Imágenes de página
PDF
ePub

Ensuite Télémaque commença à respirer plus line brement : il reconnue dans le visage d'Areésius une grande ressemblance avec Laërte; il croyoit même fe ressouvenir confusément d'avoir vu en Ulysse fon pere des traits de cette même ressemblance , lorfqu’Ulysse partit pour le liege de Troye.

Ce ressouvenir accendrit son coeur.; des larmes douces & mêlées de joie coulerent de ses yeux. U voulut embrasser une personae si chere; plusieurs fois il l'esaya inutilement. Cette ombre vaine échappa å fes embrassemens , comme un songe trompeur fe dérobe à l'homme qui croit effe jouir : tantôt la bouche alcérée de cet homme dormant poursuit une eau firgitive ; tantôt ses levres. s'agitent pour former des paroles que fa langue engourdie ne peut proférer ; fes mains s'étendenc avec effort & ne prennent rien Ainsi Télémaque ne peut contenter sa tendresse. Il voic Arcésius , il l'entend , il lui parle , il ne peut le toucher. Enfin il lui demande qui sont ces hommes qu'il voit autour de lui.

Tu vois, mon fils , lui répondit le fage vieillard, ces hommes qui ont été l'ornement de leurs siecles, la gloire & le bonheur du genre humain. Tu vois le pecie nombre des rois qui ont été dignes de l'écre, & qui ont fait avec fidélité la fonction des Dieux sur la terre. Ces autres, que tu vois assez près d'eux, mais féparés par ce petit nuage , ont une gloire beaucoup moindre. Ce sont des héros à la vérité ; mais la rém compense de leur valeur & de leurs expéditions militaires, ne peut être comparée avec celle des rois sages, juítes & bienfaisans.

Parmi ces héros , tu vois Thésée qui a le visage un peu triste. Il a ressenti le malheur d'être trop crédule pour une femme artificieuse, & il est encore affligé d'avoir si injustement demandé à Neptune la mort cruelle de fon fils Hippolyte. Heureux, s'il n'eût point été si prompt & fi facile à irriter ! Tu vois aussi Achille appuyé sur la lance, à cause de cerce blessure qu'il reçut au talon de la main du lâche Pâris, & qui finit fa vie. S'il eût été aussi fage, juste * modéré, qu'il étoic intrépide, les Dieux lui aus

he

Telemachus beginning at length to breathe more freely, perceived in the countenance of Arcesius a great resemblance of Laërtes ; nay, he fancied that he had a confused idea of having seen the like features in his father Ulysses, when he departed for the fiege of Troy.

This remembrance melred his very hearc ; sweet and joyful tears streamed from his eyes. He was defirous of embracing so dear a person , and several times attempted it in vain. The empty shade eluded his arms, as farrering objects Nip from a man in a dream when he thinks himself sure of them : One while the thirsty mouth of the sleeper pursues a fugitive stream ; another while his lips move to form words which his stiffned congue cannot utter; then his hands are eagerly extended, and catch nothing. So Telemachus was unable to gratify his fondness : He sees Arcesius, he hears him, he talks to him, cannor feel him. At length he asks him who the persons are whom he fees around him.

You fea, 'my son , replied the fage senior , men who were the ornament of their times, and the glory and happiness of the human race ; you see the small number of kings who were worthy to be fo , and who faithfully discharge the office of Gods on the eartha The others' whom you see near, but separated from them by chat little cloud enjoy a much lower degree of glory. Those indeed are heroes ; but the reward of their valour and military expeditions cannot be compared with that of wise , just, and beneficent princes.

Among these heroes you see Theseus, whose face is somewhat melancholy. He had the misfortune to be too credulous with regard to an artful wife , and is still grieved for having requested of Neptune the cruel death of his fon Hippolytus. O how happy! had he not been so passionate and so easily provoked! You likewife behold Achilles leaning on his spear, by reafon of the wound he received in his heel by the hand of the effeminate Paris, which put an end to his life. Had he been as just, wise, and moderate as he was 16

intrepid,

roient accordé un long régne ; mais ils ont eu pitié des Phriotes & des Dolopes, sur lefquels il devoir nawrellement régner avec Pélée : ils n'ont pas voulu: livrer tant de peuples à la merci d'un homme fougueux, & plus facile à irriter que la mer la plus oras geuse. Les Parques one accourci le fil de ses jours, & il a été comme une fleur à peine éclofe , que

le franchant de la charrue coupe , & qui tombe avant la fin du jour, où on l'avoir vu naître. Les Dieux n'ont voulu s'en servir que comme des torrens & des tempêtes, pour punir les hommes de leurs crimes; ils: ont fair servir Achille à abattre les murs de Troye pour venger le parjure de Laomedon, & les injustes amours de Paris. Après avoir ainfi employé cet info trument de leur vengeance , ils se sont appaisés , & ils ont refusé aux larmes de Thétis de laisser plus long-temps sur la terre ce jeune héros, qui n'y étoit propre qu'à troubler les hommes , qu'à renverser les villes & les royaumes.

Mais vois - tu cet autre avec ce visage farouche ? C'est Ajax fils de Té'amon , & cousin d'Achille. Tu n'ignores pas sans doute quelle fût sa gloire dans les combars. Après la mort d'Achille , il prétendit qu'on ne pouvoic donner ses armes à nul autre qu'à lui ; ton pere ne crur pas les lui devoir céder ; les Grecs jugerent en faveur d'Ulysse. Ajax se tua de désespoir; l'indignation & la fureur 'sont encore peintes sur son visage. N'approche pas de lui, mon fils ; car il croiroir que tu voudrois lui insulter dans lon malheur , & il est juste de le plaindre. Ne remarquestu pas qu'il nous regarde avec peine, & qu'il entre brusquement dans ce fombre bocage, parce que nous: lui sommes odieux ? Tu vois, de cet autre côté, Hecm tor , qui eût été invincible, G le fils de Théris n'eût point été au monde dans le même temps. Mais voilà Agamemnon qui passe , & qui porte encore sur lui les marques de la perfidie de Clitemnestre. O mon fils ! je frémis en pensant aux malheurs de cette famille de l'impie Tantale. La division des deux freres Atrée & Thyeste a rempli certe maison d'horreur & de fang Hélas ! combien un crime en attire-r-il d'aus

tres!

man,

intrepid, the Gods would have granted him a long reign ; but they pitied the Phthians and Dolopians, over whom , according to the course of mature, he would have reigned afier Peleus', and determined nor to deliver so many people to the mercy of a fiery

who was more easily enraged than the most stormy fea. The Fatal sitters shortened the thread of his days, and he ressembled a flower, which when hardly blown is cut down by the plough-share', and falls bea fore the close of the day which gave it birth. The Gods made use of him, as of floods and tempests, to punish the crimes of men; they made Achilles their engine co throw down the walls of Troy, in order to revenge Laomedon's perjury, and Paris's unlawful love. Having made this use of the instrument of their vengeance, they were appeased, and refused , notwithstanding the tears of Theris, to suffer this young hero to continue longer in the world, who was fit only to disturb mankind , and to overturn cities and kingdoms.

But dost thou see that other personage there with thar fierce countenance? It is Ajax, the son of Telamon,

and the cousia of Achilles. You undoubtedly are nor ignorant of his glory in battle. After the death of Achilles he pretended that his armour could be given to none bur himself; your father did not think that he ought to yield it to him; the Greeks adjudged it in favour of Ulysses. Ajax killed himself through rage and vexation, and indignation and fury are still visible in his face. Do not approach him, my fon ; for he would think that you intended to insulo him in his misfortunes, though he really merits pity : Do you not perceive that he looks upon us with una easinefs, and is entering abruptly into that gloomy grove, because we are odious to him ? On the other fide

you see Hector, who had been invincible , if the for of Thetis had not lived at the same time. Buc lo! there goes Agamemnon, who still bears the marks of Çlytemnestra's perfidy. O my son, I tremble when I think of the calamities of the impious Tantalus's fa. mily. The enmity of the two brothers, Atreus and Thyestes, filled 'thac house with horror and blood.

Alas

[ocr errors]

tres ! Agamemnon revenant, à la têre des Grecs,

du siege de Troye, n'a pas eu le temps de jouir en paix de la gloire qu'il avoit acquise ; teile est la destinée de presque tous les conquérans. Tous ces hommes que tu vois, ont été redoutables dans la guerre ; mais ils n'ont point été aimables & vertueux. Ausli ne sont-ils que dans la seconde demeure des champs Elysées.

Pour ceux-ci, ils ont régné avec justice , & ont aimé les peuples; ils sont les amis des Dieux. Pendant qu'Achille & Agamemnon, pleins de leurs querelles & de leurs combats, conservent encore ici leurs peines & leurs défauts naturels; pendant qu'ils regrettent en vain la vie qu'ils ont perdue , & qu'ils s'affigent de n'être plus que des ombres impuissantes & vaines, ces rois justes étant purifiés par la lumiere divine done ils sont nourris , n'ont plus rien à desirer pour leur bonheur. Ils regardent avec compassion les inquié. tudes des mortels; & les plus grandes affaires, qui agitent les hommes ambitieux , leur paroissent comme des jeux d'enfans. Leurs ceurs sont rassafiés de la vérité & de la vercu , qu'ils puisent dans la fource. Ils n'ont plus rien à souffrir, ni d'autrui, ni d'euxmêmes ; plus de desirs, plus de besoins, plus de craintes. Tout est fini pour eux , excepté leur joie , qui ne peut

finir. Considere, mon fils , cet ancien roi Inachus , qui fonda le royaume d'Argos : tu le vois avec vieillesse si douce & fi majestueuse. Les fleurs naissenc sous ses pas. Sa démarche légere ressemble au vol d'un oiseau. Il tient dans sa main une lyre d'ivoire , & dans un transport éternel, il chante les merveilles des Dieux. Il fort de son cœur & de fa bouche un parfum exquis. L'harmonie de sa lyre & de fa voix raviroit les hommes & les Dieux. Il est ainsi rés compensé, pour avoir aimé le peuple qu'il affembla dans l'enceinte de ses nouveaux murs , & auquel il donna des loix.

De l'autre côté, tu peux voir, entre ces myrthes, Cécrops, Egyptien, qui le premier régna dans Athenes, wille consacrée à la sage Déesse dont elle porte le nom.

Cécrops

cette

« AnteriorContinuar »