Imágenes de página
PDF
ePub
[ocr errors]

Ceux-ci étoiene entrés contre lui dans la ligue , pour demander justice sur cette invasion. Adraste, pour les appaiser, avoit mis cette ville en dépôr entre les 'main's des Lucaniens : mais il avoit corrompu , par argent, & la garnison Lucanienne, & celui qui la commandoit; de maniere que les Lucaniens, avoient moins d'autorité effective que lui dans Vénuse ; & les Apuliens , qui avoient consenti que la garnison Lucanienne gardâr Vénuse, avoient été trompés dans cette négos ciation.

Un citoyen de Vénuse, nommé Démophante , avoit offert fecreuement aux alliés de leur livrer la nuit une des portes de la ville. Cet avantage étoit d'autane plus grand , qu'Adraste avoit mis toutes ses provifions de guerre & de bouche dans un château voisin de Vénuse

qui ne pouvoit se défendre , fi Vénufe étoit prise. -Philoctete & Nestor avoient déjà opiné qu'il falloit profiter d'une si heureuse occasion. Tous les chefs entraînés par leur autorité , & éblouis par l'utilité d'une si facile entreprise, applaudistoient à ce fentiment; mais Télémaque , à son retour, fit ses ders niers efforis pour les en détourner.

Je n'ignore pas , leur dit-il, que, fi jamais un hom, me a mérite d'être surpris & trompé, c'est Adraste , lui qui a si souvent trompé tout le monde. Je vois bien qu'en surprenant Vénuse , vous ne ferez que vous mettre en possession d'une ville qui vous appartient , puisqu'elle est aux Apuliens, qui sont un des peuples de votre ligue. J'avoue que vous le pourriez faire avec d'autant plus d'apparence de raison, qu'Adraste, qui a mis cette ville en dépôt , a corrompu le commandant & la garnison, pour y entrer quand il le jugera à propos. Enfin, je comprends comme vous, que si vous preniez Vénuse, vous seriez dès le lendemain maiores du château où sont tous les préparatifs de guerre qu'Adraste y'a assemblés ; & qu’ainsi vous fie piriez en deux jours certe guerre si formidable. Mais ne vaut-il pas mieux périr , que de vaincre par de tels moyens ? Faut-il reponser la fraude par la fraude ? Sera-t-il dit que tant de rois ligués, pour punir l'impie Adralte de les tromperies , seront trompeurs comme

who had intered into the league against Adrastus, in order to demand justice for thac invasion. Adrastus, to fatisfy them, had delivered the cicy by way of trust into the hands of the Lucanians : But he had corrupted the Lucanian garrison and its commander by his money; so that the Lucanians had in reality less authoa sity than he in Venusium ; and the Apulians, who had consented that the Lucanian garrison should keep Vea pusium , had been over-reached in this negotiation.

A citizen of Verufium, named Demophantes , had privately offered the allies to deliver up one of the gares of the city co them by night. This proposal was so much the more advantageous , as Adrastus had Jaid up all his provisions and military stores in a castle near Venusium, which could not defend itself if that city were taken. Philocteces and Nestor had already declared that they ought to embrace so favourable an opportunity and all the other commanders being fwayed by their authority, and dazzled by the advantages which would arise from so easy an enterprise, approved their opinion : But Telemachus at his rea turn did all he could to dissuade them from it.

I am not ignorant, said he , that if ever a man deferved to be circumvented and deceived it is Adrartns, wlio has so often deceived all others. I plainly fee that in surprising Venusium you will only take possession of a city which belongs to yoų , fince it belongs to the Apulians, a nation who have entered into your league. I own that you may do this with a greater show of reason, as Adrastus who put this city as a pledge into the hands of the Lucanians, has corrupted the governor and the garrison, in order to enter it whenever he shall think proper. And then I am sensible as well as you, that if you take Venufiam, you will the next day become masters of the castle in which Adrastus has lodged all his stores ; and that you would thus in two days put an end to this formidable war. But is it not betrer to perish than to conquer by such means ? Must fraud be repelled by fraud ? Shall it be said that so many princes having entered into a league to chastise the

impious

[ocr errors]

K 3

.

lui? S'il nous est permis de faire comme Adraste, il n'est pas coupable , & nous avons torr de le vouloir punir. Quoi ? l’Hespérie entiere, foutenue de cand de colonies Grecques, & des héros revenus du riege de Troye, n'a-t-elle point d'autres armes contre la perfidie & les parjures d'Adraste , que la perfidie & le parjure ? Vous avez juré par les chofes les plus facrées, que vous laisseriez Vénuse en dépôt dans les mains des Lucaniens. La garnison Lucanienne, dices-vous , est corrompue par l'argent d'Adraste; je le crois comme vous. Mais cette garnison est toujours à la folde des Lucaniens; elle n'a poine refusé de lear obéir , elle a gardé au moins en apparence la neutralité. Adraste ni les liens ne sont jamais entrés dans Vénose ; le traité subliste ; votre ferment n'est point oublié des Dieux. Ne gardera -f-on les paroles données que quand on manquera des prétextes plausibles pour les voler ? Ne sera-t-on fidéle & religieux pour les fermens , que quand on n'aura rien à gagner en violane sa foi ? Si l'amour de la vertu & la crainte des Dieux ne vous couchent plus au moins soyez couché de votre réputation & de votre intérêt. Si vous montrez aux hommes cet exemple pernicieux de manquer de parole & de violer votre serment pour terminer snc guerre , quelles guerres n'excirerez - vous point par cette coibuite impie ? Quel voisin ne sera pas contraint de craindre tout de vous & de vous décester ? Qui pourra désormais dans les nécessités les plus pressantes fe fier à vous ? Quelle sûreté pourrez-vous donner quand vous voudrez être finceres , & qu'il vous importera de persuader à vos voisins votre sincérité ? Sera-ce un traité solemnel ? Vous en aurez foulé un aux pieds. Sera-ce un serment ? Eh ! ne faura-t-on pas que vous comptez les Dieux pour rien, quand vous espérez tirer du parjure quelque avantage ? La paix n'aura doro pas plus de sûreté que la guerre à votre égard. Tout ce qui viendra de vous, fera reçu comme une guerre, ou feinte, ou déclarée. Vous serez les ennemis perpétuels de tous ceux qui auront le malheur d'êcre vos voisins. Toutes les affaires qui demandent de la réputation, de la probicé &

de

are

impious Adrastus for his treacheries become treacherous like him ? If it is lawful for us to act like Adrastus, he is not guilty, and our endeavours to punish him are wrong. What! has all Hesperia supported by so many Greek colonies, and heroes returned from the siege of Troy, no other arms against the perfidy and perjury, of Adrastus, but perfidy and perjury? You have sworn by things the most sacred to leave Venusium as a pledge in the hands of the Lucanians. But their garrison , say you , is corrupted by Adrastus's money; I perceive thar as well as you. But this garrison is still in the pay of the Lucanians; it has not refused to obey them, and has, at least in appearance, observed the neutrality. Neither Adrastus nor any of his soldiers have ever entered Venusium; the treaty fubfifts, and your oath is not forgotten by the Gods. Shall we keep our promifes, only when we want plausible pretences to break them ? Shall we be faithful and religious observers of oaths , only when we can get nothing by violating them? If the love of virtue and the fear of che Gods have no influence upon you, have at least some concern for your reputation and interest. If you give mankind this pernicious instance of breaking your word and of violating your oath to terminare a war, what wars will you not kindle by. this impious conduct? What neighbour will not be contrained to apprehend every thing from and co detest you? Who for the future in the most pressing exigencies will confide in you? What security will you be able to give when you design to be sincere, and when it is of consequence to you to persuade your neighbours that you are so? Will a solemn treaty do it? You will have trampled one under your feer. Will an oath do it? Ah ! will it not be known that you look apon the Gods as cyphers, when you expect to draw any advantage from perjury! You will not cherefore be safer in peace than in war. Every thing which comes from you, will be received as a disguiled or open war. You will perpetually be the enemies of all who shall have the misfortune to be your neighK4

bours

de la confiance , vous deviendront impossibles. Vous n'aurez plus de ressource pour faire croire ce que vous promettrez.

Voici, ajouta Télémaque, un intérêt encore plus pressant qui doit vous frapper , sil vous reste quelque fentiment de probité, & quelque prévoyance sur vos intérêts ; c'est qu'une conduite fi trompeuse attaque par le dedans toure votre ligue , & va la ruiner ; votre parjure va faire triompher Adraste.

A ces paroles, toute l'assemblée émue lui deman, da , comment il osoic dire qu'une action qui donmeroit une victoire certaine à la ligue pouvoit la ruiner ? Comment , leur répondit -il, pourrez - vous Vous confier les uns aux autres fi une fois vous rompez l'unique bien de la société & de la confiance, qui est la bonne foi ? Après que vous aurez pose pour maxime qu'on peut violer" les regles de la probité & de la fidélité pour un grand intérêt qui d'entre vous pourra se fier à un autre , quand cet autre pourra trouver un grand avantage à lui manquer de parole & à le tromper ? Où en serezvous ? Quel est celui d'entre vous qui ne voudra point prévenir les artifices de son voisin par les fiens ? Que devient une ligue de tant de peuples , lorsqu'ils sont convenus entre eux par une délibé. ration commune ,

qu'il est permis de furprendre son voisin & de violer la foi donnée ? Quelle fera votre défiance mutuelle, votre division, votre ardeur à vous détruire les uns les autres ? Adraste n'aura plus besoin de vous attaquer,

vous déchirerez assez vous - mêmes, vous justifierez ses perfidies. O rois sages & magnanimes ! ô vous qui commandez avec tant d'expérience sur des peuples innombrables , ne dédaignez pas d'écouter les conseils d'un jeune homme. Si vous combiez dans les plus affreuses extrémités où la guerre précipice quelquefois les hommes , il faudroit vous préserver par votre vigilance & par les efforts de votre vertu ; car le vrai courage ne se laisse jamais abattre. Mais si vous aviez une fois rompu la barriere de l'honneur & de la bonne foi , cette perte est irréparable i vous ne pourriez

plus

VOUS

« AnteriorContinuar »