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DE LA

LITTÉRATURE NÉEBLANDAISE

Al' XIX‘" SIÈCLE.

VAN DER PALM.

Il faut que la Belgique tout entière puisse participer au mouvement des idées qui s’opère autour d’elle : sa position géographique le lui commande et ses intérêts lui en font un devoir; il faut non-seulement que les populations flamandes de notre pays se tiennent au courant de la littérature hollandaise, mais il est de toute nécessité que les populations romanes profitent, elles aussi, du grand travail intellectuel qui se fait chez nos frères du Nord. C’est parce que cette vérité, si im— portante au point de vue de notre nationalité, ne nous paraît pas assez comprise, que nous avons essayé de faire connaître, dans une langue qui n’est pas la nôtre, les principaux écrivains hollandais du xm° siècle. Nous commençons aujourd’hui par l’orateur Van der Palm, une série d’études dans laquelle paraîtront successive— ment Helmers, Bilderdijk, Bhijnvis Feith, Bellamij et Tollens.

JEAN-HENRI VAN DER PALM naq'.it, à ROtterdami le 27 juillet 1765. Grâce aux soins i’.une aïeule e_Hfll°U' siaste de la bible, le jeune Henri, dès'lâge de “_‘013 ans, lisait couramment l’histoire sainte et les"““}“‘l“es du culte protestant. La bonne femme chérissàl tendrement son petit-fils et voulait absolument voir ei.luly“ futur grand homme; elle avait exprimé le désir“lun fût appelé Nephtali, parce que, disait-elle, comme le patriarche Jacob le prédit de son fils Nephtali, «la grâce serait répandue sur ses paroles. » Le souhait de la grand’mère ne fut pas réalisé, mais sa prédiction s’accomplit entièrement. Le jeune Van der Palm, après avoir reçu son instruction première dans l’école que dirigeait son père, fit des études brillantes à l’Institut d’Érasme, et entra, à l’âge de quinze ans, à l’Université de Leyde. Il y acquit un vaste fond de connaissances, sous la conduite des Valckenaer, des Ruhnken, des Schultens, et d’autres, dont les noms appartiennent à l’histoire de la science. Il puisa à cette source féconde des notions approfondies de philosophie, de théologie, d’histoire, de langues hébraïque, arabe, grecque et latine, et il lut bientôt dans le texte original les chefs-d’œuvre des littératures anglaise, française et allemande.

Van der Palm quitta l’université à l'âge de vingt et un ans; il devint pasteur d’un petit village dans les environs d’Utrecht, et exerça ces modestes fonctions jusqu’en 1787. Il s’attacha alors, en qualité de lecteur et de secrétaire, à un noble Zélandais.Celui-ci avait fondé à Middelbourg un Musée ouvert à la jeunesse, et près duquel il avait institué des cours scientifiques, dont la direction fut confiée à Van der Palm. Le secrétaire et son Mécène se lièrent d’une amitié étroite, que l’estime mutuelle avait fait naître, et que la mort de M. Van der

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Ferre vint briser en 1790. Cinq ans plus tard, la Révolution française faisait invasion en Hollande, et trouvait Van der Palm à Middelbourg, accidentellement hors de fonctions par le décès de la veuve de son bienfaiteur. L’activité qui était un besoin de son esprit, son amour pour la liberté, et la situation fâcheuse des partis en Hollande, l’entraînèrent dans les tourmentes de la politique. Il se mit à la tête du mouvement révolutionnaire, avec deux de ses amis, et fut nommé à la nouvelle administration de la ville. Le sort lui réservait des fonctions plus en harmonie avec ses talents : dès l’année 1796, il fut appelé à Leyde, pour occuper la chaire de littérature et d’antiquités orientales, devenue vacante par le décès de son maître, l'illustre Schultens. Mais à peine l’Université lui eut-elle confié la place éminente à laquelle ses connaissances étendues lui donnaient tant de droits, que le gouvernement de la République Batave le nomma, en 1799, agent de l’édu— cation nationale, titre qui équivalait à celui de ministre de l’instruction publique. Van der Palm accepta cette dignité, non par ambition, mais, comme il l’écrivit plus tard au roi Louis, « avec des vues qu’il croyait pures et louables, et uniquement pour être utile à l’instruction publique, pour empêcher que ce département ne fût confié à quelque tête exaltée et portée à la désorganisation. » L’Université approuva hautement le choix du gouvernement, et accorda au professeur la faculté de reprendre sa chaire quand il le voudrait. Van der Palm, dans sa carrière politique et administrative, rendit des services qui ont été appréciés par les nations étrangères, et ont mérité les éloges les plus flatteurs de Cuvier et de M. Victor Cousin. Il y renonça en 1806, et rentra dans le sein de l’Université, où il professe d’abord la poésie et l’éloquence sacrées, pour reprendre peu R. 1‘. 4.

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après la chaire de littérature orientale. Il fut en outre nommé prédicateur de l’Université, et remplit ces der— nières fonctions jusqu'en 1836. Déjà en 1855, Van der Faim avait obtenu la récompense de l’éméritat; il con» tinua à professer aussi longtemps que ses forces le lui permirent, jusqu’en 1858. Il mourut le 8 septembre1859, à l’âge de soixante—seize ans, vivement regretté de tous ses concitoyens.

Cette longue et honorable carrière se distingue avant tout par une activité merveilleuse, qui ne se ralentit pas un seul instant depuis le berceau jusqu’à la tombe. Chose remarquable, le premier discours latin que com— posa le rhétoricien de quatorze ans sur les bancs de l’école, avait pour sujet l’Éloge de l’activité et le mépris de l’oisiveté (in laudem diligentiœ et vituperium ignaviæ). Grâce à son assiduité au travail, il put doter la Néer— lande d‘une traduction de l’Ancien et du Nouveau Testament 1, telle qu’aucun peuple n’en possède sans doute, et qui lui coûta quarante années dont huit surtout d’un travail opiniâtre. Il composa en outre une Bible de la jeunesse 2, en 10 vol., 16 vol. de sermons 5, et son œuvre de prédilection intitulée Salomon 4, commentaire exégétique, philosophique et moral sur le livre de la sagesse. C’est dans cet ouvrage que Van der Palm réunit tous les trésors de science et d’expérience qu’il avait amassés dans les phases si diverses de sa longue carrière. Le fond de la science de Van der Palm est donc la bible, la religion; c’est là qu’il est dans son véritable domaine; c’est dans cette sphère qu’il a brillé,

I De Bijbel. Leyden , 3 vol. in-8°.

î Bijbel cour de Jeugd. Leyden, 1811-1834, in-12, 24 vol., et 18351837, 12 vol. Plusieurs fois réimprimée.

3 Leerredenen. Amsterdam et Leydcn.

‘ Salamo. Leeuwardén, 1854, 9 vol. in—8°, 3‘ édit.

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et qu’il s’est acquis par sa parole et ses écrits une célébrité impérissable.

Mais Van der Palm se montre à nos yeux sous une face non moins intéressante, et avec des titres non moins glorieux, comme orateur profane. Il composa, dans le goût de Salluste, un petit chef—d’œuvre sous le titre de Discours historique sur la restauration de la Hollande en 1815 i, et nous avons de lui une quarantaine de dissertations et de discours de circonstance, dans le genre que l’on est convenu d’appeler le discours académique. C’est à ce dernier point de vue que nous voulons l’apprécier ici, heureux si nous pouvons donner à quelques-uns de nos lecteurs le désir de lire ses écrits, heureux aussi si nous pouvons contribuer, pour notre part, a faire connaître et estimer une littérature qui a les droits les plus incontestables à nos études età nos sympathies.

Et tout d'abord, nous devons prémunir les esprits contre une idée que le nom d’orateur peut faire naître, et qui serait un écueil pour la réputation de Van der Palm: c’est l’éternel prestige qui entoure les orateurs français du siècle de Louis XIV; c’est la comparaison que l’on chercherait à établir entre les orateurs de la France catholique et le Démosthène de la Néerlande protestante. Il n’entre aucunement dans notre plan de tracer ce parallèle; il y a la trop de distance de temps et de lieux, trop de différence entre le théâtre de l’éloquence et la qualité comme les mœurs de l’auditoire, entre le but et les moyens. Dans la forme, dans le style, dans les ressources oratoires, les points de supériorité ou d’infériorité ne manqueraient certainement pas ; mais il resterait touj0urs entre les parallèles cet abîme

4 Gcschied-en redckumtiy Gedenkachrifl van Nederlands Herstelling. Amstcrdam. 1816, in«8°.

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