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rir entierement. Le voilà prêt à tomber sur un monceau de corps sanglans qui l'environnent. Archidamas , le plus fier & le plus -adroit de tous les @baliens , qu'il avoit menés avec lui pour fonder Petilic, l'enleve du combat dans le moment où Adraste l'auroit fans peine abattu à fes pieds. Adraste ne trouve plus rien qui ose lui résister, ni retarder sa victoire. Tout tombe, tout s'enfuit : c'est un corrent, qui ayant furmonté ses bords, entraine par fes vagues furieuses les moissons, les troupeaux ,

les bergers & les villages.

Télémaque entendit de loin les cris des vainqueurs, & il vic le désordre des liens qui fuyoient devant Adraste, comine une troupe de cerfs timides traversent les vastes campagnes , les bois, les montagnes, & les fleuves mêmes les plus rapides, quand ils font pourfuivis par des chasseurs. Télémaque gémit; l'indignation paroît dans ses yeux, & il quitre les lieux où il avoir combatru long-remps avec tant de danger & de gloire. Il court , pour soutenir les liens; il s'ava ce cout couvert du fang d'une multitude d'ennemis qu'il a étendus sur la poussiere. De loin, il pousse un cri qui fe fait encendre aux deux armées.

Minerve avoir mis je ne sais quoi de terrible dans sa voix, dont les montagnes voisines retencirent. Jamais Mars dans la Thrace n'a fait entendre plus fortement sa cruelle voix , quand il appelle les Furies infernales, la guerre & la mort. Le cri de Télémaque porte le courage & l'audace dans le cour des siens, il glace d'épouvanre les ennemis. Adraste même a honte de fe fentir troublé. Je ne sai combien de funestes préfages le font frémir , & ce qui l'anime est plutôt un désespoir qu'une valeur tranquille. Trois fois ses genoux tremblans commencerent à se dérober fous lui ; trois fois il recula , fans songer à ce qu'il faisoit. Une pâleur de défaillance & une sueur froide se répandoient dans tous les membres; sa voix enrouée & hélitante ne pou. voit achever aucune parole ; ses yeux pleins d'un feu sombre & étincellane paroissoient sortir de fa tête ; on le voyoit comme Oreste agité par les Furies ; tous ses mouvemens étoient conyulsifs. Alors il commence à

ly. Lo! he is ready to fall on an heap of bloody bodies which surround him ; but Archidamus, the most bold and expert soldier of all the balians', whom he had brought with him to found Perelia, forces him from the fight the moment Adrastus would easily have felled him at his feet. Adrastus now finds noching which presumes to resist him, or to retard his victory : Every thing falls , every thing flies before him; he resembles a rapid stream, which having over - fwelled irs. mounds, sweeps away, with its furious torrent, the corn, the flocks, the shepherds and villages.

Telemachus heard at a distance the shouts of the victors, and beheld the disorder of the confederates flying before Adrastus , like an herd of timorous deer crossing the spacious plains , the woods, the mountains, and even the most rapid rivers , when they are pursued by the hunters. He deeply fighs, indignarion is manifest in his eyes; be quit: the place where he had long fought with great danger and glory; he runs to sustain the fugitives; he advances all befmeared with the blood of a multitude of enemies whom he had stretched on the dust, and at a distance shouts loud enough to be heard by both armies.

Minerva had infused something terrible into his voice, which made the neighbouring mountains ring : that of the cruel Mars found nor louder in Ihrace when he calls the infernal Furies, war and death. This shouting of Telemachus inspires his own party with courage and intrepidity, and chills the enemy with fear. Even Adrastus is ashamed to find himself disordered; being terrified with I know not how many fatal presages, and animated rather by despair than a fedate valour. Thrice were his trembling knees going to sink beneath him , and thrice he drew back without thinking on what he did. A swooning paleness and a cold swear spread over all his limbs; his hoarse and faulcering voice could found no word distinct; his eyes sparkling with a gloomy fire, feem ready to start out of his head; he looks like Orestes cortured by the Furies ; all his motions are convulsive. Now he begins to believe that there are Gods; he L 6

fancies

croire qu'il y a des Dieux. Il s'imagine les voir irrités, & entendre une voix sourde qui fort du fond de l'abyme pour l'appeller dans le noir Tartare. Tout lui fait sentir une main céleste & invisible suspendue fur sa têre , qui alloit s'appesantir pour le frapper; l'espérance étoic éteinte au fond de son cæur ; fon audace se dissipoic comme la lumiere du jour disparoît quand le soleil se couche dans le sein des ondes , & que la terre s'enveloppe des ombres de la nuit.

L'impie Adraste, trop long - temps fouffert sur la terre, si les hommes n'eussent eu besoin d'un tel châtiment; l'impie Adraste touchoit enfin à la derniere heure. Il court forcené au-devant de son inévitable destin ; l'horreur, les cuisans remords , la consternacion, la fureur, la rage, le désespoir , marchent avec lui. A peine voic - il Télémaque, qu'il croic voir l'Averne qui s'ouvre , & les tourbillons de flammes qui sortenc du noir Phlégécon prêtes à le dévorer. Il s'écrie , & sa bouche demeure ouverte sans qu'il puisse prononcer aucune parole. Tel qu'un homme dormant , qui dans un songe affreux ouvre la bouche & fait des efforts pour parler ; mais la parole lui manque toujours, & il la cherche en vain. D'une main cremblance & précipitee, Adraste lance son dard contre Télémaque. Celui - ci intrépide , comme l'ami des Dieux, se couvre de son bouclier. Il semble que la victoire , le couvrant de ses ailes, cient déjà une couronne suspendue au-dessus de fa têre. Le courage doux & paisible reluit dans ses yeux : on le prendroit pour Minerve même, cant il paroît sage & mesuré au milieu des plus grands périls. Le dard lancé par Adraste , est repoussé par le bouclier. Alors Adraste se hâte de tirer son épée pour ôter au fils d'Ulysse l'avantage de lancer son dard à son tour. Télémaque voyant Adraste l'épée à la main , fe hâte de la mectre aussi , & laisse son dard inutile.

Quand on les vit ainsi tous deux combattre de près , tous les autres combattans en silence , mirent bas leurs armes pour les regarder attentivement , & on attendit de leur combat la destinée de toute la guerre. Les deux glaives, brillans comme les éclairs d'où partent

les

courage vanished

fancies that he sees them incensed against him, and that he hears a hollow voice arising from the deepest hell, and citing him to dreary Tartarus. Every thing made him sensible of an heavenly and invisible hand stretched over his head, and ready to fall heavy upon him. Hope was extinguished in his heart, and his

like the day-light when the sun sinks into the bosom of the waves, and the earth is wrape in the shades of night.

The impious Adrastus, who had already been fuffered to live too long, if mankind had nor wanted such a scourge; the impious Adrastus , I say, draws near his latest hour. He madly runs to meer bis inevitable fate; horror, itinging remorse, consternation , fury, rage, despair attend his steps. He scarcely fees Telemachus , but he fancies that he sees Avernus yawn, and whirlwinds of flames , issuing from dreary Phlegeron, ready to swallow him up. He cries out, and his mouch remains open without being able to utter a word. So a perfon alleep in a frightful dream opens his lips, and strives to speak; but his speech continually fails him, and he seeks it in vain. Adrastus with a trembling hasty hand hurls his javelin at Telemachus. The latter is undaunted, like one favoured of the Gods, and defends himself with his shield. Victory already seems to cover him with her wings , and co hold a crown over his head. A calm and composed courage glittered in his eyes, and one would have taken Him for Minerva herself, so wise and discreet he appears in the greatest dana gers. Adrastus's javelin is repelled by the shield. Upon which the Daunian instantly draws his sword, to deprive the son of Ulysses of the advantage of throwing his javelin in his turn. Telemachus feeing Adrastus with his sword in his hand , immediately draws his also, and drops his useless javelin.

When they were thus closely engaged , all the other combatants silently laid down their arms to gaze upon them, and from this single combat expected the issue of the war. Their swords bright as the flashes whence the bolts are hurled, frequently cross each

other

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les foudres , fe croisent plasieurs fois , & portent des coups inutiles sur les armes polies , qui en retentissenc. Les deux combatrans s'allongent , fe replicnt , s'abajssent , fe relevent tout-à-coup & enfin se failiffent. Le lierre en naissant au pied d'un ormeau, ne serre pas plus étroitement le tronc dur & noueux, par fes rameaux entrelassés jusqu'aux plus hautes branches de l'arbre, que ces deux combattans se ferrenc l'un l'autre. Adraste n'avoir encore rien perdu de la force. Télémaque n'avoit pas encore toute

la fienne. A. draste fait plusieurs efforts pour surprendre son ennemi, &. pour l'ébranler. Il tâche de saisir l'épée da jeune Grec , mais en vain. Dans le moment où il la cherche , Telémaque l'enleve de terre & le renverse fur le fable. Alors cet impie, qui avoir toujours méprisé les Dieux, montra une lâche crainte de la mort; il a honte de demander la vie il ne peut s'empêcher de témoigner qu'il la desire. Il râche d'é. mouvoir la compassion de Télémaque. Fils d'Ulysse , lui dit-il, enfin c'est maintenant que je connois les justes Dieux ; ils me punissent comme je l'ai mérité ; il n'y a que le malheur , qui ouvre les yeux des hommes pour voir la vérité ; je la vois, elle me condamne ; mais qu'un roi malheureux vous fasse sog. venir de votre pere qui est loin d'Ithaque, & qu'il touche votre coeur !

Télémaque , qui le tenant sous fes genoux avoit le glaive déjà levé pour lui percer la gorge , répondit auffitộr : Je n'ai voulu que la victoire & la paix des nations que je suis venu secourir ; je n'aime point à réa pandre le sang. Vivez donc , Adraste ; mais vivez pour réparer vos fautes ; rendez tout ce que vous avez usurpé ; rétablissez le calme & la justice sur la côte de la grande Hespérie que vous avez fouillée par tant de massacres & de trahisons ; vivez, & devenez un autre homme. Apprenez par votre chûte que les Dieux fone justes , que les méchans font malheureux, qu'ils se crompent en cherchant la félicité dans la violence , dans l'inhumanité , & dans le mensonge ; qu'enfin rien n'est fi doux ni si heureux que la simple & conftante vertu.

Donnez

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