugnance pour le mûrier, l'auteur a été forcé de convenir que cet arbre avait été cultivé avec succès aux environs de Villefranche, à St-George-le-Rogneins, dans la terre de Vallière, etc. Il discute ensuite les avantages des mûriers sauvageons et des mûriers greffés; il cite en faveur des premiers M. Munet, architecte de Lyon, cultivateur habile à Grigny, et M. Thomé, à Brignais. Parmi les partisans des sauvageons, il nomme M. Flachon, ancien échevin. Il dit qu'à Grigny, commune de la généralité où il s'élève le plus de vers à soie, on est persuadé que les sauvageons durent plus long-temps, et que, par leur usage, les cocons rendent un dixième de plus. Sans décider la

question, l'auteur soupçonne que les sauvageons conviennent sur les terrains forts, les greffés sur les terreins maigres.

Il regrette pour le seigle le sol qu'on donne à la pomme de terre. Elle exige, dit-il, des façons des engrais, des terres de choix sa récolte est coûteuse, son transport embarrassant, sa conservation difficile ; ne rendant aucun fumier, elle consomme, à la longue, tout celui de la ferme; c'est un véritable ver rongeur de l'agriculture; les bestiaux qui s'en sont engraissés dépérissent si on ne se hâte de les livrer au boucher; c'est pour l'homme un fort mauvais aliment qui a rendu plus fréquentes les fluxions de poitrine, les pleurésies, les fièvres de l'espèce qu'on appelle putrides.

Tant d'accusations n'ont pas empêché la pomme de terre de se propager en Beaujolais, et on a vu en même temps, de meilleurs systèmes d'assolement s'établir, les jachères disparoître, le nombre des animaux s'accroître, les engrais augmenter, et avec eux toutes les récoltes, même celle des céréales (1).

Quelque peu avantageuse que soit aujourd'hui en Beaujolais la culture des céréales, ne l'était

(1) Quant au reproche d'insalubrité, l'auteur dit naïvement ailleurs qu'il pourrait bien aussi s'appliquer au genre de vie que la fabrication des toiles prescrit.

elle pas moins encore du temps de Brisson? «Dans >> les bonnes terres, dit-il, les grains rendent, tous >> frais faits, quatre à cinq pour un; dans les terres » moyennes, deux à trois; dans les terres mai>>gres, un seul grain reste après les dépenses » et les semences levées. Prenant, ajoute-t» il, le terme moyen des récoltes, ce serait >> porter trop haut le produit revenant net au » propriétaire, que de le fixer à un grain >> et demi pour grain, sur quoi il a encore » les charges publiques et féodales à payer. >> Il dit ailleurs: « Pendant long-temps, le bas

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prix des grains, dans les provinces voisines, >> réglant celui de l'intérieur du Beaujolais, » où les récoltes sont si médiocres, il avait » été calculé par des personnes intelligentes, » qu'il y aurait à gagner pour elles de laisser >> leurs terres en friches, en affermant leurs prés, plutôt que de faire valoir la totalité » de leurs métairies.

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>> Ces métairies de montagnes sont d'un si mince » produit, au moins dans près de cinquante « métairies, qu'on peut assurer qu'il n'y en a >> presque pas une dont on trouve 400 livres >>> de ferme. Une très grande partie des terres labourables y est laissée en >> friche, jusqu'à ce que les genêts y ayent

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poussé en grande abondance, et il faut pour >> cela six, huit, dix ans ; alors on y fait des >> brulis aux mois d'août, de septembre et » d'octobre.. Les champs que l'on >> cultive ainsi, se donnent ordinairement à >> travailler et sous la retenue seulement de la » paille, ou sous la réserve d'un quart de la » récolte. Les trois autres quarts demeurent >> au cultivateur de cette année; l'année sui» vante, les profits se partagent par moitié : >> on y fait rarement plus de deux récoltes » consécutives: la première en blé, l'autre en >> avoine. Ensuite il faut laisser ces malheureux >> champs se couvrir de genêts. On y fait paître >> quelques bestiaux dans cet intervalle, mais >> quelle nourriture peut-on attendre d'un si >> maigre terrain ? ne vaudroit-il pas mieux y » faire des plantations en pins qui croissent >> volontiers sous ce climat, et dans un sol peu `>> profond? >>

! Sous ce climat malheureux, l'avoine, dit l'auteur, se sème trop tard, le sarrazin ne mûrit pas assez tôt; le chanvre est peu avantageux à cause des engrais qu'il exige; les raves languissent et se cordent. Quant au colza, introduit à cette époque depuis environ douze ans, il ne convient que dans la plaine et les cotaux peu élevés. L'huile de cette plante est venue

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