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ENCYCLOPÉDIQUE,

OU

ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES Des productions les plus remarquables dans la Littérature, les Sciences et les Arts.

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I. MÉMOIRES, NOTICES,

LETTRES ET MÉLANGES.

DU VAMPIRISME.

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LES vampires viennent d'être mis en vogue par les romans et les pièces de théâtre. Ils ont été, pendant quelques semaines, le sujet des conversations et des articles de journaux; mais, ce n'est point par ce seul motif que nous allons leur consacrer quelques lignes. C'est parce qu'il a été une des grandes aberrations de l'esprit humain, que le vampirisme mérite d'occuper une place dans un ouvrage périodique, destiné à signaler la marche et les progrès ou les déviations de la raison humaine. Il n'est que trop près de nous encore, le tems où cette superstition se manifestait d'une manière déplorable chez des peuples que la civilisation européenne n'atteint que lentement.

TOME VII. 20 Cahier.

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On ne compte qu'un très petit nombre de nations qui, dans leur enfance, n'aient pas admis, comme croyance religieuse, l'opinion du retour des ames des morts sur la terre; il en coûte trop à l'homme de se familiariser avec l'idée que l'ame disparaît entièrement, dès que le corps tombe en dissolution; et il aime mieux supposer des esprits qui se rendent visibles, idée contradictoire et absurde, que d'admettre que l'ame cesse de se manifester dès que le corps a cessé d'agir. Mais, chez les peuples civilisés de l'antiquité, cette croyance n'inspirait du moins que des sentimens doux et bienveillans; on ne supposait aux mânes qu'un état paisible, et en quelque sorte passif: il était réservé à l'imagination fantasque des peuples barbares qui tirent leur origine de l'Orient, d'attribuer aux morts les passions et le caractère haineux et méchant des vivans, de les croire déchaînés contre le genre humain, et d'exercer sur leurs restes inanimés des actes de barbarie qui révolteraient les sauvages

mêmes.

C'est une idée généralement répandue chez les Hongrois et les Moraves, que certains morts reviennent la nuit tourmenter les vivans, surtout leurs proches, leur sucer le sang, et continuer ainsi une sorte d'existence terrestre, en subsistant aux dépens de leurs victimes. Cette croyance absurde se trouve aussi plus ou moins accréditée chez les Po-. lonais, les Silésiens, les Serviens, les Grecs, etc. Les Hongrois l'ont presque réduite en système; ils

reconnaissent, à des symptômes infaillibles, sur les corps morts, la propriété de revenir sucer le sang de ceux qui leur survivent; ils ont des moyens de la leur ôter et de s'en préserver, et ce sont eux qui ont donné aux morts, doués de la propriété de la succion, le nom d'ouipires ou vampires, qui signifie sang-sues. Les Grecs, qui ne sont jamais en reste quand il s'agit de superstition, possèdent à peu près la même science, et ils ont inventé de leur côté un nom bien barbare pour désigner les revenans sanguinaires; c'est celui de broucolaques, très connu tant sur le continent que dans les îles de l'Archipel. Tournefort, dans la relation de son voyage en Grèce, raconte fort au long et avec assez de gaieté l'histoire d'un broucolaque, qui tourmenta, en 1701, les habitans de l'île de Micon. On accusait un pauvre paysan, tué dans une querelle, de reparaître chaque nuit pour battre les gens, enfoncer les portes, briser les fenêtres, déchirer les habits, vider les cruches et les bouteilles. « Je n'ai rien vu, dit Tournefort, de si pitoyable que l'état où était cette ile; tout le monde avait l'imagination renversée. Les gens du meilleur esprit paraissaient frappés comme les autres ; c'était une véritable maladie du cerveau, aussi dangereuse que la manie et la rage. On voyait des familles entières abandonner leurs maisons, et venir des extrémités de la ville porter leurs grabats à la place, pour y passer la nuit. Chacun se plaignait de quelque nouvelle insulte. Ce n'était que gémissemens, à l'entrée de la nuit. Les plus sensés se

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