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nations diverses, étrangères les unes aux autres, ayant chacune leur génie et leur caractère particulier, sont réunies sous une loi commune, fixe, immuable, sous une main de fer qui les étreint et les brise.

Les conséquences de ce systéme appliqué tout à la fois à la politique et à la religion, sont désastreuses.

L'exemple donné par Charles-Quint trouve des imitateurs. La monarchie absolue finit par prévaloir chez la plupart des peuples européens, et non-seulement elle ne sauve pas la société, mais elle affaiblit encore le sentiment national et détruit l’originalité qui se faisait jour au sein des masses populaires. Au lieu de cette grande variété de formes et d’idées, de sentiments et de passions, d’intérêts et de besoins que présente l'aspect du moyen âge jusqu’au seizième siècle, l‘ère moderne ne nous offre plus'qu’une désolante monotonie. La pensée, comprimée dans sa plus éclatante manifestation, la réforme, se traîne péniblement a travers les ornières dont sa route est semée. La chaîne des temps est rompue. L’homme étouffe sous une force matérielle qui l’accable; il se débat impuissant au milieu des liens dont l’entoure l’absolutisme.

On a dit que si la liberté individuelle était sortie mutilée et amoindrie des épreuves qu’elle a subies, la liberté de tous y avait gagné. Quelle dérision! Où est— elle cette liberté que l’on vante et que l’on prône? Est—ce au pied des échafaud-s et des bûchers de Philippe II, dans le sang de la Saint-Barthélémy, dans le meurtre de Barnevetd? Est-ce dans le spectacle que nous offre ce roi franchissant armé de sa cravache le seuil d’un parlement et s’écriant à la face d’une assemblée délibérative : « I’État, c’est moi? » Est-ce enfin dans la révocation de l’Édit de Nantes , dans les massacres des Cévennes, au milieu des dragonnades?

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La pensée du moyen âge a été violentée, dénaturée , presque détruite, et la riche civilisation que cette époque portait dans ses flancs outrageusement foulée aux pieds. Tandis qu’en élargissant le cercle où pouvait s’exercer l’activité de l’homme, le moyen âge amenait progressi— vement la société entière à participer à la vie publique, les institutions modernes, restrictives de la liberté individuelle, tendent tentes à rapprocher les limites où elle s’arrête. L’État a remplacé l’individu. Dans un autre ordre d’idées, la liberté de conscience, si elle est reconnue dans les relations diplomatiques par le traité de Westphalie, est encore une lettre morte au sein d’une même population. La diversité de religions cesse d’être le principe dominant de la classification des États, mais rien n’empêche que l’intolérance, ce manteau troué de la sottise, ne fasse brûler des sorciers et pendre des hérétiques. Ce n’est que deux siècles et demi après Charles-Quint, grâce au plus terrible cataclysme dont l’histoire de l’humanité conserve le souvenir, que l’homme est rétabli dans la plénitude de ses droits.

J.—B. BLAES.

LA BIBLIOTHÈQUE

DU MUSÉE BRITANNIQUE.

Sous la voûte obscure d’une salle basse, le front penché sur quelques manuscrits poudreux qui se payaient au poids de l’or, un vieux moine, isolé dans son cloître, représentait autrefois les sciences et les lettres. Il travaillait péniblement, ainsi qu’un architecte inhabile dont l’imagination dépasse la science, et, mêlant indistincte— ment le sacré au profane, il produisait enfin une de ces oeuvres singulières, monuments gothiques de la pensée, véritables sphynx tenant des deux natures , et dont les prétendus 0Edipe ne sont trop souvent que des aveugles.

Aujourd’hui les temps sont bien changés! Les cloitres existent toujours, mais le savoir en a franchi les portes, et les moines prient pour ceux qui étudient, au moins lorsqu’ils ne s’endorment pas sur leur bréviaire. La science, qui ne jouissait jadis que d’un simple droit d’asile, et dont on étouffait souvent le flambeau dans les fumées d’un bûcher, possède des palais à cette heure, des palais où l’on arbore, horresco referens! l‘or— gneilleux drapeau du libre examen. Le médecin Tant

pis aurait là un beau sujet à discuter, s’il rencontrait, chez La Fontaine, son confrère Tant-mieux : nous ne les suivrons pas sur le terrain. ;

C’est d’un de ces palais élevés au génie moderne, le Musée britannique, dont nous désirons entretenir le lecteur. Les belles collections d’objets d’art qu’il renferme, ainsi que les richesses qu’on y a accumulées pour servir à l’étude de l’histoire naturelle, ont été souvent décrites: nous ne nous occuperons ici que de la bibliothèque , dont nous nous permettrons de rappeler, en peu de mots, l’origine et les progrès.

Ce vaste dépôt littéraire, l’un des plus considérables de l’Europe, fut créé en 1755, par acte du parlement, en même temps que le Musée britannique lui-même. Un homme généreux, dont la longue carrière avait été consacrée tout entière aux études, sir Hans Sloane, peut en être considéré comme le promoteur. La bibliothèque précieuse qu'il avait réunie forma le noyau de l’institution nouvelle, dont le fonds ne tarda pas à s’accroître rapidement. Georges Il l’enrichit d’abord des manuscrits que Leland et autres avaient pu sauver des dépouilles des monastères sous le règne de Henri Vlll; elle s’ang— menta ensuite de la collection dite Harléienne, qui est composée de 7,959 manuscrits, et renferme plusieurs monuments d’une antiquité très-reculée, dont quelques— uns, en langue saxonne, offrent des documents et des éclaircissements précieux sur certaines époques de l’histoire d’Angleterre. Sir Hans Sloane ne fut pas seul à faire profiter le public de ses recherches bibliographiques; sir Robert Cotton. ami de Camden et d’autres savants antiquaires de cette époque , le surpassa même en libéralité. Les manuscrits et les archives qui furent légués à la nation par cet homme éclairé méritent une attention particulière. On y trouve un des exemplaires authentiques de la Grande-Charte (Magna Charte), que le roi Jean signa à Runimède, et une copie des articles préparatoires arrêtés avant la signature de ce grand monument de la liberté anglaise.

Le parlement n’accorda pas, dès l’origine, de subsides directs au Musée britannique; il se contenta d’autoriser l’ouverture d’une loterie, dont les recettes furent destinées à cet établissement, et qui produisit 50,000 livres sterling. On l’installa, à l’aide de cette somme, dans l’un des grands hôtels de Londres qui appartenait jadis au duc de Montaigu, et dont un célèbre architecte français, Pierre Puget, avait fourni les dessins. Ce local étant devenu bientôt insuffisant, en commença en 1825 la construction d’un édifice nouveau, dont les dernières dispositions furent achevées en 1847.

La bibliothèque du Musée britannique suit, durant cette période, une marche constamment ascendante. Elle s’accroît d’abord des nombreux volumes de la bibliothèque du Roi,‘qui lui furent cédés par Georges [V; le parlement vote en sa faveur l’achat des manuscrits dits de Landsdown qui renferment les papiers de Burghley en 122 volumes, y compris plusieurs chartes et autres documents précieux; ceux de Cæsar et de Kennet: propriété primitive de sir Julius Cæsar, juge de l’amirauté sous la reine Élisabeth, et de White Kennet, évêque de Peterborough. Les manuscrits Hargrave furent achetés en 1815; ce sont 499 volumes qui ne traitent presque exclusivement que des lois. La bibliothèque du docteur Burney fut acquise pour la somme de 15,500 livres sterling; elle renferme les manuscrits les plus complets et les plus estimés de l’Iliadc d’Homère, une suite d’ouvrages grecs avec des évangiles grecs des x° et xne siècles, et beaucoup d’autres ouvrages classiques.

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