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ptis les armes à la main. Cette victoire fut suivie d'une tempête & d'une nuit affreuse. Tout ce que l'imagination peut se peindre de plus jerrible, s'y trouva réuni. Duguay-Trouin fut mille fois en danger de périr. Son premier foin en arrivant au Port-Louis, fut de s'informer de l'état du Baron de Wassenaer. II courut sur le champ lui offrir tous les secours qu'il étoit en état de lui donner. Ayant appris que ce brave guerrier n'avoit pas été traité avec tous les égards dus à fa valeur,par ceux qui s'étoient rendus maîtres de son vaisseau , il conçut la plus vive indignation contre l'officier qui les commandoit; & quoiqu'il fût son proche parent, jamais il ne put le revoir fans un sentiment qui approchoit de la haine. Lorsque le Baron de Wassenaer fut guéri de ses blessures, Duguay-Trouin le présenta lui-même à Louis XIV. De pareils sentimens font plus d'honneur que dix victoires. C'est un spectacle consolant de voir le mérite ainsi honoré par les grandes ames; tandis que pour les ames viles & basses , il n'est qu'un objet d'envie ; & pour les ames dures ou frivoles , un objet de satire. Duguay-Trouin avoit alors vingt-trois ans.

Page i8si. (ii)U n'y a aucune profession qui exij'e plus d'étude & de théorie que la Marine. On y fait un usage continuel de l'astronomie & de la géométrie. Une connoissance profonde de la géographie n'y est pas moins nécessaire. Sans elle il n'y auroit point de navigation. II faut que l'homme de mer connoisse la différence des climats qui rendent la mer plus, calme ou plus orageuse , plus constante ou plus inégale dans les tempêtes; la direction des courans dont l'impulsion rapide augmente ou diminue à proportion qu'on s'approche ou qu'on s'éloigne des terres; les écueils & les bancs de terre cachés fous les flots; les dangers & les abris qu'offreut les côtes ; les ports & les rades qui font favorables dans tous les temps, & celles qui ne le font que dans certaines faisons; les ifles qui dans le cour» d'une longue navigation , peuvent fournir des secours à des équipages fatigués,- les fonds qui peuvent porter l'ancre, & ceux où il feroit dangereux de la jetter ; les déclinaisons de l'aiguille aimantée, déclinaisons qui varient fans cefle , selon les temps & les lieux; enfin les vents propres à chaque climat, à chaque saison, le temps précis où ils commencent, celui où ils finissent, l'étendue déterminée où ils soufflent, le degré de variation de ceux même qui font les plus réguliers. II feroit íangereux fur tous ces objets , de s'en rapporter à des' cartes 011 à des mémoires souvent infidèles : il faut, autant qu'il est possible , observer par soi-même. Une erreur qui hors de la mer seroit indifférente , peut sur cet élément faire échouer les plus grands desseins , & causer la perte d'une flotte entière. * Idem. (îi) Le pilotage est l'art de diriger la route d'im vaisseau , & de déterminer le point où il se trouve. Pour y parvenir, il faut connoître parfaitement la direction que suit le navire , & mesurer la vitesse de son sillage: mais il y a des erreurs inévitables qui entrent nécessairement dans ces calculs. Le vaisseau ne fuit jamais la même ligne. II a une dérive nécessaire causée par l'obliquité des voiles, par le;; mou-vemens secrets de la mer, par les élans inégaux des vagues, pat les courans qui transportent le navire vers un côté ou vers un autre . enfin la boussole elle-même est sujette à des vatiations. Pour trouver la véritable route d'un vaisseau , il faut donc avoir égard à ces changemens, & corriger toutes ces erreurs. On découvre la variation de la boussole en prenant la hauteur de l'étoile polaire, ou du soleil. Quoique le Général ne soit pas destiné à faire les fonctions de Pilote, il doit cependant être instruit de cet art, soit pour l'exercer lui - même dans des occasions pressantes, soit pour être en état de juger celui qui l'exerce.

Page itj. (13) La manœuvre est la science áes forces mouvantes , appliquée à la Marine C'est elle qui apprend à connoítre tout l'avantage qu'on peut tirer de chaque partie du vaisseau; à évaluer l'effetdes machines employées; à décomposer les forces; à distribuer de la manière la plus avantageuse toutes les parties pesantes de la charge; à produire par la situation du gouvernail , le plus grand effet possible; à se servir avec succès de la pluralité des voiles , d'où dépend presque toute la supériorité de la Marine moderne; à leur donner le degré de courbure ou d'étendue qu'il faut, pour que le vent ait un tel degré de force; à les combiner de différentes manières , pour augmenter ou pour ralentir la vitesse , pour avancer en route droite ou en route oblique ; à se servir du même vent pour des routes opposées; à faire succéder «n pleine met le repos au mouvement, par l'équilibre des forces qui agissent en lins contraires; à faire tourner le navire dans tous les sens, par l'effet combiné du gouvernail & des voiles, de l'eau 5c du vent ; à calculer tout ce tjui peut accélérer ou retarder l'évolution , Sc le temps qu'elle doit durer; enfin à rendre la manœuvre tantôt plus lente & tantôt plus rapide; & ce qui est une loi générale , à régler toujours la force des impulsions fur la grandeur des navires & la résistance des obstacles- Cette étude est beaucoup plus nécessaire à l'ofEcier

de mer , qrte celle du pilotage. Dans les combats , c'est la manœuvre qui décide presque toujours de la victoire. Enfin c'est à la manœuvre que' Duguay - Trouin dut la plus grande partie de fa réputation & de ses succès.

Page 188. (14) Ce fut en i £9 f que DuguayTrouin parut pout la première fois à la cour. M. de Pont-Chartrain , Ministre de la Marine, le présenta à Louis XIV, qui le reçut comme un homme utile à l'Etat, & destiné à être un jour l'honneur de la nation. Depuis ce temps , le Roi lui donna toujours les plus grandes marques d'estime. II se plaisoit à entendre de sa bouche le récit de ses actions. La fierté noble & la franchise guerrière d'un Héros intéresse plus, fans doute, l'ame d'un grand Roi , que des hommages de courtisans. Un jour DuguayTrouin faisoit à Louis XIV le récit d'un combat où il commandoit un vaisseau nommé la Gloire. J'ordonnai, dit-il à la Gloire de me suivre. Elle vous fut fidele, reprit Louis XIV. Aufli Duguay-Trouin avoit-il pour son Roi cet amour qui est le premier ressort dans un gouvernement monarchique. Jamais il ne sortit de fa présence, sans être plus enflammé du deíìr de" servir l'Etat. Ce trait fait également l'éloge du Prince &'du Sujet.

Page 1 89. ( 1 j ) Duguay - Trouin passa en

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