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68 Ëlogb De M A tr n. I ci é ,

bloit le plus occupe des plaisirs , il ne manquóíf jamais de se retirer pour étudier au moins deux ou trois heures. Ce contraste dline grande idée qui le íuivoit par-tout, & d'amusemens qui n'étoient pas toujours fort nobles, peut servir i faire connoître les hommes.

Etant encore jeune, il fut attaché à la célèbre Le Couvreur, & se plaisoit beaucoup dans sá so' ciété. Follard, Polybe, & son génie firent son éducation pour laguerre. Mademoiselle Le Cou* vreur la fit pour les choses agréables. Elle lui fit lire la plupart de nos Poëtes, lui apprit beaucoup de vers, & orna son esprit de cet» littérature légère , qui à la vérité sied mieux à «ne actrice qu'à un héros, St qui est plutôt un agrément qu'un mérite. C'étoit Omphale qui paroit Hercule. Heureusement il eut mieux à faire dans la fuite, que de cultiver ce genre-d'éducation.

Etant nommé Duc de Curlande , & obligé de combartre la Pologne & la Russie, Mademoiselle Le Couvreur mit ses pierreries en gage pour une somme de quarante mille francs qu'elle lui envoya. L'actrice capable d'un pareil trait, étoit digne de jouer Cornclie.

Le Maréchal de Saxe à la guerre, se délassoit presque tous les jours par les spectacles , des fatigues du commandement. Quelquefois cm I

Venolt lui rendre compte dans fa loge, de» dé» marches des ennemis; il donnoit íl-s ordres , 6s, Çe remettoit Tranquillement à écouter la pièce. .

On sçait que la veille d'une bataille étant au spectacle , l'acteur chargé d'annoncer, dit qu'on ne joueroit pas le lendemain à cause da la bataille, mais annonça la pièce pour le joue d'après, I l falloit une victoire pour que les ac-t teurs tinssent parole, & ils la tinrent. II faut convenir que cette manière de faite la guertq n'étoit guère cel(e <jes Scipions , mais le M-iiéchal de Saxe avait pris les mœurs de la natioa qu'il commandoit. II faifoit comme elle, un jeu des combats , & unissoit aux pjaisits un cou» rage profond & calme, comine elle y a joint da tout temps un courage impétueux & brillant.

Tout s'allie chez les hommes. On peut quelquefois aimer les plaisirs it être cruel j le Ma», réchal de Saxe étoit humain. U sçavoit respec» ter Je sang des soldats & le ménageoir. Un joui un officier général lut montrant un poste qirç pouvait être utile; u il ne vous coûtera pas ,dit« *, il, plus de douze Grenadiers. » Passe encore , dit le Maréchal, si c'étoit douze Lieutenants gó. jiéraux. Sans doute par cette plaisanterie , il n« vouloit póint blesser un corps d'ofHciers respeo» tabl,es , & qui par leurs services comme par IÇtf/gradç .but la plupart destjuçs à cpm.mancj'ïfc II voulut seuiement faire voir combien il ménageoit un corps de soldats célèbre par fa valeur. .

La nuit qui précéda la bataille de Raucour, il étoit dans fa tente, triste & plongé dans une rêverie profonde, M. Sénac , avec qui dans ce pioment il se trouvoit seul, lui demande le sujet de sa tristesse. Le Maréchal lui répondit ea parodiant ces vers d'Andromaque:

Songe , songe , Sénac, à cette nuit cruelle Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle;

Songe aujf cris des vainqueurs , songe aux

çris des mourans, Dans la flamme étouffés, fous le sor expi

rans, &c.

Il ajouta un moment après: & tous ces soli fiats n'en ffavent rien encore. Ce mouvement d'un Général qui dans le silence de la nuit s'attriste en pensant aux massacres du lendemain , 0c fait réflexion que de tant de milliers d'hommes qui dorment, une partie ne se réveillera que pour mourir, a quelque chose de profond., de sensible Si de tendre qui n'est pas ordinaire.

Ce même homme qui s'attendrissoit fur le sort des soldats, faisoit valoir avec zèle les fervices des ofEçiers, & les appuyoit à la cour, dr tttut son crédit. II avoit pour le mérite militaire cette estime profonde & réfléchie, que doit avoit un homme qui ne s'est jamais occupé que d'une idée. Ce sentiment ne l'empêcha point de rendre quelquefois des services d'un autre genre. Un jeune officier , dans un de ces momens où Ja crainte l'emporte fur Je devoir, où l'oo consulte plus la nature que l'honneur , avoit disparu. Son absence avoit été remarquée. Tout se déchaînoit ; les hommes braves, par estime pour la valeur; ceux qui l'étoient moins, pour se persuader à eux.mcme9 & aux autres qu'ils étoient fort au dessus d'une telle foiblesse. Le Maréchal de Saxe l'apprend, dit qu'il a donné à cet officier une commission fecrette , & le fait avertir de paroître publiquement le lendemain à son lever. L'ofHcier s'y rend. Le Maréchal va au devant de lui , lui parle quelque temps en ffecret , & le loue ensuite tout haut d'avoir rempli avec autant de promptitude que d'intet. ligence les ordres qu'il lui a donnés. Par cette conduite , il conserva un citoyen à l'état, sauva l'honneur d'une famille , & empêcha qu'une foiblesse d'un moment ne fît le malheur & la honte d'une vie entière. II n'est pas nécessaire Rajouter que cet officier fut par la fuite le plu» brave des hommes,

Quelquefois il employoit dans ses propos une certaine sévérité militaire, qui tenoit à I* hauteur d'un homme accoutumé à faire le sort des états. II aflîégoit une place. On vint pour capituler. A la tête des députes étoit un homme qui se préparoit à lui faire un discours. « M. le »» harangueur, dit le Maréchal , ce n'est point » aux bourgeois à se mêler des querelles de» » Princes; point de discours «. - II étoit impossible que le Maréchal de Saie n'eût point de 1'ambition. Frère naturel du Roi de Pologne, élu Souverain de la Cutlande, Ho coutuaié pendant une époque de fa vie au com> mandemement des armées , espèee de despotisme le plus absolu, il avoir de plus une ima-f gination forte & inquiète, & une ame ardente qui se portoit avec impétuosité à tout, qualité sans laquelle peut-être il n'y a point de grandi talens dans aucun genre, Cette force d'imagina' tion lui inspira quelquefois des idées singulières, & qui sembloient appartenir à un autre siècla & à d'autres mœurs. C'étoit Pexcès de la- fèva dans une plante forte & vigoureuse. II eut da bonne-heure la fantaisie d'être Roi; & comme en regardant autour de lui, il trouva les places occupées , il jetta les yeux fur cette nation qui depuis- dix-fept cents ans n'a ai Souverain ni patrie , qui est par - tout dispersée & par - tous Síïang<;re, & se ÇQfisple de sa proscription par

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