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Oui, tu manques de pain... surtout lorsque l’orage

Et les vents et la grêle et tant d’autres fléaux

Ont marqué sur tes champs leur funeste passage,
Et détruit tes travaux.

Oui , tu manques de pain... et tes enfants en larmes;
Seront transis l’hiver près du triste foyer.

Le maître ne doit point pâtir de tes alarmes;
Cherche donc, malheureux, le prix de ton_loyerl

Use ton corps de fer en doublant ton ouvrage;

Il faudrait l’an prochain réparer ces dégâts.

Tâche de centupler ta force et ton courage ,
Et d’avoir quatre bras.

La terre aura pitié de tes efforts sans nombre :
Les trésors de son sein combleront ton espoir;
Et tu pourras manger, dans ta cabane sombre ,
Comme par le passé, ton morceau de pain noir.

Et pourtant, tu souris... Ton âme est radieuse;
Le calme de tes champs semble s’y refléter.
L’Éternel a béni ta demeure pieuse :

La Paix veut y rester!

Le chagrin sur ton front ne creuse pas de rides;
Le souci dévorant ne ronge pas ton sein;

Et jamais les remords, ces fantômes livides ,

Ne troublent ton sommeil de leur sinistre essaim.

Dors, dors, bon paysan... Dors, dans ta sollicitude ;
Garde ton lourd sommeil. ta profonde torpeur.
Si tu te réveillais , la douce quiétude

S’enfuirait de ton cœur.

DENIS SOTIAU. Liège. — Février 1857.

ŒBÜÛ‘ÜQ)ÛJË ELW’ÎI’ÊŒMŒ&

HISTOIRE DES ENVIRONS DE BRUXELLES,
PAR ALPHONSE WAUTEHS.

3 vol.Ï grand in-8° de 700 pages chacun , avec une Table alphabétique de 470 pages. Bruxelles, Vanderauwera.

L’Hisloire civile, politique et monumentale de la ville de Bruxelles, par MM. Alexandre Henne et Alphonse Wauters, est considérée aujourd‘hui, à juste titre, comme l’un des ouvrages les plus , importants qui aient été publiés sur l’histoire de la Belgique. Cette importance s’explique d‘abord par le sujet même, puis— que Bruxelles, situé au centre de la Belgique, sur la frontière des Wallons et des Flamands, a été pour ainsi dire le point de convergence et de contact de toutes les forces vives du pays; et, pour ce qui est du mérite de l’oeuvre, il est aisé de l’apprécier en jetant un simple coup d’œil sur ce travail de longue et patiente érudition , d’investigation minutieuse , semé d’aperçus lumineux, de réflexions critiques qui lui donnent une haute valeur, et présenté avec une netteté , une précision admirable.

Or, cette histoire avait besoin d'un complément; l’intérêt ne pouvait se concentrer dans l’enceinte de la ville, et tous les environs compris dans l’ancienne ammanie avaient en les mêmes vicissitudes, les mêmes destinées. M. Wauters s’est chargé seul de cette nouvelle tâche, et l‘entreprise était gigantesque, eu égard au peu de documents imprimés et aux recherches immenses qu’il fallait faire. Quinze années ont à peine suffi à l’infatigable historien pour rassembler ses matériaux; pendant ces quinze années, selon son aveu, il n’a pas cessé de chercher, d’annoter, de lire. Dans toutes les communes dont il parle, sans exception, il s’est rendu lui-même, plusieurs fois, et dans toutes il a visité l’église, le cimetière, examiné les principales constructions civiles, demandé des renseignements et des éclaircissements. Combien de fois l’examen des chartes et des registres a dû lasser sa patience! combien de fois il se sera senti découragé, en ne rencontrant pas même, dans beaucoup de communes, ces données partielles et incomplètes!

Ce n’était pas seulement l’histoire proprement dite que voulait faire M. Wauters, mais l’histoire administrative, biographique, monumentale; c’était aussi la description exacte et complète, en recourant à la statistique, à la topographie, à l’archéologie, aux sciences physiques et naturelles. Il s’agissait enfin de faire sortir de cet ensemble d’études un enseignement sans lequel il n’y a pas de véritable histoire, et nous pouvons dire que sous ce rapport M. Wauters est réellement philosophe. Bien que cette saine critique ne se rencontre, au milieu d'un si vaste déploiement d’érudition, que par aperçus, et souvent dans la façon de présenter les faits, elle n’en est pas moins appréciable, et elle respire en quelque sorte dans tout l’ouvrage, auquel elle donne une vie, une force remarquable.

La méthode à suivre dans un semblable travail n’était pas une des moindres difficultés. Il était impossible de séparer, comme dans l’Histoire de Bruxelles, l’histoire proprement dite de la description ; il fallait, au contraire, animer l’une par l’au« tre, et, par conséquent, suivre une sorte d’itinéraire qui permit de grouper à la fois les faits historiques et les détails topographiques. M. Wauters a encore résolu ce problème de la façon la plus heureuse, comme nous allons le voir en examinant le plan de son livre; mais ici une observation préalable nous semble nécessaire.

Rien n’est plus commun , parmi les étrangers, parmi les tou— ristes, que de dénigrer les environs de Bruxelles sous le rapport de l’intérêt, du pittoresque et de la variété. C’est une erreur que fait naître , sans doute, l’aspect du pays parcouru par les deux principaux chemins de fer conduisant à Bruxelles. Il est à espérer que l’ouverture des nouveaux railways vers Alost et vers Namur aura bientôt dissipé cet étrange préjugé, qui avait fini par s’accréditer chez les Bruxellois eux-mêmes; mais, quoi qu’il en soit, l’ouvrage de M. Wauters a encore la plus grande importance à cet égard, et l’on y trouvera plus d’une révélation sur une foule de localités trop peu connues ou imparfaitement explorées.

Une introduction fort bien faite renferme les données générales sur la topographie, la nature du sol, les productions minérales, les végétaux et les animaux, l’industrie, le caractère des habitants, les considérations météorologiques, et enfin sur l’histoire depuis les origines jusqu’à nos jours. L’auteur prend ensuite la ville pour centre et lieu de départ, et fait rayonner son itinéraire dans les diverses directions, successivement vers Gacsbeek, Ninove, Alost, Termonde, Grimberghe, Willebroeck, Wespelaer, Lcuvain, Tervueren, Yssche, Groenendael et Hal. Dans chacune des communes qu’il rencontre de cette façon, il recherche les diverses étymologies du nom , la généalogie des familles anciennes, les légendes et les traditions, les coutumes et les mœurs; il décrit les voies de communication, les progrès de l’industrie et de l‘agriculture, les monuments de l’art; lorsqu’il peut se procurer l’ancien sceau de la commune, il ne manque pas de le faire graver dans son texte; les chartes et les documents remarquables sont cités en entier dans les notes. et souvent une vue du château ou de l‘église vient illustrer la description, qui est elle—même le complément du récit historique. ,

Nous essayerions en vain de donner une idée de cet immense travail : contentons-nous d’en énumérer les points saillants et en quelque sorte les principales étapes.

C’est d’abord le fertile Anderlecht, avec sa belle église de la fin du xv° siècle , et la chapelle de Schcut , reste d’une magnifique chartreuse, d’où le maréchal Villeroi bombarda Bruxelles en 4695; puis Gaesbeek, dont le territoire jouissait de franchises particulières et dont le château mériterait toute une histoire. Viennent ensuite : l’ancien comté de Tirimont, com. prenant Dilbeek, Itterbeek et Bodeghem dont les églises surtout offrent le plus grand intérêt; les deux Lennick, patrie d’André Maes, célèbre philologue du XVI" siècle; et Lombeek Notre—Dame, dont l'église possède un magnifique rétable.

De Bruxelles vers Alost, l’auteur rencontre d’abord Molenbeek, si riche aujourd’hui par son industrie; Koekelberg; Berchem Sainte-Agathe;l’abbaye de Grand«Bigard; Zellick; les anciens domaines des Cruquenbourg; le pays d’Assche, célèbre par son établissement romain, par ses seigneurs, par ses coutumes et par sa remarquable église gothique; enfin l’abbaye d’Afllighem et les villages qui l’environnent. D’autre part se présentent l‘ancien comté de Jette; l‘abbaye de Dilighem; flamme, où mourut sainte Gudule; Wemmel, son château et son église , Merchtcn, ses antiquités romaines, même celtiques, ses légendes, ses franchises et ses gildes; et le petit Brabant, composé de quatre villages aux environs de Buggenhout.

Grimberghe attire particulièrement l'attention de l’historien, et le château autant que l’abbaye sont effectivement riches en souvenirs, en fait curieux ou importants. M. Wauters a donné à ce sujet tous les développements nécessaires; puis il s’est v occupé du château de Bouchout, à Meysse, si bien restauré et embelli par M. de Beaufort, du château même de Meysse, appartenant à M. d‘Hoogvorst, et de quelques villages voisins , parmi lesquels Wolverthem et Londerzeel se distinguent par leur église.

Laeken et Vilvorde prennent naturellement une place considérable dans le travail, cette dernière localité surtout, à cause de son ancienne organisation communale, de son ancien commerce, et de sa maison de détention. Il nous est malheureusement impossible de suivre l’auteur dans les nombreux villages dont il nous donne et la description et l’histoire : nous ne signale

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