Imágenes de página
PDF
ePub

daìgnoîent partager ces rícheífes avec leur maître: voilà une foible partie des maux que vos ancêtres ont fous-' ferts. Eh quoi! íì de tels maux fubfìííoient toujours fur la terre, ne vaudroit-il pas mieux aller errans dans les; bois & partager les retraites des bêtes sauvages? Du moins une main avide n'y vîendroit pas arracher à l'homme affamé fa nourriture. L'antre qu'il auroit choisi lui ferviroit d'asile , & il pourroit dire : Ici le rocher quí me couvre, & l'eau qui me désaltère sont à moi; ici je ne paye point l'air que je respire. Nul de vous, Romains, fous l'erapire de Marc-Aurèle , nTa été reduit à former de pareils vœux. II commence par réprimer la tyrannie sourde du fisc envers les Citoyens „ espèce de guerre où souvent for* fàît combattre la Loi contre la Justice;,,;*: h Souverain contre les. Sujets. Toetae accusation qui ne peut tendre q^à grossir "es revenus, est écartée ; tout droit de son trésor qui peut être équivoque , est décidé contre lui. II rejette les confiscations, comme un abus barbare qui punit le fils innocent des crimes du- père, comme un abus dangereux qui fait désirer de trouver des coupables par-tout où iï y a des riches. II ne veut pas que ler crimes des Citoyens soient le patrimoine du Prince, & que celui quî est le Chef de la Patrie , trouve un. profit honteux dans ce qui afflige la Patrie.

Cette modération s'étend jusqu'au trésor public. Vous l'avez vu , dany des besoins pressa-ns , remettre tout ce. qui étoit dû , quand il en crut la levée trop onéreuse. C'est dans les temps où se multipKoient les besoins, qu'il multiplie les bienfaits envers les peuples. Mais je rougis d'employer, en parlant de Marc^ Aurèle , le langage que la flatterie a consacré poux les Princes. Ce que j'appelle des bienfaits , il l'appeloit une justice. Non , FEtat n'a point de droit fur la misère; il seroit aussi honteux que barbare de vouloir s'enrichir de la pau1vreté mêrne, & de ravir à celui qui a peu, pour donner à celui qui a tout. Sous lui, le Laboureur fut respecté; l'homme qui n'avoit que ses brasput jouir dií nécessaire que ses brasluî avoient donné; la mollesse & le luxe payèrent en richesses ce que la pauvreté payoit en travaux. II donne unplus grand exemple. Placé entre des ennemis ardens & des peuples aeca*blés , c'est fur lui-même , Romains , qu'il lève les impositions que vous n'auriez pu payer fans vous appauvrir. On lui demande où font les trésors pour la guerre : Les voici, dit-il en, montrant les meubles de son palais. Dépouillez ces murs j enlevez ces.

statues & ces tableaux; portez ces vas« d'or fur la place publique; que tout soit vendu au nom de l'Etat ; que ces vains ornemens , qui servoient de décoration au palais des Empereurs, servent à la défense de FEmpire. J'étois auprès de lui dans le temps.qu'il donnoit & qu'on exécutoit ces ordres; je parus étonné. II se tourna vers moi : *> Apollonius, me dit-il, » eh quoi! tu admires aussi comme » le peuple 1 Faudroit-il donc , au » lieu de ces vases d'or, faire vendre » I'argile du pauvre ,. & le bled qui » nourrit ses enfans? Mon ami, me » dit-il un moment après , peut-être », toutes ces richesses ont-elles couté » des larmes à vingt Nations: cette u vente fera une foible expiation des » maux faits à l'humanïté «. Romains , ces appartemens dépouillés , ces murailles presque nues avoient pour vous plus d'éclat & de grandeur que les palais d'or de vos tyrans. La maison, de Mare-Aurèle, dans cet état, resserabloit à un temple auguste qui n'a d'autre ornement que la Divinité qui. s/habite*

C'est p eu de se dépouiller lui-même,, il eut le courage de refuser aux autres ee qu'il n'avoit point le droit de donner. 11 apprit à se défendre de cette générosité qui est quelquefois la maladie des grandes ames , séduction d'autant plus dangereuse, qu'elle ressemble à la vertu, mais qui, pour le bonheur d'un homme, fait quelquefois le malheur de deux mille..

Les mauvais Empereurs corrompoient les camps , pour s'en faire ua appui contre Rome & l'or prodigué dans les aimées , servoit à forger les chaînes que le despotisme étendait fur l'Univers. M arc-Aurèle eut rougi d'acheter les armées; de l'Empire contre l'Empire même. U leur ao

« AnteriorContinuar »