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civil, » qu’il est « disposé à adopter toute forme de propriété qui assurera des produits plus nombreux, » et qu’il ne comprend pas plus « l’utilité économique de payer l’instrument agricole appelé la terre, 7 à 8,000 fr. l’hectare que de payer la même somme pour un ouvrier agricole appelé esclave, » rapprochement qui dit sans doute que, selon lui, l’appropriation du soi n’est pas plus morale que celle de l’homme. Mais il pense que par le libre échange des denrées alimentaires on peut arriver a de meilleurs résultats qu’en t‘aisant rentrer le sol dans la communauté. Qui ne saisit pas ici, après avoir réfléchi un peu sur la portée de ces idées, une contradiction fort déplorable? D'un côté M. Adolphe de Beaulieu vient au secours de son cousin , disciple de Bastiat, dont l’argumentation lui « semblait laisser peu de place à la réplique; » de l’autre côté, il avoue qu’il n’est nullement partisan de M. Bastiat et de sa théorie de la gratuité de la matière, mais qu’il est tout simplement un apôtre de cette économie politique que Bastiat cherche à combattre, et qui, comme cet écrivain le prouve 1, reconnaît avec Garnier : que si les plus hardis novateurs ne -font autre chose que proposer le remplacement de la propriété individuelle par la propriété collective, « ils ont bien, ce nous semble, raison en droit humain, » mais qu’ils « auront tort pratiquement tant qu’ils n’auront pas su montrer les avantages d’un meilleur système économique... »

Reste à savoir si le prolétaire se laissera arrêter par cette barrière qu’érige M. Garnier et aveclui M. Adolphe le Hardy de Beaulieu. ‘

« Malgré la propriété commune, » continue cedernier,

4 Harmonies économiques, au chapitre : PROPRIÉTÉ roncximn.

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« s’il y a des gens qui ne cultivent pas la terre, que leur importe qu’elle appartienne à l’État, à la commune, à Pierre, Paul ou Jacques, dès qu’ils doivent échanger le produit de leur travail industriel contre celui de l’agriculture. » M. le Hardy oublie—t-il donc que les communes peuvent appliquer à leurs budgets et à celui de l’État la rente de la terre, après déduction, bien entendu, des intérêts de la somme de rachat? oublie-HI encore que tout en destinant la rente à la formation de fonds pour les associations ouvrières, les communes peuvent la partager de cette manière parmi les citoyens, comme les Athénieus distribuèrent le produit de la location de leurs mines? Ce sujet, du reste, est trop vaste pour être traité incidemment dans une discussion sur la liberté commerciale.

RITTINGEAUSEN.

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L’homme commence à connaître son domaine. On s’est souvent demandé si les globes étaient des êtres constitués, ayant conscience d’eux-mêmes; certes, ces immenses sphères qui rou— lent dans l’espace participent à la vie générale; mais peut-on distinguer le sol de ses habitants? les êtres sont une partie intégrante de la terre; c’est en eux que réside la conscience de la planète. Si la terre se sent vivre , se connaît, se possède, c’est dans tout être qui a sensation , vie et amour sur son sein, et, par excellence , dans la pensée et le cœur de l’homme.

Il n’y a pas bien longtemps, il n’y a qu’un instant, eu égard à l’âge du globe, que l’homme bornait encore son domaine à un horizon étroit, et plaçait partout des colonnes d‘Hercule aux continents, comme on en mettait à son esprit. Mais depuis que la philosophie a reconquis la liberté d’expérience, que de décou— vertes. que de lumières, que de science,acquise! Déjà l’homme, ou du moins une faible partie de l’humanité, celle qui est intelli— gente et éclairée, a pris possession de sa planète, la voit s’avancer dans l’espace, connaît ses éléments et ses lois , étudie ses divers règnes, ses richesses et ses animaux, compte ses populations, les unit par des rapports plus intimes et plus fréquents

1 Un fort vol. in-12, avec carte coloriée. Brux., librairie internationale.

chaque jour, et — sur cette terre où il n’y avait jadis que des colonies isolées, inconnues, se croyant seules; ou des races s’entr’égorgeant chaque fois qu‘elles se rencontraient -— commence à faire surgir une humanité qui sera la conscience intelligente de ce vaste globe, quand elle aura réellement conscience d‘elle-même et de la nature.

Des liens nombreux unissent réciproquement l’humanité à la terre; la nature a des lois fixes de vie et de fécondité imposées à l’homme, mais l‘homme peut y ajouter le travail de l’intelligence; la part de l’homme est l'amélioration, le développement, le progrès.

L’association est la grande loi de la vie : ainsi pour l’homme lui-même , il est reconnu qu‘il existe plusieurs races humaines , chacun‘e limitée à des climats restreints, à des domaines étroits; et que c’est le mélange , le croisement, l’association des races qui les rend de plus en plus aptes à élargir l’horizon , a posséder tout le globe, à unifier l'humanité.

Ainsi, dans les rapports de l’homme avec la terre, les travaux de l’homme doivent s’harmoniser avec les lois du monde. Il ne s’agit pas de dompter, de dominer, de contraindre , d‘as— servir la nature; il faut la comprendre , s’unir, s’identifier à elle, ne faire qu’un avec elle. Plus l’homme connaîtra son domaine et plus il deviendra l‘associé de la nature, plus il pourra compléter l’ordre général selon ses besoins , et façonner son palais dans des conditions meilleures d‘harmonie et d’utilité. — u Ce que nous créons par caprice n’est pas durable; cela seul subsiste qui rentre dans l‘ordre général, » —— dit M. Houzeau , et son livre est fait pour donner des connaissances exactes, en même temps que des vues élevées, sur le globe, sur l’ordre

général qui y préside, et faciliter cette association féconde et sublime.

Nos pieds s’attachent à la terre et les corps tombent de haut en bas vers le sol; ce fait a dû être observé dans tous les temps, mais il a fallu la découverte de la forme ronde du globe pour l‘expliquer par la loi de la pesanteur; alors seulement on a com

pris qu‘il n’y a ni haut ni bas, mais que la terre a un centre et une circonférence; que chaque molécule est attirée vers le centre et attire elle-même toutes les autres. L'ensemble de ces attractions des parties qui composent notre planète crée son unité et son individualité; c‘est par cette force qu’elle se sontient dans l’espace, tenant attachés tous les êtres, et ayant son point d'appui et son équilibre en elle-même.

La mécanique démontre que la forme que doit prendre un corps ainsi composé de molécules soumises à l’attraction mutuelle, est la forme ronde ou sphérique; et l’expérience l’a constaté pour notre globe, par des voyages autour du monde et par les mesures qu’on a faites de diverses parties de sa circonférence, en ares de cercle.

Une belle expérience d’un Belge, M. Plateau, — car on trouve des Belges sur tous les chemins de la science, — a montré qu’une masse fluide libre, c'est—à-dire soustraite à toute attraction extérieure, prend la forme sphérique, et que, lorsqu‘on fait tourner ce globe liquide, il s’aplatit en haut et en bas et se renfle au ventre. C’est l‘a aussi la figure véritable que l’on a trouvée à la terre, et quant aux abîmes des mers et aux sommets des montagnes, ils sont si peu de chose que Biot les compare aux plus faibles rugosités de la peau d’une orange.

Mais si la terre a une forme qui se rapproche tant de celle que prend une masse fluide en liberté , on est amené à en conclure qu‘elle a été autrefois à l’état liquide ou fluide; cette hypo— thèse a été admise et confirmée par la science. Laplace suppose même que l'ensemble, non—seulement du globe, terre, mer, atmosphère , mais de tout notre système planétaire, — c‘est-àdire le soleil, la terre et toutes les planètes, grandes et petites, avec leurs lunes qui sont soumises à l’attraction du soleil et guidées par lui dans l’espace, — n’a formé autrefois qu’une seule masse et que cette masse était gazeuse. On voit dans le ciel des nébuleuses dans cet état.

La science peut donc assister au premier jour de la terre, celui où la grande masse planétaire se divise et où la partie qui doit former notre globe roule indépendante dans l’espace.

Or, pour que toutes les substances que nous trouvons sur la

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