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les différens degrés de leur énergie, étudie dans le langage les caractères des peuples, juge par le nombre des fignes , du progrès de leurs connoissances, examine l'influence des mots sur les erreurs. Tandis que sa mémoire recueille les trésors des langues, sa raison s'exerce à ranger ses idées dans l'ordre le plus naturel (18). Guidé par cette science, il perce les profondeurs de la métaphysique ; mais aussi éloigné de la folle ambition de tout connoître, que de l'obstination plus insensée encore, à douter de tout, il sçait s'arrêter. Il ramène ses regards sur lui - même, & apperçoit une chaîne de devoirs qui le lient d'un côté à l'Etre suprême, de l'autre à l'univers où il est placé. L'étude de la morale le conduit à celle des loix qui n'en est qu'une branche. Je crois le voir élever d'abord ses regards vers la Divinité, y contempler la justice, telle qu'elle est dans

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Il passe ensuite au gouvernement des nations, décompose les ressorts de toutes ces machines immenses , observe celles qui, avec le moins de force, produisent les plus grands mouVemenS.

Je parcours toutes les sciences , & par - tout j'y trouve les pas de DAGUEssEAU. Je le vois qui s'élève jusqu'à la sphère d'Euclide, d'Archimède & de Newton (2o). Il franchit les barrières qui sont entre l'homme & l'infini; & le compas à la main, mesure les deux extrémités de cette grande chaîne.

De ce monde intellectuel, l'histoire le ramène au sein de l'univers. Cette longue suite de révolutions , c'est-àdire de malheurs & de crimes, qui ont tant de fois changé la face du monde,

vient s'offrir à lui ; il apprend l'art pf 0Fond de connoître les hommes ,& l'art plus difficile encore de profiter de leurè foibleíles, pour les diriger au bien.

Je crains que la vie d'un seul homme ne paroisse trop courte pour de si vastes connoissances. J'ose attester tous ceux qui l'ont connu. Ils sçavent si je mêle h flatterie à l'éloge.

Dans l'âge des passions & des erreurs , D A G u E s s E Au n'a d'autre passion que l'étude. C'est là ce qui l'unit avec les Ecrivains les plus célèbres du siècle de Louis XIV (21). II étoit digne d'avoir pour amis le sage auteur de l'Art poétique , & sauteur sublime d'Athalie. II n'avoit point l'orgueií de protéger ces deux hommes, l'honneur de leur siècle ; mais il apprenoit d'eux à honorer un jour le sien.

Les grands Hommes de l'antiquitë ne font plus; mais la partie la plus noble d'eux-mêmes, éternisée dans leurs écrits, survit à leurs cendres. Daçuesseau admire cetre ame forte ou sensible empreinte dans leurs monumens ,& en les admirant, il s'exerce à les imiter (zi).

On sçait avec quel succès il cul» tiva cet art qui fut celui des pre-. miers philosophes, & qui embellit la pensée des charmes de l'harmonie: art ingénieux , souvent utile & toujours agréable , nommé frivole par ceux qui méprisent fout ce qu'ils ignorent, mais estimé par les vrais sages qui respectent tout ce qui tient aux talens(z3). Ainsi , ce grand Leibnitz, historien , jurisconsulte, philosophe, & géomètre sublime , après avoir rencontré Newton fur les routes de l'infini, venoit quelquefois parmi les Muses ranimer son génie & en dé-* tendre les ressorts,

Mais déja la carrière de l'éloquence s'ouvre devant Paçuesse Au. II semble tenir dans fa main toutes les passions, & les distribuer. à son gré.

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