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en riant. Le Duc uii peù déconcerté prit le parti de tourner la chose en plaisanterie. Montmélian passoit pour la plus forte place de l'Europe. Dès que la guerre fut déclarée, Sully conseilla au Roi de l'aslïéger. Mais il se trouva le seul de son avis, & tous les officiers s'y opposèrent. Pour déterminer Henri IV fur Montmélian , Sully alla mettre le siège devant Charbonnières , place presque aussi forte, & située sur un roc inaccessible. I l y essuya des fatigues incroyables. Enfin après quelques jours de travail, il promit au Roi de le rendre maître de la place pour le lendemain. Il ne tint pas à ses ennemis que tout n'échouât. Tandis qu'il expofoit fa vie, les courtisans étoient occupés à censurer ses' opérations. L'un d'eux dit hautement que s'il étoit dans la place", il sçauroit bien empêcher qu'elle ne fût prise d'un mois. Alle^ donc 3 leur' dit-il à tous, excédé epfin de leurs discours, & fi je ne vous fais pas tous pendre aujourd'hui, je veux pajser pour un fat. En effet, la place se rendit le même jour. Même après ce succès,. Sully eut beaucoup de peine à obtenir la permission de prendre Montmélian. II y avoit des hommes dans le Conseil qui redoutoient les succès de Sully, autant que le Duc de Savoie lui-même. A la fin le zèle l'emporta fur l'envie. Montmélian fut assiégé, & Sully commença à. prouver qu'avec une artillerie bien strvie , il n'y. a plus de place imprenable.

Page 199. (-18) Sully fut aussi habile négo-' ciateur qu'excellent guerrier. Dès l'âge de vingttrois ans, il avoit étudié i'art de manier les' esprits, & de connoître les hommes. En 15S3 , temps où la Ligue commençoit a se former , le Roi de Navarre l'avoit envoyé à la cour pour en suivre tous les mouvemens. II y avoit vu Catherine de Médicis ne paroilfantoccupce que. déplaisirs, & méditant d'éternelles intrigues; les Guises populaires , comme le font d'abord tous les tyrans, flattant le peuple poiu écraser le Roi; les favoris impérieux & avides , poussant d'une main imprudente l'ame des Guises vers.des situations extrêmes; le Roi souffrantd'-abor 1 la Ligue par indolence , l'autorisant ensuite par foiblesse , & bientôt fe débattant contre elle , après s'être enveloppé dans ses pièges.. Sully attentif à tout ce qui íé paslbit autour de lui, en donnoit des avis exacts au Roi de Na-.varre. En 1 j 8 5, il fît un second voyage à Paris , qui avoit encore le meme but. Henri III venoit; de se déclarer chef de cette Ligue armée pour le détrôner. Sully s'adreíla dans cette occasionà tous les François qui aimoient encore l'Etat.Enfin en ijì,8, après les barricades, monument singulier d'audace de la part d'un sujet „

4c de soiblesse de la par: d'un Roi, il suivît par ordre de son maître le Comte de Soiffons , pour étudier ses démarches , & observer le nouveau système qu'on alloit suivre à la cour. C'est sans doute dans ces différentes circonstances cjue Sully acquit cette connoiffance supérieure des hommes , qu'il a montrée toujours depuis. En effet, pour apprendre à les connoître, il ne faut pas les étudier dans des temps de calme, & lorsque toutes les passions font endormies. Un masque uniforme & trompeur couvre alors tous les visages. C'est dans les temps orageux, dans les grands intérêts, dans le choc des partis & des crimes qu'il faut les voir. C'est alors que les ames se développent; que toutes les passions ont leur activité; que tous les hommes font eux-mêmes. Dans ces momens d'agitation, la nature irrégulière & forreaun grand caractère: & tous ses traits font mieux marqués. Telle avoit été l'école de Sully. Ceux qui ont lu ses Mémoires, sçavent d'ailleurs qu'il avoit toute la pénétration & tout le sang-froid dont on â besoin pour bien observer & juger les hommes.

Idem. (19) En if86, Sully avoit déja négocié un traité entre les deux Rois; mais l'indécifion , vice de toutes les ames íoibles , entraîna bientôt Henri III d'un côté opposé: & le traité devint inutile. Enfin en iftf, après l'aflàflinat Jes Guises, Henri III ayant tâché vainement d'appaiser le Duc de Mayenne qui ne daigna point pardoni,er à son Roi, il sut moins éloigné de s'unit avec le Roi de Navarre. Sully négocia encore ce traité , non point avec la grave lenteur de la plupart des Plénipotentiaires , mais avec l'activité d'un homme qui vouloit sauver la Prance. Un grand nombre de voyages qu'il fit avec précipitation , & ùas prendre aucun repos , le firent tomber dangereusement malade. Le philosophe Mornay eut l'adresse de profiter de l'état de Sully , pour obtenir la gloire & la récompense du traité.

Page joo. ( ïo ) Brancas-Villars, Amiral de France, Gouverneur de Rouen pour la Ligue , fut un des hommes les plus estimables de son temps. II étoit brave, désintéressé, plein d'audace , incapable de dissimulation , indigné contre tout artifice, mais emporté, ayant d'ailleurs plusieurs traits de ressemblance avec Henri IV* ll estimoit beauconp le Roi , & n'en étoir pas moins estimé. Sully, eu négocia avec lui

pour le détacher de la Ligue. Cette négociation fixe d'abord secrette ; ensuite elle fut traversée par des intrigues. Enfin , comme tout étoit fur le point d'être conclu, on persuada à Villars que Sully avoir formé le projet de s'emparer de Jâ personne pour le faire assaiuner. Villars» h f

cette nouvelle, sentit toute- la fureur qu'une trahison doit inspirer à une ame haute & d'une -droiture austère. II arracha le traité des mains *le Sully; le déchira en mille pièces & le jetta au feu. La modération de l'un calma enfin les «mportemens de l'autre. Tout fut éclairci. Villats fit pendre l'auteur de l'imposture, & signa -son traité. Sully eut la gloire de donner en même temps à son Roi, une place importante, un brave guerrier , & un fidèle sujet.

Idem. (íi) La même année Sully conclut un traité au nom du Roi avec le Duc de Guise. C'étoit le fils de celui qui avoit été assassiné à Blois. II n'eut ni les talens, ni les vices, ni la malheureuse célébrité de son père. On pourroit peut-être le comparer à Richard fils de Cromwel, tous deux nés d'un père qui avoit ébranlé "& gouverné un puissant Etat, moururent fujets -obscurs , dans un pays dont ils avoient pense être les Souverains.

Page 303. (1i) On ne sçauroit croire combien Henri IV avoit de cabales à étoiiffer même dans son parti. Le fanatisme & l'ambition tournoient toutes les têtes. Quand Sully ne combattoit pas, il négocioit. En 1594 il quitte ie -frège de Laon , pour aller à Paris appaiser la fermentation des esprits agités par l'aífaire des -Jésuites. Peu de temps après, Henri IVl'envoie

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