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feul architecte. Ainsi

, ceux qui travaillent , qui cx pédient, & qui font le plus d'affaires, sont ceux qui gouvernent le moins ; ils ne sont que les ouvriers fubalternes. Le vrai génie qui conduit l'écar, este celui qui ne faisant rien, fait tour faire ; qui pense , qui invente , qui pénetre dans l'avenir , qui retourne dans le passé, qui arrange , qui proportionne, qui pré, pare de loin, qui se roidit sans cesse pour luter contre Ja fortune comme un nageur contre le torrent de l'eau ; qui est attentif nuit & jour, pour ne laisser rien au hasard.

Croyez-vous, Télémaque, qu'un grand peintre travaille affiduement depuis le matin jusqu'au loir , pour expédier plưs promptement les ouvrages ? Non, cette gênę & ce travail servile éteindroient tout le feu de son imagination ; il ne gavailleroit plus de génie ; il faut que tout se fasse irrégulièrement & par faillies, fuivant que fon goût le meno, & que son esprit l'excite. Croyez-vous qu'il passe son temps à broyer des couleurs , & à préparer des pinceaux ? Non, c'est l'occupation de ses éleves. Il se réserve le soin de penser ; il ne fonge qu'à faire des traits hardis , qui donnent de la noblesse, de la vie, & de la passion ses figures ; il a' dans sa tête, les pensées & les sentimens des héros qu'il veut représenter ; il se transporte dans les fiecles & dans toutes les circonstances ou ils ont été : à cette espece d'enthousiasme il faut qu'il joigne une lagesse qui le rerierne, que tout soit yrai , correct & proporcionné l'un à l'autre. Croyez

Télémaque qu'il faille moins d'élévation de génie & d'efforts de pensées pour faire un grand roi, que pour faire un bon peintre ? Concluéz donc que l'occuparion d'un roi doir être de penser , de former de grands projets, & de choisir les hommes propres à les exécuter sous lui.

Télémaque lui répondit : Il me semble que je comprends couc ce que vous dices ; mais fi les choses alloient ainsi, un roi feroic souvent trompé, n'entrane point par lui-même dans le détail. C'est vous-même qui vous trompez, repartit Mentor i ce qui empêche

qu'on

vous

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has all its proportions in his mind , he alone is the architect. Thus they who coil , who dispatch and transact the most business, are chose who have the least share in the government; they are but the under-workmen. The true genius that directs the state, is he who does nothing himself, and yet causes every thing to be done; who thinks , who contrives, who dives into the future , who reviews the past,

who orders and proporcions every ching, who makes early preparations, who continually bears up against and struggles with fortune , as a swimmer against a corrent of water, and who studies night and day to leave nothing to chance.

Do you think , Telemachus, that a great painter affiduously coils from morning to night , that he may dispatch his works the sooner? No, fuch constraint and drudgery would damp the fire of his imagination; his genius would work no longer every thing must be struck off irregularly and by starts , as his faucy leads and his fpirit prompts

him. Do

you

think he spends his time in grinding colours, and in making pencils ? No, that is the business of his scholars. He reserves himself for thought and design; he on'y studies to strike bold strokes, which may give a noble air, and life and passion to his figures ; his head is full of che thoughts and sentiments of the heroes he designs to represent; he transports himself to their times, and puts himself in all the circumstances in which they have been : to this kind of enthusiasm he must join the curb of judgment , that the whole may be true, correct and proportionable. Do you think, Telemachus

Telemachus, that less elevation of genius and efforts of thoughc are required to make a great king chan to make a good painter ? Conclude there. fore that the business of a king ought to be to think, to form great designs, and to chuse persons proper to execute them under him.

Telemachus replied, I comprehend methinks all you say, but if things were thus, a king nor entering inco particulars himself would often be imposed upon. You are mistaken, answered Mentor ja general

knowledge

qu'on ne soit trompé, c'est la 'connoissance générale du gouvernement. Les gens qui n'ont poine de principes dans les affaires, & qui n'ont point de vrai discernement des esprits , vont toujours comme à câtons ; c'est un hasard quand ils ne se trompent pas. Ils ne savent pas même précisément ce qu'ils cherchent , ni à quoi ils doivent cendre; ils ne savent que se défier , & se défient plutôt des honnêtes gens qui les contredisenc , que des trompeurs qui les Aactent. Au contraire, ceux qui ont des principes pour le gouvernement , & qui se connoissent en hommes, favent ce qu'ils doivent chercher en cux & les moyens d'y parvenir : ils reconnoissent , du moins en gros , si les gens dont ils se servent , sont des instrumens propres à leurs desseins, & s'ils entrent dans leurs vues, pour rendre au but qu'ils se proposent. D'ailleurs, comme ils ne fe jeccent pas dans les détails accablans, ils onc l'esprit plus libre pour envisager d'une seule vue le gros de l'ouvrage, & pour observer s'il avance vers la fin principale ; s'ils sont trompés, du moins ils ne le font guere dans l'essentiel. Ils font , outre cela , au-dessus des petites jalonfies qai marquent un efprit borné & une ame basse. Ils comprennent qu'on ne peut éviter d'êcre trompé dans les grandes affaires, puisqu'il faut s'y fervir des hommes , qui font si souvent trompeurs. On perd plus dans l'irrésolution où jetce la défiance, qu'on ne perdroit à se laisser un peu tromper. On est trop heureux, quand on n'est trompé que dans les choses médiocres ; les giandes ne laissent pas de s'acheminer , & c'est la seule chose dont un grand homme doit être en peine. Il faut réprimer sévérement la tromperie quand on la découvre ; mais il faut comptcr sur quelque tromperie, si on ne veut point être véritablement trompé. Un artisan dans sa boutique voit tout de ses propres yeux, & fait tout de ses propres mains. Mais un roi dans un grand état ne peut tout faire , ni tout voir ; il ne doit faire que les choses que nul autre ne peut faire sous lui' ; il ne doit voir que ce qui catre dans la décision des choses importantes.

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knowledge of government prevents their being im-
posed upon. Men who observe no maxims in affairs,
and who have no true discernment of men
ways groping as it were in the dark

and it is a chance if they are not imposed upon. They do not well know what they look for , nor which way they ought to direct their steps; their knowledge extends only to mistrust, and they sooner mistrust men of probiry who contradict them, than traitors who flatrer them. On che contrary, they who have certain principles to govern by and a knowledge of men know whac they are to expect of them, and the means of coming at it : They know at least in general, whether the persons they employ are proper instruments for their designs, and whether they enter : enough into their views to hit the mark they aim at. Besides, as they do not burden themselves with the weight of particulars , their minds are more ac liberty to survey at one view the whole of the work, and to observe if it tends towards their principal design; if chey are deceived', ic hardly ever is in essentials. Again, they are above the little jealousies which dem nore a narrow mind and a groveling foul. They know that it is not possible to avoid being deceived in importanc affairs, since they are obliged to make use of men,

who are so ofren deceitful. More is loft by the irresolution which arises from diffidence than by suffering one's self to be a little imposed upon. Happy the man who is imposed upon only in things of little consequence ; the more imporcanc may go on well, and a great man oughe only to be in pain about them. Deceit must be severely punished when it is discovered, but one must expect to meet with some deceit , if one would not really be deceived. A mechanic fees everything in his shop with his own eyes, and does every thing with his own hands ; but a king can neither do nor fee every thing in a large kingdom. He ought to do nothing but what nobody else can do under him, nor ought he to see any thing but what concerns the decision of imporcant affairs.

notre retour.

Enfin Mencor dit à Télémaque : Les Dieux vous aiment , . & vous préparent un regne plein de sagesse. Tout ce que vous voyez ici , est fait moins pour la gloire d'Idoménec, que pour votre instruction. Tous les fages établissemens que vous admirez dans Salente, ne font que l'ombre de ce que vous ferez un jour à Ichaque ; si vous répondez par vos vertus à votre haute destinée. Il est cemps que nous fongions à partir d'ici. Idoménée tient un vaisseau prêt pour

Aussicôt Télémaque ouvric son coeur à son ami mais avec quelque peine, sur un attachement qui lui faisoit regreccer Salente. Vous me blâmerez peutêtre , lui dit-il , de prendre trop facilement des inclia nations dans les lieux où je passe ; mais mon coeur me feroic de continucls reproches , fi je vous cachois que j'aime Antiope , fille d'Idoménée. Non, mon cher Mencor, ce n'est pas une passion aveugle , comme celle dont vous m'avez guéri dans l'isle de Calypso, J'ai bien reconnu la profondeur de la plaie que l'a. mour m'avoit fait auprès d'Eucharis ; je ne puis encore prononcer son nom sans être troublé; le temps & l'absence n'ont pu l'effacer. Cette expérience funeste m'apprend à me défier de moi - même. Mais pour Antiope , ce que je ressens n'a rien de fem blable ; ce n'est point amour passionné, c'est goût , c'elt estime , c'est persuasion. Que je ferois heureux, si je passois ma vie avec elle ! Si jamais les Dieux me rendent mon pere, & qu'ils me permettent de choisir une femme , Antiope sera mon épouse. Ce qui me couche en elle, c'ek ron silence , sa modestie, fa retraire, son travail assidu , son industrie pour les ouvrages de laine & de broderie, son application à conduire toute la maison de son pere, depuis que fa mere est morte; fon mépris des vaines parures , l'ignorance même qui paroît en elle de sa beauté. Quand Idomenée lui ordonne de mener les danses des jeunes Crétoises au fon des Alûces, on la prendroic pour la riante Vénus , tant elle est accompagnée de graces. Quand il la mene avec lui à la charle dans Ics forêts, elle paroît majestueuse & adroite à tirer de

l'arc

l'oubli ou

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