Imágenes de página
PDF
ePub

ne temps le feu prit au vaisseau ennemi. Ces spectacles d'horreur furent les premiers que Duguay-Trouin vit fur mer.

Page 176. (10) En 1Í91, fa famille étonnée du courage qu'il avoit fait paroître dans la prise de ces trois vaisseaux, crut pouvoir lui confier une frégate de quatorze canons. II n'avoit alors que dix-huit ans. Il fut jette par la tempête fur les côtes d'Irlande il s'y empara d'un Château & brûla deux navires , malgré l'oppofition d'un nombre de troupes assez considérable qu'il fallur combattre. C'étoit après la bataille de la Boine , où le Roi Jacques fut défait, & la bataille de Kilconnel gagnée austî par le parti du Prince d'Orange.

Page 177. (11) La bataille de la Hogue fut livrée le 19 Mai 1691. Tourville qui n'avoit que quarante - quatre vaisseaux , reçut ordre d'attaquer les flottes d'Angleterre & de Hollande , fortes de près de cent voiles. La supériorité du nombre 1* emporta. Les François couverts de gloire, mais vaincus , cédèrent après un combat de dix heures. L* Amiral Anglois nous brûla quinze vaisseaux à la Hogue & à Cherbourg. Dans le même temps DuguayTrouin remporta plusieurs avantages fur les Anglois. Monté fur une frégate de dix - huit canons , il combattit seul & prit deux frégates de guerre qui escortoient trente vaisseaux marchands. Quelque temps après , avec une frégate de vingt-huit canons, il prit encore six vaisseaux. Ainsi la fortune de Duguay-Trouin commençoit à s'élever parmi le choc de deux Empires qui s'écrasoient.

Idem. (11) Les Anglois étoient irrités contre la ville de Saint-Malo , à cause du nombre & de l'audace de ses Armateurs qui défoloient leur commerce. Ils espérèrent détruire entièrement cette ville par le moyen de leur machine infernale. C'étoit un bâtiment en forme de galiote, de 90 pieds de long , chargé au fond de plus de cent barils de poudre, & rempli de bombes , de grenades, de boulets, de gros morceaux de fer, & de toutes sortes de matières combustibles. Ils parurent devant Saint-Malo le 16 Novembre 16$ 3. La Nuit du 3 o au premier Décembre , l'air étant serein, la mer calme, ils firent partir leur fatale machine. Elle s'avança à pleines voiles vers la muraille où elle devoit être attachée fans être apperçue. Elle n'étoit plus qu'à 50 pas lorsqu'un coup de vent la détourna, & la porta sur un rocher. Le vaisseau s'ouvrit; l'Ingénieur qui le conduisoit se hâta d'y mettre le feu j mais l'eau avoit déja gagné les poudres du fond de cale , & la plus grande partie ne prit point. Cependant le bâtiment fauta en l'air avec un fracas

[ocr errors]

torrible, toute la ville en fut ébranlée , & leí -vitres & les ardoises de plus de trois cent maisons se brisèrent. L'on doit tendre grace à l'Etre bienfaisant qui veille sur le genre-humain , de ce qu'il fit échouer cet attentat contre l'humanité. Les hommes n'ont pas besoin d'être excités au crime p« des succès aussi affreux.

Page 178. (13) Duguay-Trouin ajoutoit foi à ses pressentimens. Il assure dans ses mémoiTes, qu'il a toujours suivi ces mouvemens secrets de l'ame , & que jamais il n'a été trompé. Quoi qu'il en soit, il n'y a guères eu d'hommes célèbres qui n'ayent eu quelque opinion singulière ; & celle-ci fin les pressentimens ne mesíìed pas à un héros d'une imagination ardente , & plus guerrier que métaphysicien. Elle prouve tlu moins combien son ame étoit profondément occupée de vaisseaux, de combats & de victoires - c'est le génie de Socrate ; c'est le phantôme qui apparut à Brutus.

Idem. (14) Rhuiter est le plus grand homme de mer qu'ait produit la Hollande. Il naquît à Flessingue en 1607. Dès l'âge de onze ans il servit sur met, & commença par être mousse de vaisseau. On ose dire qu'il n'en étoit que plus grand; &chez des républicains ,il n'en fut que plus respecté. II devint successivement Capitaine de vaisseau, Commandeur, Contre

Amiral t Amiral, Vice-Amiral, Sc enfin Lieutenant-Amiral Général des Provinces-unies. II se rendit célèbre sur toutes les mers , & mourut en 1676, d'un coup de canon qu'il reçut dans la seconde bataille contre la flotte Françoise, devant la ville d'Agouste en Sicile. Tous ceux qui connurent ce grand homme, s'empressèrent à honorer son mérite. Le Roi de Danemarck lui donna une pension & des lettres de Noblesse. Des barbares fur les côtes d'Afrique , pleins d'admiration pour fa valeur , voulurent qu'il entrât dans leur ville en triomphe. D'Etrées qui avoit combattu contre lui, écrivit en 167 3 à Colbsrt: je voudrois avoir payé de ma vie la gloire que Rkuiter vient d'acquérir. Le Conseil d'Espagne lui donna le titre & les patentes de Duc. Louis XIV fut affligé de fa mort; & comme on lui repréfentoit qu'il étoit délivré d'un ennemi dangereux; on ne peut s'empêcher, dic-il, d'être senfible à la mort d'un grand hosnme. La Hollande qui l'avoit comblé d'honneurs pendant fa vie, lui fit dresser après fa mort un monument, mémoire y est encore dans la plus grande vénération. Puisse un pareil exemple exciter i'émulation chez tous les peuples où le nom de Rhuiter fera connu!

Page 119. (15) En 1694, Duguay - Trouin inonté fur une frégate de 40 canons, tomba

Tome III. L

dans une escadre de six vaisseaux de guerre An5 glois de 50 à 70 canons. Il combattit avec courage près de quatre heures contre le plus fort; enfin fe voyant démâté , il prend la résolution hardie de íâuter avec tout son équipage dans le vaisseau ennemi pour s'en emparer. Déja tout étoit prêt; la méprisé d'un OfReier qui changea la barre du gouvernail 3 fit échouer ce projet. En même temps un autre vaisseau de 66 canons vient le combattre à la portée du pistolet, tandis que trois autres le canonoient de toutes parts. Ses gens épouvantés quittent leurs postes, & vont se cacher à fond; de cale. Duguay-Trouin indigné court à eux, & leur présente le pistolet & l'épée pour les arrêter. Pour comble de malheur, le feu prend! au magasin des poudres. II y descend , sait éteindre les flammes. II falloit encore obliger fes soldats à combattre ; il se fait apporter des barils pleins de grenades , & les lance dans lefond de cale. Ses soldats épouvantés retournent: à leurs postes; mais lui-même en remontant, est fort étonné de trouver son pavillon bas , soit quî le cordage qui le soutenoit eût été coupé par ane balle, soit que, dans l'absencede DuguayTrouin , il eût été abaissé par quelqu'un de <£s hommes qui préfèrent la vie à l'honneur. It cîrfsiane à llnftant qu'on le remette. Ses OfE

« AnteriorContinuar »