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M Atj R. 1 c E déploie dans cette Campagne , où il fit connokre la supériorité que le génie a sur la force ; Campagne égale à celle de Fabius en Italie, & de Turenne en Allemagne, & qui un jour servira elle-même de leçon à la postérité.

Cependant le nombre de nos ennemis augmente encore (18). Ce peuple actif, commerçant & laborieux, respectable par sa liberté , puissant par ses richeflès , vainqueur de la mer qu'il a sçu asservir par ses flottes & dompter par ses digues, emporté par le tourbillon qui agite l'Europe, s'arme pour ses anciens oppresseurs, pour les rivaux de son commerce , contre la nation qui l'avoit autrefois aidé à briser ses fers, & qui lui offroit alors son alliance. L'Europe se ligue contre la France; & la France oppose MauRice à l'Europe.

Déja il a sçu tromper la vigilance de ses ennemis. Tournai est investi en leur présence, & cette place eít prête à succomber. L'Angleterre, l'Autriche , Hanovre & la Hollande réunissent leurs forces pour la défendre. Ils approchent. Maurice a formé le projet de continuer en même temps un fiége & de livrer une bataille. Louis accourt avec son Fils. II vient partager avec ses sujets la gloire & le danger de cette fameuse journée *. Champs de Fonrenoy, vous allez décider cette grande .querelle. C'est dans cet espace qu'est renfermée la destinée de quatre Empires.''

Maurice est expirant (19) ; & c'est lui qui est dépositaire du fort de la France. On diroit que les loix de l'humanitéxne font point faites pour lui, & que son ame guerrière est indépendante du corps qu'elle habite. Déja il a mesuré d'un œil rapide toute détendue du terrein; il a vu tous les

* Bataille de Fonteney le n Mai 1745.

avantages qu'il peut ou prendre ou donner; il a pénétré les projets des ennemis par leur arrangement ; il a choisi tous ses postes, combiné les rapports de toutes les positions, fixé tout pour l'attaque, tout prévu pour la défense; il a distribué à ceux qui le secondent, les détails de l'exécution, & s'est réservé la partie la plus difficile, celle d'attendre les hasards & de les fixer. Tout s'ébranle. Ces grands corps se heurtent. MAURICE tranquille au milieu de l'agitation, observe tous les mouvemens , distribue des secours, donne des ordres, répare les malheurs. Sa tête est aussi libre que dans le calme de la santé. Il brave doublement la mort : il fait porter dans tous les lieux où l'on combat, ce corps foible qui semble renaître & se multiplier par l'activité de son ame. C'est de ce corps mourant que partent ces regards perçans & rapides qui règlent,

changent, ou suspendent les événemens, & font les destins de cent mille hommes; La fortune combat pour nos ennemis. Un hasard utile (20) a formé cette colonne , dont les effets ont été regardés comme le chef-d'œuvre d'un art terrible & profond. Toujours ferme , toujours inébranlable , elle s'avance à pas lents, elle vômic des feux continuels, elle porte partout la destruction. Trois fois nos Guerriers attaquent ce rempart d'airain , trois fois ils font forcés de reculer. L'ennemi pousse des cris de victoire, le destin de l'armée chancelle, laNarion tremble pour son Roi. MauRice voit des ressources où l'armée entière n'en voit plus. II ramasse toutes les forces de son ame. Une triple attaque est formée fur un nouveau plan. La colonne est rompue , ta France se rassure, & Louis est vainqueur. O Maurice! puisque tu n'es plus, permets au moins qu'un Citoyen

obscur, mais sensible , s'adresse à ra cendre : reçois pour ce bienfait les hommages de mes Concitoyens & les miens: la postérité te doit son admiration; mais nous, nous te devons un sentiment plus tendre , nous devons chérir & adorer ta mémoire.

Les grandes batailles , -semblables aux tremblemens de terre, donnent presque toujours de violentes secousses aux Etats; & plus le choc a été terrible, plus l'ébranlement s'étend & se communique au loin. Tournay, Gand, Bruges , Oudenarde, Ostende, Ath & Nieuport tombent devant les vainqueurs de Fontenoy. Bruxelles qui étoit défendue par une armée entière , par dix-sept Généraux, par ks rigueurs excessives de la saison , dans le temps qu'elle croyoit Maurice loin d'elle, est étonnée de se voir presqu'en même temps investie , assiégée & prise au milieu des glaces de l'hiver. A ces conquêtes en succèdent

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