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las & abattus; le doux sommeil s'étoic insinué dans leurs membres, & tous les humides payots de la nuit avoient été répandus sur eux en plein jour par la puisfance de Minerve. Télémaque est étonné de voir cer assoupissement universel de Salentins pendant que les Phéaciens avoient été si attentifs & fi diligens à profiter du vent favorable ; mais il est encore plus occupé à regarder le vaisseau Phéacien prêt à dirparoître au mlieu des flors, qu'à marcher vers les San lentins pour les éveiller. Un éronnement & un trouble secret tiennent ses yeux actachés vers ce vaisseau déja parti dont il ne voit plas que les voiles, qui blanchiffent un peu dans l'onde azurée ; il n'écoute pas même Mentor qui lui parle ; il est cour hors de luimême dans un transporc semblable à celui des Ménades, lorsqu'elles ciennent le Thirse en main, & qu'elles fooc rerencir de leurs cris insensés les rives de l'Hébre & les montagnes de Rhodope & d'Ismare.

Enfin il revient un peu de cette espece d'enchantement , & ses larmes recommencent à couler de ses yeux. Alors Mentor lui dit : Je ne m'étonne point, mon cher Télémaque, de vous voir pleurer ; la cause de votre douleur, qui vous est inconnue

ne l'est pas à Mentor ; c'est la nature qui parle, & qui se fait sentir : c'est elle qui attendric votre cæur. L'inconnu qui vous a donné une si vive émotion , est le grand Ulysse. Ce qu'un vieillard Phéacien vous a raconté de lui sous le nom de Cléoménes , n'est qu'une fiction, pour cacher plus surement le retour de votre pere dans son royaume. Il s'en va droic à Ithaque ; déja il est bien près du port , & il revoit enfin ces lieux si long-temps desirés. Vos yeux l'ont vu, comme on vous l'avoit prédit autrefois, mais fans le connoître ; bientôt vous le verrez, vous le connoîtrez, & il vout connoîtra. Mais maintenant les Dieux ne pouvoient permettre votre reconnoissance hors d'Ithaque. Son cœur n'a point été moins ému que le vôtre ; il est trop fage pour se découvrir à nul mortel dans un lieu, où il pourroit être exposé à des trahisons & aux infultes des cruels amans de Pénélope. Ulysse votre perc est le plus fage de tous les hommes;

fon

eyes on the

gentle sleep had insinuared itself into their limbs, and all the humid poppies of the night had been shed upon them, by Minerva's power , in the middle of the day. Telemachus is supprized to fee this universal drowsiness of the Salentines , while the Phæacians had been so watchful and diligent to improve a favourable wind; but he is more incene on viewing the Phæacian ship, which was ready to disappear in the midst of the waves , than to go and awake the Salentines. Amazement and secret anguish fasten his departed bark, of which he now fees nothing but the fails, which look a little whice in the azurc waves ; he does not even hear Mentor who speaks to him ; he is quite beside himself, and transported like the prieteffes of Bacchus, when they hold the Thyrfus in their hands, and make the banks of Hebrus and the mountains of Rhodope and Ilmarus ring with their frantic howlings.

Ac lengch he recovers a litcle from this kind of inchantment, and cears again begin to stream from his eyes. Whereupon Mentor says to him : I am not surprised, my dear Telemachus , to see you weep ; the cause of your sorrow, wbich is unknown to you, is not unknown to Mentor ; it is nature that speaks and works in you ; it is she that melts your hearr. The stranger, who excited such lively emotions in you, is the great Ulysses. What the old Phæacian told you of him under the name of Cleomenes, is only a fiction, the more securely to conceal your father's return to his kingdom. He is going directly to Ithaca; he is already near the port, and at length sees that so long wished for place again. Your eyes have seen him, as it was formerly foretold that you should , but without knowing him ; you will quickly see him again, and know him, and he will know you. But at present the Gods do not permic you to know each other out of Ithaca. His foul was not less moved than yours; he is too wise to discover himself to any mortal, where he might be exposed to the treachery and insults of the cruel suitors of Penelope, Ulysles, your father , is the wisest of all

son cœur est comme un puits profond ; on ne sauroit y puiser son secret. Il aime la vérité , & ne dit jamais rien qui la bleffe : mais il ne la dit que pour le besoin ; & la sagesse comme un sceau, cient toujours fes levres fermées à toutes paroles inutiles. Combien a-t-il été ému en vous parlant ! Combien s'est-il fait de violence pour ne fe point découvrir ! Que n'a-t-il pas souffert en vous voyant ! Voilà ce qui le rendoit triste & abatta.

Pendant ce discours, Télémaque attendri & trou. blé, ne pouvoir retenir un corrent de larmes : les fanglors l'empêcherent même long-temps de répondre. Enfin il s'écria : Hélas ! mon cher Mencor, je fentois bien dans cet inconnu je ne sai quoi qui m'actiroit à lui, & qui remuoit toutes mes entrailles. Mais pourquoi ne m'avez-vous pas dit, avant son départ, que c'étoit Ulysse, puisque vous le connoissiez ? Pour. quoi l'avez-vous laissé partir sans lui parler , & fans faire semblant de le connoître ? Quel est donc ce mystere ? Serai je toujours malheureux ? Les Dieux irrités veulent-ils me tenir, comme Tantale altéré, qu'une eau trompeuse amuse, s'enfuyant de ses levres avides ? Ulysse ! Ulysse, m'avez-vous échappé pour jamais ? Peut-être ne le verrai-je plus ? Peut-être que les amans de Pénélope le feront tomber dans les ema buches qu'ils me préparoient ! Au moins, fi je le suivois , je mourrois avec lui ! () Ulysse ! ô Ulyfle ! si la tempêre ne vous rejette pas encore contre quelque écueil, ( car j'ai tout à craindre de la fortune ennemie ) je tremble que vous n'arriviez à Ithaque avec un fort ausli funeste qu'Agamemnon à Mycénes. Mais pourquoi , mon cher Mencor, m'avez-vous envié mon bonheur ? Mainrenant je l'embrasserois , je sea rois déja avec lui dans le port d'Ichaque , nous combaterions pour vaincre tous vos ennemis.

Mentor lui répondit en souriant :. Voyez , mon cher Télémaque, comment les hommes sont faits. Vous voilà tout désolé, parce que vous avez vu voa tre pere fans le reconnoître. Que n'eussiez-vous pas donné hier pour être assuré qu'il n'étoit pas mort?

Aujoura'zui

men; his heart is like a deep well; his secrers cannot be drawn out of it. He loves truth , and never says any thing that wounds it; but he speaks it only who it is necessary; wisdom, like a seal, always keeps his lips shuc against all useless words. How was he moved when he spoke to you! What violence did he do co himself, that he might not be known! Whar did he nor suffer in seeing you! It was that which made him fad and dejected.

During this speech , Telemachus being greatly moved and troubled could not help shedding floods of tears, and his sobbings hindred bim a long while from making a reply. At length he cried out, Ah! my dear Mentor, I felt I know not what in this stranger which attracted me to him, and moved all my bowels within me. But why, as you knew him, did you not tell me that it was Úlystes before his des parture? Why did you let him go withour speaking to him, and without seeming to know him ? Pray what mystery is this? Shall I be wretched for ever? Will the angry Gods punish me with chirlt like Tantalus, whom a delusive stream derides by its flight from his greedy lips. O Ulysses! Ulysses ! art thou gone for ever? Perhaps I shall never see him more! Perhaps Penelope's lovers may cause him to fall into the snares which they laid for me! Had I went with him ; I should at least have died with him. O Ulysses ! Ulysses ! if storms do not throw you on the rocks again, ( for I have every thing to apprehend from adverse fortune) I cremble lest on your arrival ac Ithaca you should meer as dreadful a fate as Agamennon did ar Mycenæ. But why, my dear Mene tor, did you envy me my happiness! I had now embraced him , I had now been with him in the porc of Ithaca, we had been fighting to vanquish all our enemies!

Mentor replied wich a smile , See, my dear Telea machus, the temper of mankind. You are now in the greatest distress, because you have seen your father without knowing him ; and yet what would you not have given yesterday to have been assured thac

he

vie ;

Aujourd'hui vous en êtes assuré par vos propres yeux ; & cetre assurance , qui devroit vous combler de joie , vous laisse dans l'amertume. Ainsi le cour malade des morcels compte toujours pour rien ce qu'il a le plus desiré, dès qu'il le possede , & il est ingénieux pour se courmenter sur ce qu'il ne possede pas encore. C'est pour exercer votre patience, que les Dieux vous tiennent ainsi en fuspens. Vous regardez ce temps comme perdu ; sachez que c'est le plus utile de votre

car il vous exerce dans la plus nécessaire de toutes les vertus pour ceux qui doivent commander. Il faut être patient pour devenir maître de foi & des autres. L'impatience, qui paroît une force & une vie gueur de l'ame, n'est qu'une foiblesse & une impuislance de souffrir la peine. Celui qui ne sait pas attendre & souffrir, est comme celui qui ne sait pas se taire sur un secret ; l'un & l'autre manquent de fer meré pour se retenir, comme un homme qui court dans un chariot , & qui n'a pas la main assez ferme pour arrêrer , quand il faut , ses coursiers fougueux : ils n'obéissent plus au frein , ils se précipirent; & l'homme foible auquel ils échappent, eft brisé dans la chûre. Ainsi l'homme impatient est entraîné par les desirs indomptés & farouches dans un abyme de malheurs. Plus sa puissance est grande, plus fon impatience lui est funeste. Il n'attend rien, il ne se donne le temps de rien mesurer , il force toutes choses pour fe contenter ; il rompe les branches pour cueillir le fruit avant qu'il soit mûr ; il brise les portes, plutôt que d'atendre qu'on les lui ouvre ; il veut moissonner, quand le fage laboureur feme ; tout ce qu'il fait à la hâte & à contre-temps, est mal-fait , & ne peut avoir de durée , non plus que les desirs volages. Tels fonc' les projers insensés d'un homme qui croit pouvoir tour, & qui se livre à ses desirs impatiens pour abufer de la puissance. C'est pour vous apprendre à être pacient, mon cher Télémaque, que les Dieux exercent tant votre parience, & semblent se jouer de vous dans la vie errante où ils vous tiennent coujours incertain. Les biens que vous espérez se montrent à vous, & s'enfuient comme un fonge léger, que le ré

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