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PRÉAMBULE.

Le rôle considérable que la musique a joué à l'Exposition internationale de 1867 est sans précédent dans l'histoire de l'art.

La musique, dont les hommes ont de tout temps apprécié le côté récréatif et charmant, et dont le côté moralisateur s'est révélé aux esprits sérieux, dans ces dernières années, par la création de l'orphéon, a pris enfin le rang et l'importance qui lui étaient dus avec les autres beauxarts, dans cet immense concours des travaux et des intérêts de tous les peuples.

Trop longtemps les organisateurs des grandes manifestations du génie humain n'ont considéré la musique que comme une superfluité; s'ils l'ont acceptée quand elle se trouvait intimement liée à l'industrie, comme dans les instruments, la gravure et l'impression, ils l'ont bannie lorsqu'elle s'est présentée sous la forme immatérielle de l'inspiration pure. Exclure de l'arène où figuraient glorieusement les peintres, les sculpteurs, les graveurs et les architectes, les compositeurs de musique et leurs interprètes, c'était commettre une injustice choquante, contre laquelle protestaient à la fois le goût public, le génie des maîtres, le talent des

virtuoses.

La commission impériale de l'Exposition de 1867 n'a pas voulu se rendre complice des traditions de la routine en prolongeant cet ostracisme. C'est avec la plus louable libéralité qu'elle a réagi contre l'indifférence dont les compositeurs de musique et les exécutants avaient été victimes aux expositions précédentes de la France et de l'étranger. La plus large part a donc été faite à la musique représentée sous toutes ses formes au Champ-de-Mars, devenu ainsi la scène harmonieuse, immense, éloquente, inouïe, du plus sympathique comme du plus universel des arts. Un livre était à faire sur la musique, les musiciens et les instruments de musique à l'Exposition de 1867.

Mais qui donc se trouverait de taille à entreprendre une tâche semblable?

Qui donc se sentirait assez vigoureux pour brasser une matière dont chaque division pouvait fournir les développements d'un livre entier ?

C'est un esprit encyclopédique qu'il aurait fallu pour traiter un sujet si varié dans son apparente unité, et cet esprit même n'aurait pas suffi s'il n'avait été aussi celui d'un vaillant et d'un téméraire.

Tracer d'un seul coup le tableau animé de l'industrie et de l'art musical actuel chez tous les peuples du monde représentés dans ce spécimen d'univers appelé le Champ-de-Mars, tout en rassemblant, en coordonnant méthodiquement, sans en omettre une seule, les pièces officielles émanées de la commission et des sous-comités, quel travail, juste ciel ! et qui, en dehors des athlètes de la science, si rares à cette heure, eût osé s'en charger?

J'eusse cherché longtemps le héros de cette difficile et pénible entreprise sans le pouvoir trouver; et le dernier nom qui me fût venu à l'esprit, certes, c'eût étéle mien.

Le savoir, la volonté, le temps, tout m'eût manqué pour me mettre à l'œuvre, tout, jusqu'à cette grâce d'état de l'écrivain, que les gens bienveillants appellent illusion, et que les autres moins bienveillants nomment simplement vanité.

Comment done m'est-il arrivé d'accomplir ce miracle en faisant ce que je n'aurais pas voulu faire et ce que je ne pouvais pas faire?

Je n'en sais rien, vraiment.

J'ai pris un jour par un petit bout d'une question cet attrayant, ce vaste sujet, sans songer à mal, et de même que tout le corps passe dans une roue d'engrenage, quand le pan de votre habit s'est trouvé engagé, ainsi il m'est arrivé, et tout l'ouvrage a passé.

Que ce livre soit complet dans toutes ses parties, n'y veuillez pas compter un seul instant, et tenez pour certain, au contraire, qu'il pèche la forme.

par l'ensemble, par le détail, par le fond et par

Et c'est tout simple, car, je le répète, pour mener à bonne fin une semblable entreprise, il aurait fallu les talents réunis de plusieurs hommes de talent, et je n'ai que mon mérite propre, hélas! qui est un

mince mérite.

Néanmoins, je n'aurai pas produit une œuvre inutile. Ce livre

restera, malgré ses imperfections, parce qu'il est de bonne foi, suivant l'expression de Montaigne, et qu'on voudra le conserver comme les archives de tout ce qui, par un côté quelconque, se rattache à l'exposition musicale de cette majestueuse Exposition de 1867.

Il se divise en quatre parties principales.

Dans la première partie, après avoir rappelé en quelques pages l'histoire toute récente des expositions industrielles, je passe à l'organisation générale de l'Exposition universelle de 1867, pour entrer dans le détail de l'organisation touchant les choses de la musique. Les travaux de cette organisation, avec tous les documents officiels à l'appui, tels que arrêtés ministériels, rapports des comités, règlement des concours, etc., etc., seront, je le crois, étudiés avec intérêt, car ils constituent les fortes assises sur lesquelles a pu s'élever l'édifice musical de l'Exposition.

La seconde partie est consacrée à l'exécution musicale. Les concours d'orphéons, de musiques civiles, de musiques régimentaires, la remplissent, avec l'historique des concerts à grand orchestre et chœurs, du Théâtre international, des concerts de Strauss et de Bils, au cercle international, de la musique dans le parc, des concerts hongrois, du jardin chinois, du café tunisien, des concerts d'essai à l'intérieur de l'Exposition, qu'on pourrait appeler des concerts-Bataille, - etc., en y ajoutant tous les documents officiels, arrêtés, rapports, qui se rattachent à cette partie du programme.

La troisième a pour objet l'analyse des méthodes, des solféges, des systèmes de notation nouvelle, des appareils pour l'enseignement, des tableaux pour les écoles, de l'impression, de la gravure des éditions, et du commerce de musique, sans qu'un seul exposant soit passé sous silence.

Enfin, la quatrième partie comprend l'examen des instruments de musique, divisés en instruments à cordes, -instruments à vent à embouchure, — instruments à vent à embouchure latérale, — instruments à vent à clavier, -instruments mixtes, formés d'éléments appartenant aux familles indiquées plus haut, -- instruments de percussion, etc.

On le voit par ce rapide aperçu, c'est un monument véritable à la mémoire de l'art musical de tous les peuples représentés à l'Exposition universelle, c'est-à-dire de tous les peuples du monde, y compris les peuplades sauvages de l'Afrique et de l'Amérique, que nous avons édifié.

Si le monument pèche par quelque point, condamnez l'architecte, n'accusez pas ses intentions. J'ai pu me tromper, je n'ai jamais trompé.

Aucun exposant, français ou étranger, n'est oublié dans ce laborieux travail, qui renferme aussi la liste exacte et complète des industriels récompensés, leur classement, et les noms, soigneusement collationnés, de toutes les Sociétés orphéoniques européennes ayant pris part aux fètes de l'Exposition, avec le nombre exact des musiciens composant chaque Société et chaque musique régimentaire, le nom de leur chef et l'organisation de chacune d'elles.

Je ne me suis point dissimulé, c'eût été par trop naïf, qu'il est impossible de toucher à l'amour-propre des artistes et à l'intérêt des industriels, sans provoquer des colères, des réclamations, et aussi parfois, sans que dame Calomnie, avec son air patelin, ne vienne faire ses petites offres de services. Les colères, j'en ris; les calomnies, je les méprise ; les réclamations, c'est autre chose : je les prends en considération, même quand elles ne sont pas présentées sous la forme polie qui est toujours celle des gens bien élevés et qui se respectent eux-mêmes.

Quelques-unes des parties de mon travail, publiées d'abord dans le Menestrel, ont provoqué de la part des intéressés certaines explications, les unes courtoises, d'autres acerbes, d'autres grossières, le plus grand nombre insignifiantes. Le Menestrel a libéralement accueilli toutes ces réclamations sur ma prière, et j'en ai remercié son honorable directeur.

Mon livre ne sera pas moins libéral que le journal.

Aucun des articles ou des passages d'articles qui ont soulevé des réclamations n'y a été maintenu sans les réclamations auxquelles ces articles ou ces passages d'articles ont donné lieu, et j'ai ajouté aux réclamations déjà publiées, un certain nombre de lettres inédites qui m'ont été adressées par des exposants sur leurs ouvrages exposés. Juger les œuvres d'un homme et refuser ensuite d'accepter les raisons fournies par cet homme dans la forme qu'il lui a plu de les manifester, afin que le public puisse juger à son tour l'accusation et la défense, c'est, à mon sens, commettre un acte de déloyauté. Or, je suis de ceux qui pensent qu'il n'y a pas de petite injustice, et mon but, depuis que j'ai l'honneur de tenir une plume, a été bien moins de paraitre avoir raison que de m'éclairer moi-même en cherchant la vérité.

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