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d'autres non moins rapides. Malines , Anvers , Mons, Louvain , Charleroi ouvrent leurs portes; Namur est foudroyé. La honte irrite le courage de nos ermemis. Déja ils ont oublié Fon* tenoy. Ils osent tenter une seconde fois la fortune. * Une nouvelle bataille est pourMAURiCE un nouveau triomphe, Raucoux scra témoin de leur défaite. Tout ce que le génie de la guerre à pu inventer de plus terrible, se réunit ici. Je vois une armée nombreuse & intrépide , postée sur des hauteurs, retranchée de toute part, soutenue par des redoutes, défendue par cent pièces d'artillerie , dont le feu combiné annonce une destruction presqu'inévitable. Maurice a tout vu & tout disposé. Trois attaques se forment presque en méme temps contre trois postes. Rien n'égale l'opiniâtreté de Vattaque que celle de la défense. Des

* Bataille de Raucoux le 11 Octobre 174*,

deux côtés c'est la valeur qui combat ; maïs MAURICE guidoit la valeur des François, & ils ont vaincu. Les ennemis fuyent à pas précipités, & mettent la Meuse entr'eux & leur vainqueur. LoUIs qui doit à MAURICE tant de succès, n'a point la foiblesse de ces anciens maîtres du monde , plus fameux encore par leurs vices que par leur grandeur ; chez qui les vertus étoient dangereuses, & qui ne pardonnoient presque jamais la gloire d'avoir bien servi l'Etat. * Le Général qui avoit vaincu , en arrivant dans ces Cours foibles & barbares, étoit forcé de cacher ses victoires comme des crimes; & après de froids embrasse

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mens , unique témoignage d'une reconnoiflànce forcée , pour faire oublier fa gloire, il se hátoit de se confondre dans la foule des esclaves. Louis n'est pas humilié par un grand Homme: & il ne craint que de n'é'tre pas aílèg puissant pour récompenser tant de services, (n) Des distinctions nouvelles font créées pour des exploits nouveaux. Un titre * qui avoit été la récompense de Turenne au milieu de ses triomphes, & de Villars au bord du tombeau, soumet à Mauricé toutes les armées de Louis. Une confiance plus flatteuse que les dignités , lui donne un ami dans un Roi. L'envie qui n'ose élever ses regards jusqu'à lui, , frémit en l'admirant, & ne murmure que dansrla poussière.

Faut-il, toutes les fois qu'il s'agit d'un grand Homme, avoir à pronon

* Titre dé Maréchal Général de toutes les Ar> nées du Roi.

cer le nom de l'Envie? Quelle est cette maladie vile & cruelle , commune à tous les temps, à tous les lieux, & qui par-tout flétrit le genre-humain ? Les siécles , las gouvernemens , les arrs t les loix , les mœurs , tout change; VEnvie ne change pas. Ennemie éternelle & irréconciliable de tout ce qui est grand, à peine elle apperçoir ou un talent ou une vertu, elle accourt & les combat. Elle outragea Turenne 5c Luxembourg; elle eût voulu obscurcir Condé; elle persécuta MauRice. C'est elle qui dans les batailles traveríoir ses plans; c'est elle qui disoit à des ames viles : faites périr l'Etat, s'il le faut, mais empêchez* Maurice de vaincre. C'est elle qui à Fontenoy-, lorsque le Roi , la France & cent mille hommes étoient en danger , élevoit peut-être dans le cœur de certains hommes une joie barbare, & fit que le gain de la bataille fut pour eux un malheur plus grand

que pour la Hollande & P Angleterre. Quelle punition pourra être égale à ces crimes de l'Envie? Son supplice est dans fa foiblesse; son supplice est! de se voir , de se juger, de se comparer sans cesse; son supplice est de s'élancer continuellement où les autres s'élèvent, & de retomber toujours fur elle-même; de voir à chaque instant des succès qu'elle abhorre ; d'être poursuivie par des triomphes qu'elle déteste; son supplice enfin est d'avoir éternellement & profondément gravée dans son ame, l'image de la grandeur d'autrui qui pèse fur elle , & qui l'accable. C'est ainlì que la punit Mau"rice ; il vole à de nouvelles victoires.

Envain l'Autriche & l'Angleterre épuisent leurs trésors-contre la Ffance. En Vain leur politique t pour déterminer la lenteur de la Hollande, a sçu engager ces Républicains à se nommer un chef qui réunît dans fa main les rênes du pouvoir, qui donnât plus

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