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La haine de ^Angleterre & l'ambitíon intéressée de la Sardaigne secondent la politique de 1" Autriche. La franco voit sans s'ajlarmer grossir le nombre de ses ennemis : elle a Maurice pour defenfeur, Déja il a obtenu les deux prix les plus flatteurs de ses succès, la confiance de son Roi, & le titre de Maréchal de France *. Çet honneur accordé à Maurice devoit être utile à l'Etat. En effet, si le droit de comt mander en Chef est un dépôt dange? reux dans des mains fbibles, on peutdire qu'il est auflì nécessaire que juste dans un homme qui a de grands talens. Pour qu'il puisse agir, il faut lui ôter ses entraves; & trop souvent l'on a vu le génie dépendant échouer dans ses projets, ou arrêté dans fa course par l'autorité timide ou peu éclairée. La Nation & l'Europe se souviens

* %6 Mai 174^,

tient que Louis alla lui-même en Flan» dre se mettre à la tête de ses troupes. II seroit à souhaiter pour le bonheur des peuples, que tous les Princes qui font la guerre , commandassent leurs armées. Obligés eux-mêmes de combattre & de vaincre, ils apprendraient à se mesurer avec la nature, la fortune & les hommes. Du sérail de Constantinople ou d'Ispahan, Un Sultan voluptueux ou féroce ordonne le carnage. I! fait signe qu'on aille s'égorger fur les frontières de l'Europe ou de l'Asie. A. ce signe , trois cent mille hommes marchent; les villes, les campagnes font ravagées; les villages sont réduits en cendres ; le meurtre succède au meurtre, & les embrâsemens aux embráscmens; cependant le Sulran oisif dort dans son sérail. Le sang coule , des Provinces font désolées pour un siécle; & le Sultan dorr. Quand on a vaincu pour lui, on rraverse avec rapidité des provinces ,

pour lui apporter des drapeaux enlevés aux ennemis. II se réveille; il jette un œil stupide & calme sur ces drapeaux teints du sang de vingt mille de fcs Janissaires ou de ses Spahis. II demande le nombre des meurtres, ordonne que l'on continue, & se rendort. Bien loin de cette mollesse asiatique , presque tous les Monarques François, depuis trois siécles * se sont toujours montrés à la téte de leurs armées. Louis fuit l'exemple de ses ancêtres; il marche-, & le génie de Maurice le seconde. Tandis que l'un, par ses conquêtes , faisoit reconnoître en Flandres l'arrière-petic fils de Louis XIV **, l'autre par une inaction sçavante & mesurée, contenoit l'ennemi au delà de

* Charles VIII , Louis XII, François I, Henri II, Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV & Louis XV.

** Prise d'Ipres, de Furnes Si de Menin, pai Louis XY.

couvroit le siège des villes* & opposoit aux alliés un rempart impénétrable.

Ces succès font troublés par des revers. Le Rhin n'est plus défendu par Maurice, & les ennemis ont paflé ce fleuve. Louis vole en Alsace. Un coup plus terrible menace l'Etat: Louis est prêt à expirer. D'un bout du Royaume à l'autre ce n'est que douleur & gémissemens. Je crois voir une Famille pleurer autour du lit Funèbre de son pere, tandis que des ennemis ârdens viennent arracher les dépouilles de ces enFans malheureux. Les Alliés s'avancent en Flandres ; ils ont une armée Formidable ; & nous n'aVons à leur opposer que des troupes afFoiblies & inférieures en nombre. Le désespoir est au dedans, la crainte au dehors. Quel fera le soutien de la France! C'est Maurice: c'estluì qui, à la tête de quarante mille hommes , en arrête soixante & dix mille.

* Ménager les forces de l'Etat, & soutenir fa réputation ; couvrir nos 6cnquêtes passées , & empêcher les ennemis d'en faire aucunes; fe tenir près d'eux pour éclairer leur conduite, & fe placer dans des postes où ils ne peuvent le forcer à combattre ; observer tous leurs projets & leur dérober les siens; pénétrer par les mouvemens qu'il voit, ceux qui lui font cachés; ne laisser jamais échapper ni un moment favorable , ni un poste avantageux; joindre la hardiesse à la précaution ; agir tantôt par des réflexions profondes:, & tantôt par ces coups de lumière qui font comme les inspirations du génie; avoir de la vivacité fans précipitation , & du sang - froid sans lenteur ; enfin éviter les batailles qui décident trop rapidement du destin des Etats , & faire la guerre fans rien donner au hasard; tel est sart qua

* Campagne de Courtrai.

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