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& que plusieurs seroient grands. Je sçaïs que 1 honneur françois se ressusciteroit dans leurs châteaux;que les ames, en devenant plus simples , deviendraient plus fortes ; que les terres seroient mieux cultivées , les villages plus riches , l'agriculture plus en honneur, les fortunes des grandes Maisons plus assurées , les re( venus de l'Etat plus considérables. Je sçais qu'en moins de cinquante ans peut - être , un pareil .chargement feroit une révolution dans nos -mœurs , & qu'on ne verroit pins des hommes sourire avec pitié au nom de vertu , d'héroïsme & de dévouement pour la Patrie.

Idem. (39) La multiplicité effrénée des offices , dit Sully, est la marque assurée de la décadence prochaine d'un Etat. Elle surcharge le - peuple par le payement des gages attribués à tant d'officiers , par la levée des droits qu'ils exigent dans leurs fonctions, par les privilèges, qui les exemptent de partager les fardeaux : elle nuit fur-tout, parce qu'elle achève de répandre l'esprit de mollesse , la honte du travail, le goût des grandes villes, l'indépendance & l'esprit factieux de corps, enfin la trop grande estime de l'argent, qui procure en même temps deux choses qui ne devroienr jamais être réunies , de l'oisiveté & des distinctions. Ce fut en itfo} gue Sully travailla à cette grande réforme. Col

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bert fit la même opération, qui de son temps étoit devenue encore plus nécessaire. En ce Ministre fit dresser un état général de tous les Officiers du royaume. On en trouva 45, 780, tandis que 6000 auroient suffi. Et depuis ce temps-là le nombre en est encore beaucoup augmenté parmi nous.

Page 338. (40) On a toujours regardé comme une des plus utiles réformes de Sully, la réduction de l'intérêt du denier 10 & 1 1 au denier 16, ta 1601. Le préambule de l'édit contient d'excellens principes fur cette matière: & les plus iiabiles Ecrivains parmi les Anglois, le proposèrent depuis comme un modèle à imiter chez eux. Le Cardinal de Richelieu en 1634, réduisit l'intérêt du denier 16 au denier 18 ; & dans son édit, ne manqua pas de citet celui qui avoit été rendu fous Henri IV. Enfin en 1663 Colbert fit encore une nouvelle réductio du denier 18 au deflier 10. Ces trois opérations sous trois règnes différens, furent également utiles à l'Etat. Le haut prix de l'intérêt éroit un appât qui engageoit les particuliers à placer leur argent en contrats de rente, & à vivre dans l'oisiveté, au lieu de s'appliquer à la culture des terres , aux manufactures & au commerce. La réduction força les citoyens à enrichir l'Etat, & à s'enrichir eux»

Tome III. S

mêmes par le travail : elle fut encore un secours pour les Nobles, qui purent acquitter plus aisément leurs dettes; & pour la partie industrieuse de la nation , qui trouva des fonds. II est vrai que le Prince n'est le maître que de l'intétêt légal de l'argent , c'est-à-dire de cette portion qui est aliénée à perpétuité par des contrats. A l'égard de l'argent qui reste dans la circulation pour les entreprises d'agriculture, de commerce ou d'industrie , c'est une marchandise dont le prix doit hausser ou baisser, selon qu'elle est plus ou moins commune. Si l'argent étoit rare, la diminution de l'intérêt légal ne produiroit d'autre esset que de resserrer les bourses , & de faire disparoîtie les prêteurs. Aussi les trois Ministres qui firent successivement cette réduction, avoient déja commencé à rétablir, par d'autret opérations utiles , l'aisance nationale , sans laquelle ils eussent vainement essayé de réduire l'intérêt. Il faut remarquer que c'est nous qui avons donné aux étrangers l'exemple de ces sortes de réductions; & aujourd'hui nous sommes obligés de proposer à notre Patrie l'exemple de ces mêmes étrangers. Toutes les nations voisines payent l'intérêt de l'argent moins que nous. Elles ont maintenant fur la France le rn.ême avantage, que la France avoit autrefois siir elles. C'est pour nous une raison de plus de faire nne réduction , que tant d'autres causej ont rendue nécessaire.

Page 338. (41) Sully voyoit avec toute la douleur d'un citoyen , la plaie terrible que le désordre des finances avoit faite aux mccuts. II avóit là-dessus les principes des anciens légiflateurs; & le Surintendant de Paris eût été Licurgue à Sparte , & Caton à Rome. Que nous sommes loin de cette façon de penser! Politiques d'un jour, nous avons tout réduit en calcul; nous avons combiné chaque point de grandeur que la population, le commerce , Industrielles arts peuvent ajoutera un Etat; 5c nous ne parlons pas des mœurs. On se plaint que tout a dégénéré. Que peut-on attendre d'un peuple où l'or est le premier des biens ; oùTesprit mercénaire anéantit tout principe noble," où tout est marchandise , jusqu'à la vertu; où dès qu'on a' fait une bonne action, s'il s'en fait encore ,\jon se hâte d'en demander le salaire en argent ? Voilà le germe de la destruction. Point de mœurs , point d'Etat. Que l'or d'une part , & l'honneur de l'autre soient remis chacun à leur place. L'or n'est qu'un moyen; vous perdez tout, si vous en faites une récompense. Vos vils métaux ne font que rétrécir les ames: la considération & l'honneur les élèvent & les agrandissons. Aussi le sage Ministre de Henri IV étoir

indigne de voir les grands Seigneurs de son temps , avides , pendant les guerres civiles, d'indépendance & d'autorité , éblouis, píndant la paix , du luxe des Financiers , se rabaisser jusqu'à ne désirer plus que de l'argent. Il faut voir avec quelle éloquence il s'exprime dans se» Mémoires fur le luxe, fur la mollesse, fur le prix que nos passions mettent à l'or , fur le dépérissement du vieil honneur, la confusion des Etats, l'abatardissement des races, la supériorité que la généreuse noblesse devroit avoir sur les gens de fortune , la barrière qu'il faudroit élever entre ces deux ordres de citoyens, pour que l"exemple d'une opulente oisiveté ne vienne pas frapper de trop près , des araes qui ne doivent être occupées que de travaux, de combats , de sacrifices pour l'Etat & pour le Roi. Son stylî alors s'élève & s'enflamme. Ce sont par - tout les expressions d'un guerrier philosophe , qui a l'ame également austère & grande, qui sent k Tfirtu avec transport, & qui combat les vices avec la même intrépidité qu'il combartoit lei ennemis un jour de bataille. Ces fortes de détails se trouvent sur-tout dans les anciens Memoires, bien moins agréables fans doute , maisplus utiles que les nouveaux. Ils ressemblent à ces médailles antiques que les connoisseurs ai' «nent à retrouver, & qui font toujours supé*

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