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leur échappoir. Philippe jugea MauRiCEen Homme d'Etat; & Maurice justifia Philippe.

Dès-lors il se consacra tout entier à l'érude de ces sciences sérieuses & profondes,qui font devenues les compagnes & les instrumens de la guerre. L'Art d'Euclide lui apprit à connoître les propriétés générales de l'étendue, & lui donna cet esprit de combinaison qui est le fondement de tous les arts où imagination ne domine pas , aussi nécessaire au Général qu'à l'Astronome , & qui a formé Turenne & ,Vauban , comme Archimède & Newton. I/'art du Génie lui apprit à faire usage de ces notions abstraites , en les appliquant aux Fortifications, à l'attrque & à la défense des Places : &, pour la gloire de Maurice, il suffit de dire qu'il eut des vues qui avoiert échappé à Vauban & à Cohorn *. L'art

* Le Vauban Aes Hollandois.

Maurice jetta ses regards fur tous les peuples de l'Europe, pour en trouVer un qui fût digne de l'instruire; 6c son choix se fixa sur la France. Cet ascendant de réputation & de gloire que Louis XIV, Colbert & les Arts lui avoient donné, & que dix années d'orages & de malheurs n'avoient pu lui faire perdre, se conservoit encore sous la régence d'un Prince qui cultivoit, honoroit, jugeoit tous les arts, sçavoit connoître les hommes, & à qui il n'a manqué dans ses grandes vues, que de sçavoir s'arrêter ayant le point où commence l'excès.

La réputation de Maurice l'avoit devancé à la Cour de Versailles. Le génie de Philippe connut bientôt qu'il la méritoit, & qu'il la surpaílèroit un jour. Maurice fut donc attaché à la France par un grade (6) qui excita la jalousie des Courtisans: mais ils ne voyoient en lui qu'un jeune étranger, ami des plaisirs; & le grand Homme Ieuréchappoir. Philippe jugea MauRiCEen Homme d'Etat; & Maurice justifia Philippe.

Dès-lors il se consacra tout entier à l'érude de ces sciences sérieuses & profondes,qui font devenues les compagnes & les instrumens de la guerre. L'Art d'Euclide lui apprit à connoître les propriétés générales de l'étenduc, & lui donna cet esprit de combinaison qui est le fondement de tous les arrs où l'imagination ne domine pas , aussi nécessaire au Général qu'a Y Astronome, & qui a formé Turenne & .Vauban , comme Archimède & Newton. L'art du Génie lui apprit à faire usage de ces notions abstraites , en les appliquant aux Fortifications, à l'attrque & à la défense des Places : &, pour la gloire de Maurice, il suffit de dire qu'il eut des vues qui avoiert échappé à Vauban & à Cohorn *. L'art

* Le Vaubaa Aes Hollaadois.

qui enseigne les propriétés du mouvement , qui mesure les temps 6c les espaces , qui calcule les yîtesses, & commande aux élémens dont il assujettit les forces, exerça aussi ce génie ardent & facile (7). A ces études, il joignit celle de l'Histoire. Guidé dans ce labyrinthe parl'exacte connoissance des lieux, il obscfvoir, étudioit & jugeoit les grands Hommes. Laissant les dates aux compilateurs , & les détails qui ne sont que curieux aux esprits oisifs & frivoles , il s'instruisoit par les grands exemples, comme par les fautes des Hommes célèbres. Ses propres réflexions contribuèrent à le former ', & il joignit ses lumières à celles de tous les siècles. Malheur à qui n'a jamais pensé par lui - même! Quelque talent qu'il ait reçu de la nature, il ne sera jamais mis au premier rang des hommes. Maurice, plein de cette hardiesse qu'inspire le génie, écartoit la barrière du préjugé pour

reculer les limites de son art, après avoir trouvé le bien cherchoit le mieux , s'élançoit au delà du cercle étroit des événemens, & créoit des combinaisons nouvelles , imaginait des dangers pour trouver les ressources , étudioit fur-tout la science de fixer la valeur incertaine & variable du Soldat, & de lui donner le plus grand degré d'activité poíîìble ., science la plus inconnue & la plus nécessaire.

Que ne puis-je élever ici ma voix t & la faire entendre à tous ceux qui se consacrent à la défense de la Patrie; à vous fur-tout, qui appellés par vôtre rang aux premiers honneurs de la guerre, consumez, pendant la paix,des jours inutiles dans l'ennui, ou dans les fatigues de la volupté ! Guerriers, vous portez un nom illustre, vous êtes braves, la nature vous dorina des talens, peut-être même du génie; mais ces qualités ne suffisent point encore. Imitez le Comte de Saxe dans ses études:

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