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ciers le conjurent de ne pas livrer le reste de son équipage à la boucherie. Duguay - Trouin frémissant & désespéré, ne sçavoit quel parti prendre. Son irrésolution fut terminée par un boulet de canon , qui étant sur sa fin , vint le frapper íc le renversa. 11 sut près d'un quart d'heure sain connoiflance. Le Capitaine Anglois touché do fa bravoure , le fit traiter avec autant de foin que s'il eât été son propre fils. L'escadre Angloise ayant relâché à Plimouth, Duguay-Trouia eut d'abord la ville pour prison; mais bientôt après il fut arrêté par les ordres de I'Amirauté. Sa prison ne sut pas longue. Duguay - Trouin étoit auífi aimable que courageux. II avoit sçu plaire à une jeune Angloise; ce sut elle qui brisa ses fers : & l'Amour rendit un Héros à la -France. • Page 181. fi 0 On eût dit réellement que la défaite & Ja prison de Duguay-Trouin lui eussent donné de nouvelles forces. Peu de jours après son retour en France, il va croiser sur le» côtes d'Angleterre, où il prit d'abord six vaisseaux. II apprend par le dernier l'arrivce d'une flotte de soixante voiles , escortée par deux vaisseaux de guerre Anglois. II court au devant de cette flotte , la rencontre, attaque fans hésiter les deux vaisseaux de guerre, & s'en rend maître. L'un d'eux étoit monté par un des plus braves Capitaines de toute l'Angleterre. C'étort lui qui avec ce même vaisseau avoit pris à l'abordage en 1689, le fameux Jean Bart & le Chevalier Forbin. Duguay - Trouin n'avoit que vingt & un ans. Il commençoit dès-lors à fixer l'attention du gouvernement. Louis XIV après cette action , lui envoya une épée. M. de Pontchartrain , Ministre de la Marine , lui écrivit une de ces lettres obligeantes qui coûtent ou qui doivent coûter si peu , & qui produisent de lì grands effets dans les ames sensibles à l'honneùr.

Idem. (17) Sur la fin de Tannée 1694, Du> guay-Trouin, par ordre de la cour , se joignit à une escadre du Marquis de Nesmond. Comme il étoit prêt d'aborder un gros vaisseau Anglois, M- le Marquis de Nesmond fit tirer un coup de canon à balle. Duguay-Trouin crut que c'étoit un ordre de ne point attaquer l'ennemi; & quoiqu'il fût impatient de combattre & presque assuré de vaincre , il se retira par esprit de subordination. Cet exemple est bien frappant dans un homme tel que Duguay-Trouin. II nous fait voir quelle idée il avoit de la discipline militaire-.

Page Iìí. ( 18 ) En irf^j, il prend sur les côtes d'Irlande , trois vaisseaux Anglois qui veuoient des Indes Orientales, considérables pai íeur force , & encore plus par leurs richesses.

En 1696 , monté fur le Sans-pareil, vaisseau Anglois qu'il avoit pris , il va croiser sur ìtt côtes d'Espagne , & s'y rend maître par stratagème de dfpx vaisseaux Hollandois. A la pointe du jour il se trouve à rrois lieues de l'armée navale des ennemis. II prend son parti sans balancer, ordonne à ses deux prises d'arborer pavillon Hollandois, & d« le venir joindre par derrière , après l'avoir salué de sept coups de canon: ensuite il fait voile vers l'armée ennemie avec autant d'assurance & de tranquillité , que s'il avoit été réellement un des leurs. Les ennemis rrompés par fa manœuvre & par la fabrique de son vaisseau qui étoit Anglois, crurent que c'ctoit un de leurs vaisseaux qui s'ctoit écarté pour parler à des navires Hollandois , & qui venoit rejoindre la flotte. Cependant une de leurs frégates s'étant approchée un peu trop près, il osa la combattre à la vue même de l'armée ennemie; & pour dérober cette frégate à íès coups , il fallut le secours d'une partie de la flotte.

Idem. (19) Duguay-Trouin avoit un jeune stère plein de qualités aimables, & qui joignoit le courage & la capacité à ce don heureux de plaire. II lui avoit donné une frégate de seize canons à commander. Comme ils croisoienc en

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semble sur les côtes d'Espagne, ils firent une descente auprès de Vigo, & forcèrent l'épée à la main , des retranchemens d'où l'on avoit tiré fur eux. De - là ils marchèrent à un gros bourg défendu par des milices Esp^noles. Le jeune frère de Duguay - Trouin, ardent - impétueux, brûlant de se signaler, presse sa marche, vole à l'attaque, & force le premier les retranchemens du bourg; rrftis en les forçant, il est blessé d'un coup de fusil qui lui traverse l'estomac. Duguay-Trouin étoit occupé à combattre d'un autre côté où il étoit aussi vainqueur. On vint lui apprendre cette nouvelle. II resta quelque temps immobile; bientôt le désespoir le rendit furieux; il court sur les ennemis, & en fait un grand carnage. Cependant une troupe de cavalerie commençoit à paraître fur les hauteurs. Torcé de se retirer , il rassemble ses soldats , & court chercher son frère ; il le trouve couché à terre, nageant dans son sang, qu'on tâchoit vainement d'arrêter. II se précipite sur lui, l'embrasse fans pouvoir dire un mot , le baigne de ses larmes, & le fait emporter dans son vaisseau. Ce malheureux jeune homme ne vécut que deux jours; il mourut entre les bras de son frère. On porta son corps dans une ville Portugal t , où Duguay - Trouin lui fit rendre les derniers devoirs avec tous les honneurs qui

fòat dusàlavaléur. Sa tombe fut arrosée des larmes de tout l'équipage;& toute la noblesse des enTÍrons.qui aflista aux funérailles, pleura un jeune guerriermort par un excès de courage, & enseveli ioin de fa patrie fur une rive étrangère. Pendant long-temps rien ne put calmer la douleur de Duguay-Trouin. L'image de son frère mourant entre ses bras, le pourfuivott fans cesse. Ella le tourmentoit le jour; elle le révcilloit les auits. Enfin ayant désarmé , la mélancolie profonde qu'il nourrissoit , le porta à vouloir .renoncer pour toujours à la gloire & au service. On peut juger par ce dessein , de l'impresïïon tjue la douleur avoit faite fur cette ame sensible.

Page 183. (10) En 1697, Duguay-Trouin avec trois vaisseaux , va au devant d'une flotte Hollandoise , escortée par trois vaisseaux de guerre. Ils étoienr commandes par le Baron de Wasscnaer; homme d'une intrépidité peu commune , & qui fut depuis Vice-Amiral de Hollande. Jamais Duguay - Trouin ne soutint de combat plus terrible. Ce ne fut qu'après quatre abordages des plus fanglans qu'il fe rendit maître du vaisseau commandant. Tous les Officiers du Baron de Wassenaer furent tués ou blessés. Le Baron lui - même eut quatre blessures trèsdangereuses j il tomba dans son sang, &c foc

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