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peu élever des tribunaux dans ses temples , mettre les loix religieuses à la place des loix politiques, & régler les droits des François d'après les décrets des pontifes de Rome. Delà l'autorité du droit ecclésiastique & des Canons, qui décidèrent presque toujours les affaires civiles par des vues sacrées.

II semble que la nation agitée par ses malheurs & ses abus , également tourmentée & par les loix qu'elle avoic & par celles qui lui manquoient, se tournât de tous côtés, comme pour chercher u» remède à ses maux. Vers le milieu du douzième siècle, le recueil des loix de Justinien , enseveli pendant près de cinq cents ans, reparut , & passa dans le treizième, d'Italie en France. Bientôt le respect pour la grandeur romaine, & sur - tout le contraste de la grossièreté sauvage de nos loix, avec la profondeur & la sagesse de ces loix antiques, les firent adopter également par les magistrats & par les Rois. Mais la légiflation d'un peuple maître de l'univers , pouvoitelle convenir à un peuple pauvre & opprimé qui sccouoit ses chaînes ? L'état politique, les besoins ou les vices du climat, la forme des tribunaux, les distinctions des personnes, les distinctions des biens , chaque genre ou d'opprefllon ou de privilège, enfin la servitude, la noblesse& la souveraineté même, tout étoit diffèrent ; comment les loix auroient-elles pu être les mêmes? On voulut concilier ces loix étrangères qu'on admiroit, avec les loix nationales , qui rées des abus & les combattant, paroissoient insuffisantes & nécessaires. Mais toutes ces par^ ties mêlées ensemble se repoussoient. C'étoit vouloir assortir des ruines avec îarchitecture d'un temple.

Enfin les ordonnances de nos Rois,' multipliées fous chaque règne selon les intérêts & les besoins, expliquant, commentant, réformant tant de loix différentes, ou en créant de nouvelles, détruisant tour-à-tour & détruites, vinrent se mêler à nos premières loix barbares, aux Capitulaires , aux loix féodales , au droit ecclésiastique, au droit romain , & aux z8.<; codes de Coutumes qui partageoient la France, Tel a été pendant douze cents ans le cahos des loix françoises. Ce n'eíl pas que dans difrérentís» époques , pkb sieurs grands Hommes ne se soienç occupés de notre légiflation. Charlemagne commença, Çharlemagnel'oiv nement de son siècle, & qui auroit pu être l'étonnement du nôtre; mais le contraste écoit trop grand entre son siècle &, son génie. II fut obligé de suivre les anciennes idées en les dirigeant.» La constitution même de l'E? tat, 3c par conséquent la base des loix, n/étoient point fixes, Çe Prince avoic dans fa tête toute ia vigueur de la souveraineté ; ma^la constitution pertr ffcojt à l'ariarçïiie4 & n/a^endoù quç

- ìes vices de ses successeurs. Tout se divisa; & ses loix auxquelles il avoit donné son caractère , ne purent'subsister dans un état d'avilissement & de foiblesse.

S. Louis qui n'eut pas un vice, qui eut toutes les vertus peut - êrre , & qui ne fit des fautes que parce qu'il abusa quelquefois de ses vertus même, quatre cents ans après fut aussi le réformateur des loix; mais il chercha plutôt à corriget des abus ,qu'à établir des principes. Sa légiflation resserrée dans ses domaines, fut plutôt un exemple qu'une loi. II prépara une révolution & ne la fit pas.

Charles'VII, maître & conquérant de son royaume , voulant cimenter par les loix une réunion faite par les armes , ordonna de rédiger toutes les Coutumes pour en faire une feule. Cent ans suffirent à peine pour cette rédaction. L'infidélité , la barbarie , l'ignorance, tout corrompit cet ouvrage; & ces matériaux informes, amassés depuis trois siècles, attendent encore une main qui les emploie.

Louis XI conçut le même projet d'uniformité. Mais Louis XI ne méritoit point de donner des loix à la France.

Sous Charles IX, le Chancelier de l'Hópital, grand Homme parmi des furieux, & modéré au milieu de deux fanatisines qui se heurtoient , publia les loix les plus sages; mais il n'embrassa qu'une petite partie de la légiflation ; & ceux qui vouloient commettre impunément des crimes, ne lui permirent point de servir plus long-temps, lEtat, le Prince & les loix.

Enfin Louis XIV, né dans un siècle de calme & de grandeur, environné de tous les talens , avide de tous les genres de gloire, occupé tour-à-tour de tous les objets d'utilité, fur-tout de ceux qui avoient de l'éclat, maître

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