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ville de Abbeville, à tout ses gens, où il fut des habitans receu moult honnourablement et joieusement. Et en après aulcuns

peu

de jours, se départi de là, et par Amiens chevaulcba jusques à Compiengne. Et depuis s'en ala à Chasteler, où le conte de Saint-Pol le reçut moult grandement'et honnourablement, et y séjourna par aulcuns jours. Et encore s'en retourna à Compiengne.

Et entretant ses gens couroient très souvent ou pays d'Artois et és villes et pays du duc de Bourgongne et de ses gens. Et estoient moult enclins d'eulx faire dommage, pour et à cause principalment de la destrousse, de Montagu, dont assés par ci-devant est faite mencion. Et pour y obvyer furent envoyés devers ledit Daulphin, à Compiengne, l'évesque de Verdun et le seigneur de Ternant de par ledit duc de Bourgongne, aux quelz il promist qu'il feroit cesser ses gens d'armes de plus faire ycelles courses sur le pays. Nient mains, pour celle promesse cessèrent assés petit, ains continuèrent assés, en faisant de très

grans

desrois. Et meismement ceulx de la garnison d'Eu alèrent pillier les faulzbourgz de la cité de Cambray et le moustier de Nostre-Dame de Cantimpré. Et à leur retour privrent le chastel de Hérussart emprès Beauquesne, appertenant à messire Jehan de Fosseux, et le pillièrent du tout. Pour lesquelles entreprinses ceulz desdiz pays estoient bien en grand doubte, pour ce que la plus grand partie des nobles estoient alés, comme dict est, avec le conte d'Estampes devers le duc de Bourgongne.

Ouquel temps, le Roy remanda son fils le Daulphin qu'il retourpast devers luy à Tours en Touraine, où pour lors il se tenoit. Lequel y ala assés hastivement.

Et lui venu devers le Roy son père, fut grandement festoyé et moult noblement receu, tant du Roy comme des aultres grans seigneurs, pour la belle victoire qu'il avoit obtenue sur les Anglois, ses adversaires. Et tantost après lui fut baillié en charge d'aler après Sallezar, qui emmenoit grand foison de gens d'armes vers Guienne sans le copgié du Roy. Et luy fut commandé de le ramener, ou du moins luy oster ses gens. Si le poursievy moult radement et le raconsievy devers Auvergne, et fist tant que la plus grand partie des gens d'armes que ledit Sallezar avoit avec luy, se mirent avec ledit Daulphin. Lequel, de plus en plus fist très grosse assamblée, et se tira devers les pays du conte d'Armignac. Lequel il avoit en charge de prendre et le faire prisonnier de par le Roy son père. Et pour ce que ycelui conte d’Armignac se tenoit de sa personne en l'Isle de Jourdain, envoia, le Daulfin, aulcuns de ses capitaines, à tout foison de gens d'armes, logier ès faulzbourgs et autour d'ycelle ville, et leur ordonna et commanda qu'ilz gardassent bien que ledit conte ne se départesist de là. Et brief ensievant vint en sa personne. Au devant, duquel ycelui conte d’Armignac yssi pour aler au devant de luy. Lequel Daulfin dessusdit le fist prisonnier de par le Roy. Dont il fut moult esmervillé; mais pour lors ne le peut amender. Et avec ce fut prinse sa femme et aulcuns de ses enfans. Et sut ycelle ville de l’Isle Jourdain, en la plus grande partie, toute courue et pillié. Et y furent trouvés biens innumérables et à très grand habondance, et de très rịches et précieux joyaulx. Et avec ce furent mises en la main du Roy pluiseurs aultres de ses villes et forteresces principaulz.

Si fut la cause de sa prise pour ce que ycelui conte avoit fait pluiseurs désobéyssances au Roy, et qu'il avoit traictié de maryer une sienne fille qu'il avoit, au roy Henri d’Angleterre. Et furent les lettres des traictiés dessusdiz trouvés en aulcups de ses coffres. Et avec ce avoit fait morir le mareschal de France, c'est assavoir le seigneur de Severach, à la très grande desplaisance du Roy, son seigneur. Et quand le Roy, qui de long temps avoit esté adverti des besongnes dessusdictes, et que pour ycelles avoit envoyé devers luy solempnelle ambassade pour lui remoustrer les besongnes dessusdictes, luy signifiant la dessusdicte désobéyssance qu'il avoit faite et faisoit chascun jour à son souverain seigneur, il avoit respondu que se le Roy luy bailloit aucun empeschement en nulles de ses seignouries, ou faisoit baillier, il se alieroit à tel qui bien luy aideroit à garder contre toute sa puissance.

CHAPITRE CCLXXVI.

Comment le duc de Bourgongne mist la duchée de Luxembourg

en son obéyssance.

Or convient retourner à parler du duc de Bourgongne, lequel en ce temps faisoit grans préparacions pour aler en la duchée de Luxembourg. Et avoient pluiseurs moyens qui de jour en jour alòient et venoient devers luy pour sçavoir se on pourroit trouver auleuns bons moyens de traictier entre la duchesse et ceulx qui estoient avec elle désobéyssans, lesquelz enfin ne se peuvent trouver. Et pour ceste cause le dessusdit duc disposa du tour de eulx livrer torte

s'en vint à Ywis, qui est de

guerre, et les mettre en l'obéyssance d'ycelle duchesse. Si envoia premiers oudit pays,

maistre Simon de Lalaing, et de trois à quatre cens combatans avec luy, qui se joindirent et assamblèrent avec le conte de Vernembourg et les aultres nobles du pays de la marche qui estoient alyés audit duc de Bourgongne. Et se logèrent à Aillon et en aulcunes aultres villes qui tenoient la partie de la dessusdicte duchesse, comme dict est ci-dessus. Et eulx venus en ycelui pays, cuidèrent par moyens avoir l'obéyssance de Thyonville. A quoy ilz faillirent, pour ce que le conte de Clicq et ceulx de son party les avoit attrais de leur costé, et y mirent des gens de guerre pour les aidier à entretenir. Et depuis, assés brief ensievant, vint ledit conte de Clicq, à tout grand puissance, garny de charroy et babillemens de guerre, logier assés près de ladicte ville d'Arlon, qu'il entendoit à assiègier. Si y eut entre les parties grandes escarmuches, où furent aulcuns de ses gens mors et bléciés. Et depuis, doubtant la grand puissance du duc de Bourgongne, se retraist à Luxembourg. Durant lequel temps, les dessusdiz firent pluiseurs courses l'un contre l'autre. Et aloient les Picars aulcune fois coure jusques aux portes de Luxembourg. Et entretant, le dessusdit duc de Bourgongne se parti de Digon en très bel arroy, grandement acompaignie de chevaliers et d'escuyers, et et là se loga, et y fut receu de habitans moult joyeusement. Ouquel lieu de Ywis il conclud de faire assé

1. Aillon, lis. Arlon, comme au reste le texte lui-même le porte plus bas.

gier ung chastel noinmé Willy, qui estoit garny de pluiseurs sacquemans, qui long temps par avant avoient fait et faisoient encore de jour en jour de grans oppressions et tyrannies au povre peuple dudit pays. Et estoit leur chief ung nommé Jaquemin de Beaumont. Si eurent la charge de les asségier, Guy de Roye, le seigneur de Saveuses, Hue de Hæsines, et aulcuns aultres chiesz. Lesquelz y alèrent, à tout six cens combatans ou environ. Et y firent drécier pluiseurs groz engiens, qui fort adommagièrent ledit chastel. Et se disoient, les dessusdiz, estre au demoiseau de Commarcis, qui avoit esté en la compaignie du Daulfin à prendre la bastille de Dieppe, comme dessus est dict. Si fut adverti d'icelui siège, et pour le cuidier lever, assambla environ mil combatans, entre lesquelz estoient Le Ronchin, Pierre Robert, et pluiseurs aultres routiers de guerre. Si se tirèrent par pluiseurs journées en approuchant ceulx du siège dessusdit, et tant, qu'à ung matin fèrirent en leurs logis, et de première venue se boutèrent dedens, sans y trouver résistence, sinon assés petit. Nientmains, ceulx qui avoient la charge dudit siège, oyans l'effroy, rassamblèrent leurs gens moult en haste, en bonne ordonnance, et commencièrent à marcher avant contre leurs ennemis. Lesquelx assés tost ilz reboutèrent hors dudit logis, aux champs. Et là, de tous costés se commencèrent de très grandes escarmuches, auxquelles se porta très vaillamment, comme il me fut rapporté, messire Gauwain Quiéret, Hue de Longueval, et pluiseurs aultres, avec les chiefz dessus nommés. Lequel messire Gauwain y estoit venu ung jour devant, et les avoit adverti de la venue dudit

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