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les que la nature avoit renfermées Jans certaitvs climats, & qui ont été répandues dans le monde entier; tanc de pays inondés par des brigands y à qui la mer auroit servi de barrière ; la plus -vaste partie du monde , Y Amérique presque entièrement dépeuplée; enfin les combats de mer, fi meurtriers & si terribles, fur-tout entre les nations modernes; tout cela dépoferoit contra la navigation , & devroit la faire regarder comme un des plus grands fléaux qui désolent le genre-humain.

Idem. (í) On ne peut douter que dans Tordrepolitique la navigation ne soit un bien. Nous voyons par l'histoire que toutes les nations qui ont cultivé la Marine,ont joué un très-grand- rôle. Tyr, devenue la reine des mers, s'est enrichie des dépouilles du monde, & l'apeuplé de ses colonies. Athènes a eu la supériorité sur cette république d'Etats qui composoient la Grèce; Carthage a disputé l'empire de l'univers. Rome n'a étendu íès conquêtes que lorsqu'elle a commencé à íquiper des flottes. Venise, sortie des fanges d'un marais, a fait trembler l'Orient par fa puiflance y te enrichi l'Occident par son industrie. L'Espagne a presque obtenu la monarchie universelle, <ians le temps que ses flottes découvroient an nouveau monde. L'Angleterre , du sein de ses rochers 3 & parmi les orages de son gouverBernent, a souvent fait pancher la balance de l'Europe. La Hollande . pauvre & esclave, a trouvé dans ses vaisseaux la richesse & (a grandeur; ses pavillons ont été l'étendard de fa li- v berré. La Turquie a été au plus haut point de gloire & de puissance, lorsque Dragut & Barbeiousse commandoient les flottes immenses de Soliman. Si nous tournons les yeux fur la France, nous y verrons la Marine peu connue fous la première race de nos Rois , ranimée fous Charletnagne servir de barrière aux inondations du Nord, négligée fous ses successeurs qui négligèrent tout, rétablie fous le premier des Philippes porter des conquérans dans l'Aiîe , s'élever par des progrès lents jusqu'à François I, retombée pendant les orages funestes des guerres civiles, reparoître fous Louis XIII, où elle trouva Richelieu, étonner & faire trembler l'Europe fous Louis XIV, toujours liée à de grands événemens , ou recevant l'impulsion des grands Hommes d'Etat.

Page 167. ( 3 ) Les victoires d'un homme de mer dépendent de trois choses ; de ses vaisseaux, des vents & de la mer. II est d'abord essentiel qu'il connoisse les qualités de ses navires, leur solidité , leurs proportions , leur vitesse ou leur lenteur. C'est fur cette connoissance qu'il doit légler la plupart de ses opérations, pour l'attaque ou pour la défense, pour le combat ou pour Ja retraite.

Les vents font le second objet de son étude; ils avoient d'abord été créés par la nature pour être les bienfaiteurs du monde , pour purifier l'air en l'agitant, pout amener 011 pour dissiper les pluies, pour transporter & répandre les germes des plantes, pour fortifier les végétaux par d'utiles secousses , pour établir un commerce entre toutes les nations de l'univers. Mais depuis qu'ils ont reçu une nouvelle destination de la fureur des hommes, ce font eux qui décident presque toujours du succès des combats de mer. Il faut donc les connoître pour triompher de leurs obstacles, mettre à profit leurs avantages , régler fur eux le choix des postes, tirer d'eux le plus grand secours lorsqu'ils font favorables, les forcer de servir, même lorsquils font contraires.

La mer est le troisième objet qui doit fixer l'attention d'un Marin. Elle a des vagues qui choquent continuellement le navire ; il faut estimer leur action. Elle a une surface toujours agitée; il faut obéir à ses différens mouvemens. Elle a des courans; il faut connoître mettre à profit leur direction. Elle a des marées; il faut calculer leur temps, leur force , leur effet.

Enfin , l'homme de mer a des ennemis à combattre; il faut qu'il sçache estimer par la iaison , par les obstacles, dans quel temps les vaisseaux ennemis peuvent se trouver à tello hauteur. S'il les attend , il faut qu'il sçache leur fermer le passage; s'il les poursuit , leur couper le chemin; s'il les évite, choisir celle de toutes les routes où son vaisseau a la plus grande vitesse possible. S'il les combat, il doit, par leurs mouvemens , connoître leurs intentions , les forcer par fa manœuvre à souffrir l'abordage , ou sçavoir l'éviter soi-même. Tous ces détails , si multipliés, si combinés, ne peuvent être que le résultat de beaucoup d'études & d'expérience. L'homme a besoin d'apprendre les choses même les plus simples. II est condamné à se traîner en rampant d'une vérité à l'autre. Que sera-ce donc d'un art aussi complique que celui de la Marine? II saut une ignorance bien hardie pour se flatter d'y réussir sans l'avoir étudié. La nature donne les talens , l'autorité donne les titres, l'étude íeule donne les connoissances.

Page 169. (4) En Angleterre, la Marine marchande est une école où les particuliers risquent leur fortune pour apprendre à soutenir un jour la fortune publique. Le service dans l'une est un degré pour passer à l'autre. II n'est pas extraordinaire de voir des Lords enveyer leurs enfans faire plusieurs campagnes fur des vaisseaux marchands : c'est , pour ainsi dire , une partie de l'éducation publique. Peut-être l'Angleterre doit-elle fa grandeur à ce fystê.me. Il produit du moins de grands avantages. Le commerce est honoré ; la science de la Marine se répand dans tous les Etats ; la Manne royale se peuple d'officiers excellens, qui se forment même au sein de la paix; & nous , avec nos préjugés & notre orgueil , nous restons dans l'ignorance. C'est ce que l'Amiral Hawk dit dans cette guerre à un officier François qui étoit prisonnier : « Jamais en France vous n'au» rez de Marine, tant que vous croirez qu'il y M a du déshonneur à servir sur des vaisseaux *. marchands. Je n'etois pas né pour être Mate» lot j ajouta-t-iljcependant je me fuis fait Mate» lot pour apprendre la manœuvre ». Que da moins nos ennemis nous instruisent. Ces réflexions ne font dictées ni par l'enthousiafme , ni par l'envie de censurer; c'est le cri de la raison & de la vérité.

Idem- (j) C'est une chose qui mérite d'être remarquée, que la plupart des grands Hommes de mer , que la France a produits, se sont formés dans la Marine marchande, k Jean Bart, né à Dunkerque , d'un courage intrépide, d'une force de corps exrraordinaire, de simple pêcheur devint Chef d'escadre 5 U fit

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