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qui sépare le catholicisme du protestantisme, le libre examen de la foi aveugle, et cet autre abîme qui sépare le courtisan du républicain. Non, le terrain sur lequel nous nous représentons Van der Palm n’est pas celui de l’éloquence sacrée. Nous resterons dans des dispositions d’esprit plus impartiales, en ne perdant pas de vue la distinction entre le discours académique et les sermons ou les oraisons funèbres.

Instruire et plaire, tel est en général le but que Van der Faim se propose dans ses nombreuses dissertations, et la plupart sont des chefs-d’œuvre. La supériorité de ses talents oratoires, le charme de sa parole, la pureté de sa diction, la simplicité élégante de son style, la chaleur de son débit, tout cela joint à une force remarquable d’analyse et de synthèse, à une sagacité profonde, à une érudition rare et a une grande indépendance d’esprit, avait rendu son nom populaire alors qu’il était encore étudiant en théologie. Cette célébrité ne fit que s’accroître avec le temps, et l’on n’a pas de peine à concevoir que les sociétés savantes se soient disputé l’honneur de voir rehausser par sa parole l’éclat de leurs solennités. Or, un des traits principaux du caractère de Van der Palm était la bienveillance, la bonté, et il lui eût été difficile de se soustraire à de semblables invitations. Telle est l’origine du recueil qu’on appelle ses « OEuores oratoires 1, » et dans lequel les richesses de l’art et de la nature se marient aux plus belles qualités de l’esprit et du cœur.

C’est dans ce recueil que Van der Palm a renfermé « toute sa théorie de la vie et sa théorie de l’art. » Ces dissertations philosophiques, morales et littéraires, por— tent parfois un titre abstrait, mais elles sont d’une simplicité et d’une lucidité qui les rendent accessibles à toutes les intelligences, et même à la portée des masses. « Pendant toute la durée de son professorat, dit l’illustre poète Beets, ce ne fut pas seulement la jeunesse de l’université, ce ne furent pas seulement ceux qui fréquentaient cet établissement qui recueillirent les fruits de son travail infatigable et de ses rares qualités : le public tout entier y participait abondamment. Van der Palm ne cherchait pas à briller dans le cercle choisi et restreint du monde savant, ni à l’étonner constamment par des preuves nouvelles de son érudition. Son ambition était de faire tourner la science au profit de tous; ses vastes connaissances lui offraient à cette fin des ressources tout à fait exceptionnelles. C’était là son talent, c’était aussi sa force, et toute son éducation, toute son instruction furent dirigées ,vers l’utilité générale. Il connaissait parfaitement les besoins, le goût et la langue du peuple. Confirmer ses concitoyens dans leur foi et leur devoir; expliquer la révélation et en faciliter l’étude; exposer une morale pure et la rendre attrayante par son talent; éveiller et diriger l’amour de la patrie; purifier le sentiment du beau et lui imprimer de la délicatesse, tel est le but auquel il se sentait appelé, et qu'il se sentait la force de remplir. C’est à cette œuvre qu’il voulut consacrer toutes ses études, toute son expérience, tout le fruit de ses propres réflexions; mais il le fit toujours en cachant la science, et en faisant disparaître sa personnalité. Les atours étudiés du style et la recherche des figures de rhétorique sont étrangers à ses œuvres, de même qu’il n’y fait point parade d’érudition et qu’il s’écarte toujours des abstractions de la philosophie. Ses œuvres paraissent avoir été écrites hors du cabinet d’étude. Le

4 Oratorische wcrkcn. Leeuwarden , 1854-1855, 5 tomes in-8°, en 2 vol.

savant et le philosophe seuls en soulèvent le voile gracieux et reconnaissent le maître 1. »

Les sujets que Van der Palm traite sont aussi variés que les circonstances qui les lui ont inspirés. Dans le champ de la philosophie morale, il nous caractérise d’abord ce sentiment de bienveillance qui devrait animer tous les hommes envers leurs semblables, cet amour qu’il appelle l’esprit de corps de l’humanité, et que l’on a confondu souvent, à tort, avec le cosmopolitisme; c’est la véritable philanthropie, qu’il a si bien définie en ces termes : « Lorsqu’une eau tranquille et claire est agitée par un objet qu’on y a lancé, on voit » se former autour de cet objet des cercles, d’abord tout petits , qui s’élargissent en se succédant, jusqu’à ce qu’ils se perdent dans des ondulations douces et presque imperceptibles. Permettez-moi de comparer la noble activité du philanthrope à ce simple phénomène. Lui aussi forme autour de lui, pour ainsi dire, divers cercles, qui s’agrandissent constamment et qui, sans s’arrêter à une limite fixée, finissent par disparaître dans un tout immense et sans bornes 9. » Van der Palm complète, dans une autre circonstance, la définition de la philanthropie en traçant le tableau de l’égoïsme 3. Une autre fois, il détermine la valeur des mots unité et variété, principes dont l’association constitue « l’harmonie, » etil en fait successivement l’application à l’esprit humain, a la vie de famille, a la vie

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1 Leven en ka1'akter van Joannes—Henricus Van der Palm, geschetst door Nicolaas Beets. Leyden, 1852 , in-8°. Nous avons puisé dans cet ouvrage consciencieux la plupart des renseignements biographiques sur notre auteur.

3 Redevoering ouer de algemeene welwillendheid. Oratorische werkcn, t. I., p. 110.

5 Redevoering over de Eigenliefdc. Ibid., p. 123.

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sociale et politique, au sentiment de l’art 1. Ou bien encore il entretient son auditoire de l‘influence qu’eæercent sur notre esprit les objets du monde antérieur, et examine jusqu’à quel point il convient d’embellir le fond par la forme; il termine cette dissertation en citant la maxime de Socrate : « Sacrifions aux Grâces, mais ne leur sacrifions pas la réalité,» et cette autre maxime : « Soyons toujours meilleurs que nous ne le paraissons 9. »

Dans le domaine de l’histoire, la célébratimz de la quatrième fête séculaire de l’invention de l’imprimerie 3, ainsi que le 250e anniversaire du siége de Leyde 4, ofl‘rirent à Van der Palm l’occasion de produire deux morceaux d’une éloquence nerveuse et entraînante, où les idées les plus larges s’allient au patriotisme le plus sage et le plus ferme. Si, dans le premier de ces discours , il n’ajoute aux preuves de Junius et de Meerman en faveur de Laurens Koster, que des arguments puisés dans le caractère industrieux et persévérant de la nation néerlandaise, d’un autre côté, il nous déroule en quelques pages l’histoire et les bienfaits de la typographie; nous suivons cet art dans ses diverses phases, nous le voyons disperser la multitude innombrable des scribes, ouvrir les arcanes de la science, retirer de l'oubli les merveilles de la pensée antique. « Grâce à » l’imprimerie, dit Van der Palm, nous voyons ériger » ce nouveau tribunal, où la raison et la vertu peuvent » plaider leur cause, le tribunal redoutable de l’opinion publique! le dernier refuge de l’innocence calomniée,

‘ Verhandeliny ovarEenheid en Verseheîdmheid. Ibid. . t. V, p. 195.

3 Redevacring over dan inuloed van het uitwendige, en deszelfs vermogen, 0m den gunstigen indruk van het meer wezenlyke te bevorderen. Ibid., t. IV. p. 27.

3 Red. op het. vierde eeuwfeest van de uitvindiug der boekdruk— kunst binnen Haarlem. Ibid., t. III., p. 132.

‘ Feestrede by de viering der 250‘" verjaring van Leydcns ontzet. Ibid., 1.1V, p, 150.

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de la probité opprimée, de la vérité méconnué ,

obsc_urcie et reniée! tribunal terrible pour les enne

mis de la lumière et de la justice, dont les sentences épouvantent le cœur de ceux qui ne tremblèrent point devant le fer et le feu l... »

Le discours qu’il prononça à Leyde n’est pas moins remarquable. Tout le monde connaît le mémorable siège de cette ville, et l’origine de sa célèbre université, mais on ne se lasse point d’en entendre le récit dans la bouche d’un homme qui a, lui aussi, illustré cette ville par la gloire de ses écrits.

' Nous ne parlerons pas de ses discours politiques et pédagogiques; nous nous bornons à mentionner encore son traité historique sur les géants de l’ancien monde 1, traité qui inspira à Bilderdijk l’idée d’une épopée admirable restée malheureusement inachevée : la destruction du premier monde 2. Nous devons citer aussi le magnifique discours qu’il écrivit en avril 1815, pour exh0rter ses concitoyens à la défense de la patrie 5, et l’oraison funèbre qu’il prononça sur la tombe d’un de ses élèves, de la compagnie des chasseurs volontaires formée par les étudiants de Leyde, pauvre jeune homme qui trouva la mort dans la campagne de 1851 4.

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* Lelterkundig onderzoek aangaande de Reuzen der oude wereld. Ibid., t. V, p. 1.

2. De ondergang der eerste wareld; in de Dichtwerken van Bil— derdijk. Haarlem, 4856, t. [1, p. 343.

5 Oratorische werlæn. Christelyke opwekking tot Heldenmoed , t. II, p. 157. » \ ‘ Inwijdiny van het gedenkteeken ter nagedachtenis van L.-J.—W.

Bceckman, t. V. p. 215.

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