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La littérature, la littérature orientale surtout, était le thème favori des discours de Van der Palm. La poésie biblique avait pour lui des charmes inexprimables, et le remplissaient d’une émotion que son style trahit a chaque page. Dans quatre de ces discours, l’ami de Sylvestre de Sacy nous entraîne avec lui dans les régions du Liban, interprétant tantôt la poésie sublime, les malheurs et la résignation de Job, tantôt les aven— tures et les chants inspirés du prophète-roi 1. Quatre autres discours sont consacrés à la poésie arabe, a Maho— met et au Coran 9. On écoute avec avidité le savant consciencieux faisant l'histoire de Mahomet, de cet homme éminent dont l’ambition, appuyée surle fanatisme, érige:x un culte nouveau , et fonda un empire qui brilla d’un si vif éclat pendant plusieurs siècles; on suit, en quelque sorte, l’orateur dans les vastes déserts de l‘Arabie Pétrée; on pénètre avec lui sous la tente hospitalière des Bédouins, on écoute avec curiosité leurs poésies fastueuses, on s’initie à leurs mœurs sauvages, on admire leur intrépidité a braver les dangers, on s’etfraye de leurs vengeances terribles et séculaires.

Dans un discours sur le dédain des règles de l’art 5 , Van der Palm s’efforce de ramener le goût à la pureté , à la simplicité et à la noblesse, en nous révélant les secrets de l’Iliade et de l'OEdipe—Roi. Dans un autre sur l’élo

* Red., over David, voornamelijk als Dichter beschouwd. Ibid.. t. I, p. 1. — Vcrhandeling over eenige dichterlijke natuurbeschrijvingen nit het boek Job., p. 53. — Vcrh. over dcn aanleg en de voortret’fe.. lijkheid van het bock Job, t. II, p. 56, et t. IV, p. 1.

2 Red. over Mahomet, den stichter van den lslamitischen godadienst, en van het Saracecnsche rijk. Ibid. t. I, p. 73 et 91. — Ver—handeh‘ng over don Koran, t. III, p. 1. — Ver-h. over de arabisrlupeëzij , t. II, p. 28.

3 Red. over het versmaden of vcronachtzamen van de regclen dur kunst. Ibid., t. III, p. 55.

quence de Cicéron 1, il étale toutes les brillantes qua— lités du maître, en signalant toutefois l’abus qu’il fait de son talent. Sa dissertation sur la simplicité du style 2 , est un monument classique, dans lequel il fait passer sous nos yeux les scènes les plus émouvantes de l’Hé— cube d’Euripide. Nous devrions parler d’autres traités non moins intéressants, tels que de ceux sur le véritable caractère de l’Él0quence et de la Poésie 5, de la connaissance de soi-même appliquée à la culture des lettres 4, du jugement des vivants et de celui de la postérité 5; puis de ses souvenirs de la vie universitaire 6 , du récit de ses liaisons avec l’illustre poète Bellamij 7, des éloges prononcés sur la tombe du grand orateur et poète Berger 8, sur celle de son bienfaiteur Van de Perre 9 et d’autres personnages éminents; nous devrions surtout faire connaître une dissertation sur le bon sens 40 , ——le bon sens qui résume pour ainsi dire toutes les qualités de Van der Palm; le bon sens, qui est la santé de l’esprit, et qui, joint à la santé du corps, constitue cette harmonie qui fut toujours l’idéal de notre orateur, idéal qu’il eut le bonheur de réaliser en lui jusqu’à sa mort. Il n’était encore qu’élève de rhétorique, quand il fit un discours latin sur ces mots de Juvénal : « Mens sana in corpore sana; » et certainement, si le peuple néerlandais se distingue parmi tous les autres par un sens droit, on peut dire que Van der Palm a porté cette précieuse qualité jusqu’au sublime.

1 Ver-h. over de welcprekendheid van Ciccro. Ibid., t. II. p. 1.

= Verh. over eenige kenmcrken en vercischten der eenvoudigheid van stijl, opgehelderd door de Hecuba van Euripides. Ibid., t. IV, p. 55.

3 Red. over dan waren aard der welsprekendheid, Ibid., t. I. p. 26.

‘ Ravi. over de zell’kennis, toegepast op de beoefening der letterkunde , t. IV, p. 83.

5 Red. over het oordeel der nakomclingachap, t. II, p. 80.

5 lied. ter feestvierende herinnering van den akademischen leel‘— tijd, t. IV, p. 197.

7 Mijnc herinneringen aun J. Bcllamlj , t. III, p. 110.

8 Red. ter nagcdachtcnis van E.-A. Berger, t. III, p. 22.

9 Lofrcde op M. A. Van de Perre, t. I, p. 159.

40 Vcrh. over het gezond verstand , t. III, p. 89.

En résumé, on peut dire que tous ces discours sont des traités précieux, qui se recommandent autant par le fond que par la forme, par la disposition des idées que par la beauté du style; chaque morceau forme un tout complet et se distingue par une admirable harmonie. Simple dans les dissertations philosophiques, brillant lorsqu’il traite de la littérature orientale, le style de Van der Palm devient cérémonieux dans les discours d’apparat, et quand il parle de Cicéron, on dirait qu’il emprunte au prince de la tribune latine sa période et sa diction.

Quelques mots encore sur le caractère de Van der Palm. C’était un homme d’ordre par excellence , et rien ne dépeint mieux ce côté saillant de son caractère que le manuscrit de sa traduction de la bible. Ce mannscrit se compose de plusieurs rames de papier, d’une écriture fine, serrée et égale du commencement jusqu’à la fin; on la dirait écrite en un seul jour, avec une même plume; jamais une tache d’encre, jamais une souillure, et très-rarement une rature; car Van der Palm avait coutume de dire : je corrige dans ma tête. Il ne transcrivait jamais rien , pas même pour l’impression; ses chefs-d’œuvre sortaient tout achevés de son esprit; jamais il ne les retouchait, fût—ce pour en donner une édition nouvelle, après un intervalle de plusieurs années.

Son égalité d’humeur ne se démentait jamais : il se levait chaque jour avec la même sérénité d’esprit, se mettait au travail avec la même satisfaction, et, après les études les plus abstraites, paraissait avec le même calme, la même sérénité, dans le sein de sa famille ou dans les réunions de société. Ses écrits, quel que soit le sujet qu’il traite, révèlent une même placidité, une même quiétude. On s’aperçoit toujours, et lorsqu’il donne le plus d’essor à son imagination, que la raison tient la bride, et qu’il reste entièrement maître de soi. On peut être convaincu, dit un homme qui a vécu dans son intimité, que Van der Palm n’a jamais écrit une page avec plus de passion qu’une autre. Dès sa jeunesse, il s’était formé à conserver dans ses ouvrages la plus rigoureuse contrainte envers lui-même, et cette réserve était devenue une habitude.

Cette notice aura suffi, sans doute, à attirer plus particulièrement sur notre orateur l’attention des hommes de lettres. Nous terminerons par la traduction d’un fragment de ses œuvres , pris dans son Discours sur la restauration de 1815. — Mais ne devons-nous pas craindre, en traduisant Van der Palm dans une langue si différente de la sienne, de porter atteinte à sa réputation? Lui-même comparait les traductions à des fleurs étrangères desséchées dans un herbier : « La fraîcheur des couleurs est passée, disait-il, le parfum est évaporé; nous ne voyons de la forme que ce qu’il est possible d’en montrer, et nous devons suppléer par notre imagination aux qualités que l’on ne peut apercevoir. » Nous nous hasarder0ns donc à présenter une fleur de ce riche herbier, en invôquant pour notre traduction toute la bonnevolonté que l’auteur réclamait de son auditoire.

Chute de Napoléon I".

Il n’est point pour l’humanité de plus beau spectacle que la chute d’un tyran. Jamais le monde n‘en vit de plus grand que Napoléon Buonaparte;jamais il ne vit d‘humiliation pareille à la sienne. -—L’Europe entière était à ses pieds. La Prusse avait tout perdu dans une seule bataille, et ne subsistait que par une grâce du conquérant. L‘Allemagne rendait hommage à son oppresseur sous le titre nouveau de Protecteur, la Suisse sous celui de Médiateur. La Belgique avait été de bonne heure annexée à la France; les provinces hollandaises, longtemps tourmentées et pressurées, avaient été enfin englouties sans pudeur. L’honneur blessé lui avait gagné le Danemarck. La Suède avait appelé un guerrier français à l’héritage des Charles et des Gustave. L’ltalie ne respectait d’autre pouvoir que le sien. L’Autriche, privee de ses plus belles provinces, soutirait encore pour lui le sang de ses sujets par des contributions de guerre accablantes, lorsqu‘elle donna une princesse à son trône souillé, à sa couche profanée; car le crime , couronné par la victoire, inspirait du respect plutôt que de l’horreur. Il paraissait que s’y soumettre fût la même chose que respecter la volonté secrète du ciel; qu’y résister fût une folie aussi grande que de lutter contre les décrets de la divinité. On eût dit que par sa main la Providence voulût distribuer des couronnes et frapper de sa malédiction d’anciennes dynasties pour y substituer des dynasties nouvelles.

Toutefois la Russie, préservée par les glaces et les neiges, et par une distance de mille lieues, avait conservé son indépendance.L’Angleterre, dominatrice des mers, pouvait, de son île, braver impunément le tyran, dont elle avait anéanti les flottes. La plus affreuse perfidie avait fait bouillonner le sang espagnol, et le mépris de la mort avait fomenté l’insurrection la plus dangereuse. Mais ce feu pouvait être étouffé par la modération.

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