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de M. Fiers. Les progrès de ce jeune statuaire sont d’ailleurs sensibles depuis le dernier Salon. Le Triomphe de l’amour, de M. Jean Geef‘s, révèle, au contraire, une assez grande expérience de l’art, mais peu de puissance dans l’idée, ou même dans l’expression de cette idée. Nous préférons à cette œuvre la Surprise, de M. Jaquet, bien que l’harmonie des lignes y soit désagréablement rompue par la position de lajambe gauche.

La Jeune fille a sa toilette de M. Frison est selon nous une des bonnes statues du Salon. L’idée est ingénieuse et la composition fort distinguée; les détails sont traités avec goût, avec habileté , et dénotent un artiste sûr de lui-même. Enfin le groupe de M. De Bay, les trois Parques, est d’un style large, qui a quelques-unes des qualités de la statuaire antique. La figure du milieu est même presqu’un plagiat, mais la figure de droite, l’Atropas, a une pose des mieux comprises , des mieux réussies.

Nous terminerons ici cette Revue déjà trop longue pour l’espace dont nous pouvons disposer. Nous sommes bien loin d’avoir cité toutes les œuvres remarquables du Salon, mais nous croyons n’avoir omis aucune de celles qu'il faut considérer comme de premier ordre, et cette nomenclature est sans doute assez riche. Il est donc juste de dire que l’exposition de cette année révèle un progrès parfaitement appréciable, sous beaucoup de rapports. Pour nous, nous avons foi dans l’art actuel, et si nos critiques ont été parfois un peu vives, nous espérons qu’elles n'ont jamais été décourageantes , qu’elles ne rebuteront aucun artiste de poursuivre sa véritable originalité.

EUGÈNE VAN BEMMEL.

EXPOSITION

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l'Association pour l'encouragement et le développement
des Arts Industriels en Belgique.

M. le comte de Laborde, dans son volumineux rapport sur l’application des arts à l’industrie, à propos de l’exposition universelle de 1851, s’exprime ainsi en ce qui concerne la Belgique 1.

« Il y a des contrées qui semblent privilégiées pour les arts , comme il y a des coteaux qui sont favorables à la vigne, sans qu'on puisse expliquer pourquoi, à culture égale, à latitude pareille, d’autres contrées sont moins favorisées : la Grèce, l’ltalie et la Belgique sont de ce nombre. »

Puis, après avoir fait le tableau le plus favorable de nos beaux—arts, non- seulement aux siècles précédents, mais encore et surtout à l’époque actuelle; après avoir montré comme exemple à la France , les Belges « prenant l’art au sérieux, apprenant consciencieusement

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4 Empositton universelle de 1851. Travaux de Ila commission française sur l'industrie des nations, publiés par ordre de l'empereur; \'lll' volume, 1856, p. 325.

leur métier, travaillant avec conviction et se montrant dignes de leur passé, » il change de langage en parlant de notre industrie.

« L’industrie a pris une autre voie que les arts; ses progrès se sont faits uniquement dans la direction du bon marché, et, sous cette tyrannique tendance, elle a abdiqué sa puissance artiste et se présente sous ce rapport, dans le grand concours des nations, avec humilité et en contradiction avec les progrès faits dans les arts; et cependant nous savons quels prodiges de gracieuses productions industrielles sont éclos dans les Pays-Bas à toutes les époques florissautes de leur art... »

Mais l’ouvrage de M. de Laborde ne parut qu’en 1856, et depuis quatre ans déjà s’était institué en Belgique une Association pour l’encouragement et le développe— ment des arts induStriels. Cette Association se proposait, comme but, selon l’art. 1*“ de ses statuts, « de stimuler le génie de la création artistique dans ses rapports avec les applications industrielles; de contribuer à répandre l’étude et le sentiment du beau dans la pro— duction des objets d’industrie qui empruntent à la forme une partie de leur valeur; de faciliter et d’encourager les efforts des artistes industriels et des artisans, pour la conception et l’exécution d’œuvres originales et de bon goût. »

C’est M. Édouard Romberg, directeur au département de l’intérieur, qui avait conçu cette idée féconde, qui en avait pris l’initiative, et qui n’a cessé jusqu’aujour— d’bui d’en poursuivre la réalisation d’une façon de plus en plus complète. C’est presque uniquement par ses soins que des expositions annuelles ont été instituées pour les œuvres des artistes industriels et artisans, telles que dessins, modèles, articles finis , comprenant

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toutes les applications pratiques de l'art aux diverses industries.

Les albums des expositions de 1855, 1854 et 1856 penventfairejuger des résultats obtenus : la quatrième exposition, ouverte en ce moment, révèle des progrès plus remarquables encore accomplis par les industriels dans tout ce qui touche aux beaux-arts.

Un examen rapide de cette exposition en fera comprendre toute l’importance.

Des concours ont été institués par l’Association, pour stimuler davantage encore le zèle des exposants. Le plus remarquable de ces concours a été cette fois celui des dessins pour dentelles. Onze concurrents se sont présentés, et ce nombre paraîtra considérable si l’on songe que la Belgique n’avait encore, il y a trois ans, aucun dessinateur indigène pour cette magnifique branche de notre industrie. Le prix a été accordé à M. Deligne (rue de la Paille, à Bruxelles) pour une pointe, deux volants et quatre garnitures d’un travail exquis. Le concours de modelage de panneaux, pour salle a manger, nous a offert deux panneaux, fleurs et fruits, de M. Lalmand (rempart Saint—George, à Anvers ), qui mériteraient d’être placés plutôt à l’exposition des beaux-arts. Comme goût, comme style et comme exécution , c’est là un véritable chef d'œuvre, et nous y avons retrouvé avec bonheur les pures traditions de la Renaissance allemande, telles qu’elles sont constatées dans les ouvrages de Dieterlin et de Martin Devos. Le concours d‘armurerie de luxe, pour la gravure, la cise— lure et l’incrustation, a mis en relief la supériorité de l’industrie liégeoise en ce genre. Un prix partagé a été accordé à M. Danse (faubourg Sainte-Walburge à Liège) et à M. Waroux (rue Devant les Carmes, à Liège). Le prix du concours pour la sculpture sur bois a été donné à M. Marlier (rue de la Pépinière, à Bruxelles) , pour un buffet en bois de poirier sculpté; nous devons citer néanmoins à côté de cette œuvre le prie-Dieu de MM. Goyers frères (à Louvain), qui reproduit avec une grande exactitude le style ogival primaire du xme siècle. Enfin le concours pour les dessins de papiers peints nous a présenté une foule de travaux intéressants parmi lesquels le meilleur est sans contredit celui de M. Cappei— nick, élève de l'École industrielle et detissage, à Gand. Quant au concours de cheminées sculptées, seul il n’a pas répondu à l’attente de la commission, et le Public ratifiera sans doute ce juvement.

Ce qui frappe le plus ' l’exposition de cette année, ce sont les progrès immenses , extraordinaires, fabuleux de la photographie. Soixante—deux; exposants et plus d’un millier d‘oeuvres photographiques de tout genre, viennent nous confondre à la fois d’étonnement et d’admiration. Plus rien ne semble exclu de cet art spécial qui comprend aujourd’hui le portrait, les ouvrages de peinture, de gravure, de statuaire et d’architecture, la nature morte, le paysage même, et jusqu’aux scènes de la vie humaine, par des reproductions réellement instantanées. Il faudrait toute une dissertation pour analyser les procédés divers qui se découvrent encore chaque jour et qui se perfectionnent rapidement, pour montrer l’influence que ces tra— vaux auront sur le progrès de l’industrie, des sciences et même de l’art proprement dit. Nous n’avons qu’un regret à formuler à propos de cette exposition spéciale, c‘est celui de voir les photographes belges sensiblement au-dessous et à fort grande distance encore des photographes étrangers, particulièrement des Français.

En continuant l’examen de l’exposition, nous rencontrons tout d'abord les dessins de l’École spéciale de

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