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trop mettre de pareils exemples fous les yeuï des citoyens : il faut qu'on sçache que les grands talens peuvent mener aux grandes places, & que le mérite n'a pas toujours besoin d'aïeux.

Idem. (39) Duguay - Trouin fut nomme Chef d'escadre au commencement d'Août 1715, Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis le premier Mars 1718 , & Lieutenant Général le 17 du même mois.

Page 118. (40) Le désintéressement, vertu si rare, fut une des principales qualités de Duguay-Tiouin. Pyrrhus disoit aux Ambassadeurs de Rome qui lui offroient des richesses : je ne suis pas un Marchand , je fuis un Roi ; je ne viens point chercher de /'or , mais combattre avec le fer. Le même sentiment animoit Duguay-Trouin , lorsqu'il commandoit les vaisseaux de Louis XIV. Loin de changer la guerre en un trafic honteux , souvent au sortir d'une action, on le vit piodiguer sts propres richesses pour récompenser la valeur de ses troupes.

Page 119. (41)11 avoit fur la discipline ^militaire les grands principes de l'antiquiré. II la regardoit comme l'ame de la guerre , & le gage assuré des victoires. Jamais il ne laissa une belle action Tans récompense , ni une faute sans punition, Sous lui, la discipline n'écoit pas feuleaient sévère; eìle étoit quelquefois dure ; mais dans cette partie l'excès même est utile.

Idem. ( 41 ) Le trait qu'on rapporte ici arriva en 1707 , après le fameux combat entre la flotte Angloise, & les deux escadres de Duguay-Trouin & de Forbin réunies. Le Roi avoir accordé à Duguay-Trouin une pension de mille livres fur le trésor royal. Duguay-Trouin écrivit au Ministre, pour le prier de faire donner cette pension à M de S. Auban, son Capitaine en second , qui avoit eu une cuisse emportée à l'abordage du Cumberland , & qui avoit plus beloin de pension que lui. Je suis trop récompensé, ajouta-t-il, fi j'obtiens l'avancement de mes Officiers.

Page 111. (4$) On ne doit pas s'étonner que l'architecture navale soit encore si défectueuse , tandis que l'architecture civile a été portée à un si haut degré de perfection. Ce n'est point ici le lieu de comparer ensemble ces deux espèces d'architecture: on remarquera feulementque l'une construit ses édifices fur un terrain solide , &: que les bâtimens de l'autre font exposés fans cesse à l'inconstance de l'eau & du vent. La première connoît la force & la qualité des matériaux qu'elle emploie; les bois que la seconde met en œuvre, quoique de même nature , sont très-différens en qualité. Les maisons n'ont aucun effort extérieur à soutenir; aucune altération sensible à craindre; les vaisseaux ont à résister sans cesse au choc des vagues , aux secousses des vents , & dans les combats , à l'effet terrible des canons. Enfin les diverses parties des édifices font presque toujoure terminées par des lignes droites & des surfaces planes ; le rapport de ces parties est facile à trouver , & la géométrie a déterminé depuit long-temps la valeur & la force des angles qu'elles forment: dans les vaisseaux, preíqu» toutes les parties cjui les composent, íônt terminées par des lignes courbes ; & cette figure curviligne est encore différente dans chaque partie. Personne n'ignore la difficulté de tracer toutes ces courbes , & de fes concilier ensemble. Une autre cause qui nuit beaucoup au progrès de l'architecture navale, c'est le secret que les constructeurs font de leurs méthodes particulières. On leur permet de les tenit cachées & de se les transmettre de père en fils, comme un riche patrimoine. Ces méthodes ainsi cachées , ne peuvent être jugées par les sçavans, & réformées par le concours des lumières. Pour remédier à cer abus , il fuffiroit d'établir une loi qui ordonnât aux constructeurs de remettre aux amirautés leurs plans & leurs desseins. C'est une loi qui s'obferve en Angleterre. Mais la r"

plus grand obstacle qui s'oppose à la perfection d; cet art, c'est la multitude infinie de connoisíánces fur lesquelles il est fond;, & fans lesquelles il ne fera jamais poíTible de déterminer quelles sont les proportions & le degré de courbure le plus avantageux pour favoriser l'impulsion "de l'air , pour vaincre la résistance de l'eaa, pour établir l'équilibre de toutes les parties , pour réunir la vitesse à la solidité. La principale difficulté consiste en ce que l'air & l'eau agissent eu sens conrraires fur le corps du navire, & qu'on ne connoît pas le degré de leur action , avec cette précision qui seroit nécessaire poux déterminer un grand nombre de problêmes.

Idem. (44) En 171? , M. le Duc d'Oiléans Régent, qui s'intéressoit à la compagnie des Indes , avec cette ardeur qu'un caractère tel que le sien avoit pour les entteprises nouvelles, crut ne pouvoir mieux en assurer le succès, qu'en se réglant par les avis de Duguay-Trouin. II lui accorda une place honorable dans le Conseil des Indes. Le premier Ministre le confultoit assidûment, tanr fur 1'administration générale de la Compagnie, que fur les détails. Le Duc d'Orléans qui n'avoit que de grandes vues , & qui sçavoit assez pour sentir le besoin de s'instruire, voulut que Duguay-Trojin eûr avec lui des entretiens réglés fur le commerce. Cet ob» jet si important pour les Etats modernes, éroiï discuté dans des entretiens profonds. Le Prince honoroit Je Héros, & le Héros instruisoit le Prince.

Page ítí. (4 f) En 17} 1, M. Te Comte de Maurepas procura à Duguay-Trouin le commande'ment d'une escadre que le Roi envoya dans le Levant. Cette escadre étoit destinée à soutenir l'éclat de la nation Françoise dans toute la Méditerranée. Elle partit le 3 Juin, & alla firccefíïvement à Alger, à Tunis , à Tripoli , à Smyrne. Par-tout il reçut les plus grands honneurs , & régla les intérêts du commerce à l'avantage di la nation. Son escadre rentra dans le port da Toulon le premier Novembre.

- Idem. (46; En 17 33, la guerre s'alluma entr* la France & l'Empire. Comme l'Angleterre faisoit des arméniens considérables, la cour fît ausli armer à Brest , & donna le commandement de cette escadre à Duguay-Trouin. Sa santé étoit déja fort affoiblie ; mais il pafut ranimer ses forces pour servir i'Etat. On ne montra jamais plus d'ardeur, ni plus d'aéliviré. Cependant ces préparatifs furent inutiles. La paix se fit aveclïmpereur, & les vaisseaux fans être sortis de la rade , rentrèrent dans le port. Bientôt fa maladie augmenta, & il eut beaucoup de peine à se faire transporter à Paris. Les Médecins jugèrent que íout leur art ne pouvoit le secourir,

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