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gnala avec intérêt les premiers travaux, principalement ceux qui furent propres à Thomé, citoyen respectable, qui semblait avoir voué sa vie à deux importantes améliorations, la char→ rue-semoir et les vers à soie. Le semoir fut tour à tour adopté, abandonné, repris, pour être négligé de nouveau. Combien de découvertes utiles éprouvent ces altérnations avant de s'établir pour toujours! Les vers à soie n'eurent pas un sort différent. A la voix de Thomé, on se livra à leur éducation; c'est dans sa pépinière de mûriers, la première de ce genre qui ait été établie près de Lyon, qu'on prit des pourrettes qui devinrent de beaux arbres, dont quelques-uns subsistent encore. Après avoir cultivé les mûriers avec grand soin, on les arracha presque par-tout; ils se propagent de nouveau, et les vers à soie qui avaient, pour ainsi dire, disparu autour nous, se multiplient aujourd'hui abondamment. Grâces en soient rendues au zèle éclairé de M. le Comte de Marnézia et à vos efforts soutenus; mais n'oublions pas que cette amélioration précieuse fut

S

un titre où on lit: Mémoires pour servir à l'histoire de départemens de Rhône et de Loire, par Alléon-Dulac ; Paris et Lyon, 1795. (Ces tours de libraire, qui ne sont pas rares, trompent les acheteurs et déroutent les bibliographes)

introduite primitivement par Thomé, et proclamée par Alléon Dulac.

Alléon-Dulac ne se borna pas à faire connaître les travaux de Thomé; il s'empressa de plus à annoncer les premiers succès de l'École vétérinaire que l'illustre Bourgelat avait, depuis peu de jours, créée dans nos murs. Il démontra les avantages du canal de Givors qui venait de s'ouvrir, ceux des filatures de coton qui, à travers mille obstacles, s'étaient introduites en Beaujolais. Il fit voir l'utilité bien plus grande des pommes de terre qu'il nomme truffes blanches, et dont la culture commençait à se propager à cette même époque. Il parle de truffes noires qu'on trouvait à l'Arbresle, à Bully, à St-Germain, à Châtillon d'Azergues. Ce champignon délicieux a sans doute disparu avec les futaies qui lui servaient d'abri. Le déboisement de nos campagnes excita les regrets amers d'AlléonDulac. Que sont devenues, s'écrie-t-il, ces belles forêts qui naguères couronnaient nos côteaux, et s'étendaient jusqu'à Eculy, aux portes même de Lyon? et quel eût été le sort de cette grande cité, si les mines de houille ne s'étaient pas ouvertes pour suppléer à la disette du bois ? Du temps de cet observateur, des taillis et des futaies firent place à des vignes, et des

plages arides à des guérets. L'agriculture éprouva une grande révolution, dont l'extension des vignobles fut le principal résultat.

Alléon dit, d'après Eusèbe, que les premiers ceps, cultivés dans les Gaules, furent plantés aux portes de Lyon, sur les flancs du Montd'Or, et confiés aux soldats de l'empereur Probus. Cependant Pline le naturaliste, Martial et Columelle parlent des vins de Vienne, comme fesant les délices des Romains. On croit que ces vignes, ainsi que d'autres, existant déjà dans les Gaules, furent arrachées par les ordres de Domitien, et que Probus rétablit au Montd'Or une culture proscrite par un tyran. Quoiqu'il en soit, les vins de ce territoire, jadis renommés, sont rangés par Alléon parmi les plus

communs.

Il classe ainsi ceux du Lyonnais: 1.o CôteRotie, 2.0 Ste-Foi, 3.0 Grigny, Charly, Millery, Ste-Colombe, Ampuis; 4. Saint-Genis, Brignais. Les meilleurs vins du Beaujolais viennent selon lui de la Chaize, Vougy, St-Lager, Juliénas, Fleurie. Il ne mentionne ni ceux de la Chassaigne, ni ceux de Torrains, ni ceux de Brouilly. Déjà de son temps, on augmentait par un excès de fumier les produits de la vigne aux dépens de leur qualité; on mêloit les vins

légers du Beaujolais aux vins spiritueux du Languedoc; on droguoit les premiers pour les em ́pêcher de tourner.

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L'auteur dit avoir vu des vignes exposées au nord produire de meilleurs vins que d'autres dont l'exposition était au midi. Il donne la préférence aux ceps du pays, à raisins noirs.- Il veut qu'on les taille en février, le plus tard en mars, à moins qu'on ne préfère de pratiquer l'opération, immédiatement après la chûte des feuilles.

Il ne nomme que quatre insectes ennemis de la vigne, le gribouri, la bèche, le limaçon, et le hanneton. Il ne connaissait donc pas la désastreuse pyrale?

On voyait encore de son temps, tout le long du Rhône, et principalement en face de SaintPierre-de-Bœuf, des ouvriers, appelés orpailleurs, continuellement occupés à chercher de petites paillettes d'or, roulées par le fleuve.

Contemporain d'Alléon-Dulac, Brisson écrivit Mémoire surle une statistique du Beaujolais (1).

(1) Mémoires historiques et économiques sur le Beau jolais, ou Mémoires et observations sur les Princes de Beaujeu, la noblesse, l'histoire naturelle et les principales branches d'agriculture, de commerce et d'industrie du Beaujolais; par M. Brisson, de l'Académie de Villefran che, de la Société économique de Berne, des Bureaux

Beaujolais; par
Brisson.

Inspecteur du commerce et des manufactures, il s'y montre apologiste zélé des fabriques de toile et de coton qui se multiplièrent de son temps dans les montagnes de Tarare, de Thisy, de Chamelet. S'il faut s'en rapporter à ses calculs, sur cent mille individus qui peuplent le Beaujolais, quarante-deux mille seulement pourraient vivre des produits agricoles de cette contrée marâtre; et c'est dans l'industrie manufacturière que tout le reste puise sa subsistance. Ötez cette ressource, dit-il, et un très-grand nombre d'habitans, condamnés à des migrations annuelles, iront dans les provinces voisines scier le bois, peigner le chanvre, réparer les batteries de cuisine, ramoner les cheminées, montrer la lanterne magique, faire danser les ours, etc.

En imitant en cela les montagnards de l'Auvergne et de la Savoie, les paysans du haut Beaujolais seroient-ils moins sains, moins robustes, plus pauvres, plus malheureux?

d'Agriculture de Beauvais et de Lyon, inspecteur du commerce et des manufactures de la Généralité de Lyon. (avec cette épigraphe ).

Malheur à ces cœurs durs et nés pour les forfaits,
Que les besoins d'autrui n'attendrissent jamais.

Avignon et Lyon, 1770, in-8.° xvj pag. pour le titre, la préface, etc. 272 pag. pour le texte.

En

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