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PRÉFACE.

QU'IL soit impossible aujourd'hui d'étudier les sciences physiques avec fruit, sans une connaissance approfondie de la terminologie, c'est une vérité devenue triviale et désormais à l'abri de toute contestation. A ceux qui, pour justifier le dédain qu'elle leur inspire, citeraient encore l'autorité de Buffon et de Bonnet, on opposerait celle non moins imposante de J.-J. Rousseau, qui a si éloquemment proclamé la nécessité d'un langage spécial dans une branche du savoir humain à laquelle on ne donne le caractère de l'exactitude et de la précision qu'en exprimant une foule de nuances délicates dont la peinture ne trouve aucune ressource dans la langue usuelle. C'est dans les sciences physiques surtout qu'on peut dire, avec Voltaire, que si les hommes définissaient les mots dont ils se servent, il y aurait moins de disputes; car ce n'est pas assez d'être entendu, il faut encore qu'on ne puisse pas être mal interprété.

Depuis trente ans, l'histoire naturelle a fait de si grands progrès, elle s'est enrichie d'une telle masse de découvertes spéciales, et, par une conséquence nécessaire, l'art des classifications a été si laborieusement travaillé, que le nombre des termes techniques s'est accru à un point vraiment prodigieux. Présenter un tableau complet de ces termes pouvait donc être considéré comme un des besoins de l'époque. J'ai osé entreprendre ce travail pénible, qui nécessitait d'immenses recherches; car il fallait lire tous les dictionnaires, tous les traités élémentaires, tous les ouvrages généraux et spéciaux, toutes les monographies, tous les recueils périodiques, toutes les collections académiques, qui ont paru, tant en France qu'en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis d'Amérique et en Italie. Mais les difficultés et les fatigues s'évanouissent devant les puissans attraits de l'histoire naturelle, cette science aimable, qui fut la passion de mes plus jeunes ans, et à laquelle je croyais consacrer ma vie entière dans l'âge heureux d'illusions, où l'homme se berce du chimérique espoir de maîtriser les événemens et de fixer sa destinée.

N'ayant pas, comme Illiger, le projet d'écrire une terminologie systématique, et de présenter un certain nombre de termes choisis, mais voulant développer

sur une plus grande échelle, et d'après un autre

plan, l'idée qui domine dans le savant glossaire de Théis, c'est-à-dire réunir tous les termes dont les auteurs se sont servis, ceux même qui n'ont point reçu la sanction générale, l'ordre alphabétique était celui que je devais adopter, comme étant le plus commode. J'ai admis sans distinction tous les mots que j'ai rencontrés, bien que, dans le nombre, il s'en trouve beaucoup qui méritaient peu les honneurs de l'exhumation. Mais il m'a semblé qu'un dictionnaire devait être complet, du moins autant que possible, sans quoi il perdait une grande partie de sa valeur, et rentrait, malgré sa forme, dans la classe des ouvrages didactiques, qui ne sauraient guère être plus mal présentés que sous un pareil mode de rédaction. Je n'en demeure pas moins convaincu que, si l'orateur latin était fondé à dire: Imponenda nova novis rebus nomina, un de nos contemporains, dont le talent et le caractère commandent également l'estime (Raspail), l'était peut-être davantage encore à poser ce principe : <«< La science ne marche que par la nouveauté des faits; et la nouveauté des mots, ou la rend stationnaire, ou bien la fait rétrograder. >>

Quant au mode d'exécution que j'ai suivi dans ce Dictionnaire, le titre l'annonce d'une manière explicite. J'ai voulu donner la lexicographie des sciences qui ont pour objet les productions et les phénomènes de la na

sait

ture, en indiquant à chaque mot les écrivains qui s'en sont servis, les particularités de conformation, de structure ou d'action qui l'ont fait créer, les nuances d'acception que souvent il présente, et selon les auteurs, et selon la science dans laquelle on l'employe, enfin les synonymes et équivalens plus ou moins parfaits qu'il peut avoir. En un mot, mon but ne dépaspas les limites d'une exposition purement orismologique. Aussi ai-je dû, dans les articles consacrés aux ordres, familles et tribus, c'est-à-dire dans ceux qui concernent la classification, me borner aux énoncés qui rentraient rigoureusement dans mon plan, et m'abstenir d'énumérer les séries souvent si variées de genres qu'un même groupe nominal renferme dans des auteurs différens. Ce sera là l'objet d'un autre ouvrage dont je m'occupe depuis nombre d'années, qui offrira en outre un synopsis complet des genres créés depuis Linné, et dont celui-ci peut être considéré en quelque sorte comme l'introduction. Je n'ajouterai plus qu'une seule remarque, qui me paraît nécessaire pour faire apprécier le point de vue sous lequel je me suis placé : j'ai cru devoir multiplier les exemples, et partout j'ai choisi ceux qui semblaient être le plus propres à l'éclaircissement du texte. Je les ai d'ailleurs vérifiés pour la plupart sur la nature, sur de bonnes figures, ou au moins sur des descriptions bien faites. Si je me

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