Imágenes de página
PDF
ePub

âges du monde. II cultive de ses mains Phéritage de ses pères. Souvent il se délasse à tracer lui-même le plan de ses jardins, où il réunit, comme dans fa conduite, ce double caractère de íìmplicité & de grandeur, qui lui étort naturel ; tant il est vrai que les goûts des hommes portent presque toujours l'empreinte de leurs mœurs.

Ainsi couloient dans l'exil les jours d'un sage. Rappellé enfin aux fonctions de fa place, if ne s'arracheroit qu'avec peine à fa retraite, s'il n'étoit consolé par la douceur de servir encore sa patrie ; il va lui consacrer les derniers jours de fa vieillesse. Chaque instant semble ajouter quelque chose à sa dignité. Tous ceux qui le contemplent, voyent autour de lui soixante ans de services & de travaux pour l'état. Sa vie toute entière l'environne, & répand fur lui un éclat qui attire tous les regards. Magistrats, courtisan s, tout l'honoroit, toutfaisoit des vœux pour lui; mais la nature ne fait que prêter les grands Hommes à la terre; ils s'élèvent, brillent & disparoissenr. Les maux de la vieillesse attaquent Daguesseau; & son ame n'habite plus que parmi des ruines.

Dans cet état, il se compare à ses devoirs, & rougit d'être encore puissant , lorsqu'il ne peut plus être utile. II sçait que l'homme est aux dignités, & que les dignités ne sont pas à l'homme. II a accepté les honneurs en citoyen; il les a remplis en sage; il les quitte en héros dès qu'il ne peut plus les remplir, & donne encore un grand exemple, lorsqu'il ne peut plus rendre de grands services (31).

Dès ce moment, libre des liens qui l'attachoient à la terre, il ne s'occupe plus que des fentimens augustes de la religion. Cette vertu , fi capable de nous élever l'ame, si nécessaire pour la consoler, avoit accompagné D AGuesseau dans tout le cours de fa vie. (3 z) Chrétien sans ostentation & fans foiblefle,il voit la mort d'un œil serein, & l'attend avec confiance. Un ancien dit en mourant: «ô nature, je te rends », un esprit plus parfait que je ne l'a» vois reçu. Etre éternel, j'ai ajouté » à ton ouvrage ». Daguesseau , après quatre-vingts ans de vertus & de gloire /pouvoit se rendre le même témoignage; mais il eut une grandeur modeste à fa mort, comme pendant fa vie (33).

Tous ceux qui meurent sont honorés par des larmes. L'ami est pleuré par son ami, l'époux par l'épouse , le père de famille par ses enfans ; un grand Homme est pleuré par le genre humain. Lorsque la pompe funèbre de Da G U E S S E Au traversoit Paris, l'admiration & la douleur étoient le sentiment général de tous les citoyensLe corps ou avoit habité cette ame vertueuse, quoique froid & inanimé , imprimoit encore le respect. Sembla

ble à ces temples qui long-temps ont servi de demeure à la Divinité, la vue de leurs débris porte encore dans l'ame un sentiment involontaire de religion. Le vieillard disoit à ses enfans: « Mes fils , l'homme juste est s' mort ». Le foible & le malheureux s'écrioient: « nous n'avons plus d'ap» pui ».

Des milliers d'hommes meurent & sont aussitôt remplacés : mais la mort d'un grand Homme laisse un vuide dans l'univers, & la nature est des siècles à le remplir. Que du moins l'exemple de cet Homme illustre qui n'est plus , vive fans cesse parmi nous. II n'est pas donné à tout le monde d'être grand; mais chacun peut apprendre de lui à être juste.

M'est - il permis, en finissant, de faire un vœu pour le bonheur de la Patrie? Je souhaiterais qu'au milieu du palais sacré qui sert de temple à la justice, on élevât la statue de ce grand Homme. Ce seroit parmi nous un monument éternel de religion, de simplicité & de vertu. Ce marbre muet exerceroit fans cesse une censure utile sur les mœurs des magistrats ; & lorsque nous ne serions plus, il annonceroìt encore la vertu à nos derniers neveux.

[graphic]
« AnteriorContinuar »