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RAPPORT SUR LE CONCOURS, RELATIF A L'EXAMEN CRITIQUE DES PRINCIPAUX SYSTÈMES MODERNES DE THÉODICÉE, PAR M. DAMIRON. Messieurs, votre section de philosophie avait, vous le savez, l'an dernier, deux concours à juger; elle n'en put juger qu'un et remit à cette année sa décision sur le second. C'est sur celui-ci que je viens aujourd'hui vous faire un rapport en son nom; c'est du concours relatif à l'examen critique des principaux systèmes modernes de Théodicée, que j'ai à vous rendre compte. Je dois commencer par vous rappeler les termes mêmes du programme, que vous aviez joint à ce sujet; il ne sera pas inutile que vous les ayez présents à la pensée, pour mieux apprécier les motifs des jugements que nous aurons à vous soumettre sur les différents Mémoires qui vous ont été adressés: le caractère des Mémoires demandés par l'Académie, disiez-vous , doit être, sous la forme de la critique et de Vhistoire, essentiellement théorique. Les concurrents mettront surtout en relief l'esprit général des différents systèmes, leur méthode, leurs principes et leurs résultats. Ils pourront comprendre

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dans leur travail les systèmes contemporains les plus célèbres, particulièrement ceux qui sont sortis de la dernière philosophie allemande. Ils les considéreront dans leurs rapports avec l'état présent des connaissances humaines et avec les besoins réels des sociétés modernes. Ils concluront en faisant connaître la doctrine , qui leur paraît la plus conforme à la vérité. Telles étaient, Messieurs, les courtes mais suffisantes indications dont vous aviez cru devoir faire suivre la question que vous proposiez. Votre dessein sur la manière dont vous désiriez qu'elle fut envisagée ne pouvait donc être douteux; vous vouliez deux choses, étroitement liées entre elles, l'histoire et la philosophie, la philosophie après et par l'histoire, celle-ci comme prélude et forte préparation à celle-là, et celle-là à son tour comme développement, complément et conclusion de celle-ci. C'étaient deux conditions essentielles que vous imposiez aux concurrents et auxquelles ils devaient satisfaire dans une juste mesure, en débutant par l'une et en finissant par l'autre, en procédant dans leurs recherches de la critique à la doctrine. Nous avions par conséquent une règle bien simple à appliquer pour apprécier leurs mérites, c'était de considérer avec quelle convenance et avec quel succès ils étaient parvenus à remplir leur double tâche, selon l'ordre qui leur était marqué. Cette règle est celle qui nous a guidés dans les divers jugements que nous avons eus à porter. Des six Mémoires que nous avons reçus, deux bien au-dessous de tous les autres, et du reste fort peu étendus , ne sont remarquables sous aucun rapport; il ne vous en sera dit que quelques mots. Un troisième beaucoup plus considérable, n'est cependant très-développé que dans sa partie historique. Deux autres, à chacun desquels nous n'accordons pas d'ailleurs le même rang, ont,par un défaut opposé, beaucoup trop fait dominer la théorie sur l'histoire. Un seul les a traitées avec cette justesse de proportion et cette supériorité de talent qui ne pouvaient pas nous laisser de doute sur la décision dont il devait être l'objet. Tels sont, Messieurs, les résultats généraux du long et scrupuleux examen auquel nous nous sommes livrés touchant ces différents travaux, et que justifieront, nous l'espérons , le compte particulier que nous allons vous rendre de chacun d'eux.

Nous ne parlerons guère des deux premiers , que pour les mettre hors du concours, tant dans la forme ils sont abrégés, et pour le fond insuffisants. Peut-être même les aurions-nous tout à fait passés sous silence, s'ils ne devaient être pour nous l'occasion de quelques utiles remarques. Celui qui porte le n° 4 et qui a pour épigraphe ces vers:Tout annonce d'un Dieu l'éternelle existence; On ne peut le comprendre , on ne peut l'ignorer. La voix de l'univers annonce sa présence, El la voix de nos cœurs dit qu'il faut l'adorer. est un cahier de 48 pages et d'une écriture assez fine , il se compose d'une introduction , de trois chapitres sur Fichte , Hegel et Schelling, de considérations générales sur le Panthéisme, et d'une conclusion. Il serait inutile de l'analyser, il suffira par quelques traits d'en marquer l'esprit. Vous n'aviez pas nommé le panthéisme dans votre programme; vous ne l'aviez qu'indiqué en termes trèsgénéraux. Cependant tous les concurrents s'en sont vivement préoccupés, et nous ne nous en plaignons pas. Mais nous aurions mieux aimé qu'il n'y eût, s'il nous est permis de le dire, que les forts et les habiles qui vinssent l'attaquer dans ses plus éminents représentants. Nous ne demandions pas de vains combats, nous n'en voulions que de sérieux. Car des hommes tels que Spinosa, M. de Schelling et Hégel, ne sont pas de médiocres adversaires avec lesquels on puisse légèrement entrer en lice; ce sont de puissants et fermes esprits, de grandes figures philosophiques qu'il faut être en état, lorsqu'on engage la lutte avec eux, d'abord de comprendre et même en un certain sens d'admirer, ensuite d'attaquer et s'il se peut, de vaincre. Or, c'est là ce que n'a point assez senti l'auteur du Mémoire n° 4, et quand il s'est hasardé dans une polémique sans méthode et souvent sans gravité, à diriger quelques coups mal assurés contre leurs divers systèmes, il n'a pas su assez mesurer son entreprise et ses forces, et n'a guère fait qu'une tentative téméraire, que ne relève d'ailleurs aucun mérite particulier de pensée et d'expression. Nous ne placerons pas beaucoup plus haut le Mémoire n° 2 , qui est également très-court, et ne donnera même lieu de notre part qu'à une simple réflexion. L'auteur croit à l'originalité de la théorie qu'il propose! Or , c'est une chose rare que l'originalité, et qui n'est qu'à un prix que bien peu savent atteindre. Elle ne consiste pas en effet à ne penser comme personne, mais à penser mieux que personne, en se conciliant tout le monde, et en partant du sens commun à parvenir par la profondeur à la nouveauté dans la vérité. Elle est donc une distinction, une prééminence singulière, et non une façon bizarre et arbitraire d'être seul de son sentiment, Qu'il nous per

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