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la fleur de son âge. II est probable que pour devenir des hommes célèbres, il ne leur maa» qua qu'une plus longue carrière.

Page i<)%. (31) Au commencement de 170*, il fut nommé Capiraine de vaist£au; fie reçut une lettre de Louis XIV. qui lui ordounoit d'aller avec trois vaisseaux se jetter dans Cadix, menacé d'un siège. Etant à la hauteur de Lisbonne, environ à quinze lieues en mer, il» découvrit une flotte de deux cents voiles venant du Brésil , escortée par six vaifleaux de guerre Portugais. Quoiqu'il n'eût que trois vaisseaux, il ne balança point d'attaquer. Le combat dura deux jours. Jamais ses dispositions ne furent mieux concertées ; jamais fa valeur ne fut plus intrépide. Plusieurs circonstances malheureuses, & que le plus grand talent ne pouvoit prévoir, firent échouer son projot. Cependant ce fut lui qui eut la supériorité du combat. Dans cette action il vit la mort de près-- trois boulets consécutifs lui passèrent entre les jambes; son habit Sc son chapeau furent percés de plusieurs coups de fusil; il fut même bleflc de quelques éclats, mais légèrement.

Page 199. (31) Duguay-Trouin arrivé dans le port de Cadix , fit toutes les dispositions ceflaires pour la défense de la place. Le Mar-3 qui s de Valdécagnas , un de ces hommes hauts jj & durs, qui avec de très-petites ames occupent de grandes places, étoit alors Gouverneur de Cadix. II avoit exigé pour les vivres, de grosses contributions: cependant il n'y en avoit pas pour quinze jours. Duguay-Trouin le sçut, Sc crut qu'il étoit de son devoir de le représenter. Son courage & son zèle déplurent. On trouva mauvais qu'il s'intéressât plus à la défense de Cadix, que celui même qui en étoit Gouverneur. Dès ce moment on ne manqua aucun* des occasions de le mortifier. Il y avoit dansJe port de Gibraltar soixante navires chargés de vivres & de munitions pour l'armée ennemie; il demanda avec instance la permission de les aller brûler; il répondoit du succès: on ne voulut point lui permettre de rendre ce service aux deux Couronnes. Ses chalouppes furent in. sultées par une barque Espagnole ; il la fait arrêter, & va demander justice : le Gouverneur , pour réponse , le fait mettre en prison. Telle fut la récompense de ses foins. Un tel abus du pouvoir eût été indigne,même contre un homme ordinaire. Louis XIV, par justice , par grandeur d'ame , & par estime , pfit foin de venger Duguay-Trouin. Il exigea du Roi d'Espagne que le gouvernement de Cadix fût ôté à ce Marquis de Valdécagnas, & le gouvernement d'Andalousie au Marquis de Villadarias, son beauf. ère. Duguay-Trouin , à son retour, attaqua une flotte de quinze vaisseaux Anglois, escortée par une frégate de trente-six canons; il se rendit maître de la frégate & de vingt-deux vaisseaux. Le Roi le nomma Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis.

Page 100. (3 3) Le trône de Philippe V avoit paru presque abattu en 1706. II commença à se relever en 1707, par le courage opiniâtre des Espagnols , par les secours de Louis XIV, 5c l'habileté du Maréchal de Ber^ick. La, bataille d'Almanza, qui, de toutes les batailles des derniers siècles, est: peut-être celle qui fait le plus d'honneur au Général, changea entièrement la face des affaires. Les conquêtes furent auífi rapides que l'avoient été les défaites. Les Portugais, les Anglois Sc les Autrichiens, qui étoient en Espagne, étoient par-tout attaques & vaincus. L'Angleterre / qui ervoit l'Archiduc par haine contre Louis XIV, équippe alors pour le Portugal une flotte de 1oo voiles , remplie de troupes £c de munitions de guerre. Il étoit de la plus grande importance, pour les deux Couronnes alliées , d'arrêter ce convoi , fans lequel l'Archiduc ne pouvoit se soutenir en Espagne. Ce soin sut confié à Duguay-Trouin 8c au Comte de Forbin , qui reçurent ordre de la cour de joindre ensemble leurs escadres. Elle» iortirent da Port de Brest le 9 Octobre 1707 , faisant ensemble 14 voiles. Apres avoir croise trois jours à l'entrée de la Manche, on découvrit enfin la flotte Angloise. Elle étoit escortée de cinq gros vaisseaux de guerre, le Cumberland de quatre-vingt-deux canons, le Devonshire de quatre-vingt-douze , 1« RoyalOak de soixante & seize, le ChesterSc le Rubis de cinquante - six chacun. Personne n'ignore les circonstances de ce fameux combat. DuguayTrouin attendoit à chaque instant que le Comte de Forbin donnât le signal : voyant enfin qu'il étoit près de midi, & que l'on perdoit des momens précieux , il commande à son escadre d'attaquer. D'abord il se rend maître du Cum-* berland , qui étoit le vaisseau commandant ; le Ckefier & le Rubis surent pris de même pat deux Capitaines de son escadre; le Royal-Oak étoit sur le point d'être enlevé à l'abordage , lorsque le feu prit dans le vaisseau qui alloit j'en rendre maître : il profita de cet accident, & se sauva par la suite. Restoit le Devonshire , monté de quatre - vingt - douze canons , & défendu par plus de mille hommes. DuguayTrouin, qui auroit pu courir fur le Royal-Oak, & s'en emparer aisément, préféra le bien de l'Etat à l'intérêt de sa propre gloire ,& s'avança furie Devonshire. Le feu qui s'y alluma , l'obligea de se tenir à une certaine distance , Si de ne se battre qu'à la portée du pistolet. Bientôt l'incendie se communiqua par - tout avec violence , & ce grand vaifleau fut consumé ea moins d'un quart d'heure. Tous ceux qu'il portoit périrent au milieu des flammes & des eaux.' Les deiflt escadres prirent soixante bâtimens de transport. Plusieurs Armateurs profitèrent de la déroute de la flotte , & firent aufli des prises considérables. Le Continuateur de Rapin-Thoyras , dans son histoire d'Angleterre , dit que ce convoi dissipé fit presque autant de tort aux affaires de l'Archiduc , qu'en avoit fait la bataille d'Almanza.

Page ío6. ( 34) De toutes les expéditions de Duguay-Trouin, celle qui est la plus connue , & qui lui a fait le plus d'honneur, est la prise de Riojaneyre. Elle fit un grand bruit dans l'Europe, tant par la hardiesse de l'entreprise , que par la vigueur de l'exécution. Riojaneyre appartient aux Portugais; c'est la plus grande & la plus riche colonie du Brésil. En 1710, M. du Clerc , Capitaine de vaisseau, connu par son courage & par plusieurs prises très-considérables, forma le projet d'attaquer cette place. II partit de France avec cinq vaisseaux de guerre, & environ mille soldats de troupes j mais ces forces n'étoient point suffi-»

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