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trie] tend à opérer un changement profond dans la constitution du système.

Cent soixante-trois ans se sont écoulés depuis la création de la banque d’Angleterre. Ne s’est-il rien passé, d’alors jusqu’à nos jours, qui ait mis sur la voie de modifications sérieuses à introduire dans les institutions de crédit formées d’après ce type? Dans les trente ou quarante dernières années, pendant lesquelles l’in— dustrie a pris un si large développement, aucun fait, aucun événement n’est—il venu démontrer l’insuffisance du système?

Si l’on faisait l’inventaire des crises qui ont éclaté depuis moins d’un demi-siècle seulement, on serait émerveillé de voir que, malgré de cruels enseignements. les banques sont restées dans leurs conditions premières, sans que le péril passé ait eu l’influence de faire chercher le moyen de conjurer le péril futur en remontant à ses véritables causes. Ces crises, depuis l’extension du crédit, tel qu’il est constitué, tendent à devenir périodiques; elles se renouvellent tous les huit ou dix ans, avec une régularité qui atteste un vice fondamental dans l’institution.

Ce n’est pas qu’on n’ait attribué ces crises à des cir— constances dont un examen plus sérieux des choses a montré le peu d’action dans l’espèce. On a cru que les crises provenaient d’un excès d’émission des billets de banque. C’était prendre l’effet pour la cause, ce n’était pas même cela. Lorsque le billet ne trouve pas d’emploi, il retourne à la banque. La banque voudrait vainement en émettre au delà des besoins du marché, on les lui rendrait bel et bien en échange de son encaisse métallique. Fait digne de remarque: pendant les grandes crises qui ont affligé le commerce et l’industrie de l’Angleterre, le montant de la circulation des billets n’a pas

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dépassé, s’il n’est même resté au-dessous, le montant de la circulation aux époques les plus prospères. En février 1854, par exemple, les avances faites par la banque d’Angleterre au public, sur valeurs de portefeuille, n’étaient que de 8,524,000 liv. st. Ces avances s’accru— rent considérablement, de telle sorte qu’en février 1857 elles s’élevaient à 15 millions st. Nous trouvons là clairement exprimées les causes qui ont poussé aux affaires de spéculation pendant cette période terminée d’une manière si désastreuse. Mais la banque d’Angleterre avaitelle pu faire ces avances énormes au moyen de l’émission de ses billets? nullement, car l’émission des billets en février 1854, montait à 19,452,000 liv. st., tandis qu‘en février 1857 elle était réduite à 18,555,0001iv. st. La somme des avances avait augmenté de 6,500,0001iv, et la circulation avait diminué au contraire de près de 1 million de livres. Ce ne furent donc pas des émissions excessives qui poussèrent aux affaires de spéculation en 1856. Mais tout s’explique quand on jette un coupd'œil sur le montant de l’encaisse métallique aux deux époques. En février 1854, l’encaisse était en moyenne de 9,556,000 liv. st.; en février 1857 il n’était plus que de 5,958,000 liv. La spéculation avait été alimentée par des avances de capitaux sous forme métallique, et le même fait se serait prééenté, lors même que la banque n’eût pas émis le moindre billet, et que la circulation eût été purement en numéraire. L’histoire des crises de 1825 et de 1847 donnent des résultats entièrement analogues.

M. Charles Coquelin, dans son livre sur la Liberté des banques, a parfaitement exposé les causes et analysé les effets des crises commerciales. Il a démontré que ces crises sont dues presque toujours à l’engorgement des capitaux dans des centres d’affaires qui s’évertuent à trouver un emploi que] qu’il soit de ce trop plein. De là, des projets mal étudiés, précipités dans leur exécution, souvent extravagants et multipliés au delà de toute mesure. Tout marche bien dans les commencements. mais bientôt les appels de fonds se succèdent et les embarras se font jour. Les dépôts se retirent de la banque, chacun se fait un encaisse pour parer aux difficultés qu’on prévoit. La banque est plus facile d’abord pour ses escomptes, mais les billets qu’elle donne lui rentrent aussitôt en remboursement. La réserve métallique diminue toujours. Alors la banque, inquiète, etne voulant pas vendre sur place ses rentes en perte, n’a d'autre parti que d’élever le taux de l'escompte et de n’admettre que les effets à court terme. A ce moment la crise éclate, et jonche le sol commercial de ruines.

Est-il quelque moyen d’empêcher le retour de pareilles crises et de constituer un état de choses qui donne au crédit un cours normal et asseye le travail du pays sur une solide base. L’auteur du livre dont le titre figure en tête de cet article, l’a pensé, mais il ne croit pas qu’il suffise d’améliorer le système dans quelques— unes de ses parties; c’est le système existant qu’il combat, c’est un autre système qu’il veut faire prévaloir.

Essayons de montrer en quoi il consiste.

L’ouvrage de M. Haeck se divise en quatre parties. Les deux premières ont pour but d’exposer : 1“ quelle est la situation et quelles sont les tendances de l’état social; 2° ce qu’est le crédit et quelle est l’influence qu’il exerce sur la prospérité du travail agricole, industriel et commercial.

La première partie donne l’état au vrai de la Belgique. M. Haeck, puisant largement dans l’exposé de la situation du royaume en 1850, publication officielle du gouvernement due à la commission royale de statistique, demande si la production agricole, commerciale et industrielle de la Belgique, pourvoit amplement aux besoins du corps social; si nos concitoyens ont une alimentation suffisante, une habitation convenable, des vêtements appropriés au climat; s’ils peuvent fonder une famille sans devoir trembler pour son sort? Si l’instruction et la moralité sont en voie de progrès, et enfin, quelles sont, sous ces divers aspects, la situation et les tendances du corps social, dans les conditions actuelles du travail?

La réponse à la plupart de ces questions, tout le monde la fait aisément; il n'y a qu’à ouvrir les yeux pour en trouver les éléments. Mais il ne faut pas supposer que l’auteur se place au premier abord en pays d’utopie. Il ne s’agit pas pour lui de faire de la Belgique une contrée essentiellement heureuse, donttoute cause de malaise et de peine soit bannie. Si M. Haeck a un idéal, comme il convient à un homme intelligent qui répudie à bon droit les suggestions de la routine, il sait que toute réalisation dans les affaires humaines n’est jamais que l’approximation d’un absolu.

Mais M. Haeck a tracé, d’après les autorités les plus respectables, le bilan de la Belgique, pour déterminer ce qu’elle est, afin d’établir ce qu’elle devrait être, et de chercher les moyens de parvenir à ce dernier résultat.

L'étude des faits sociaux le conduit à constater, mathématiquement pour ainsi dire, non-seulement l’insuffisance du travail dans ses trois ordres de développement, mais le degré de cette insuffisance.

M. Haeck a dressé de la manière suivante, le tableau de l’état social en Belgique :

78,23€ familles d'électeurs possédant le bien—être et vivant dans l‘aisance, formant une population de 380,101 âmes.

78,234 Report. Report 380,101 âmes 385,398 familles de la petite bourgeoisie des

villes et des campagnes, se trouvant

dans une position demi-aisée, approchant

de la gêne, allant quelquefois jusqu'à la

privation. Population ' 1,872,071 » 446,213 familles de la classe ouvrière, parmi les

quelles 205,516 inscrites sur la liste des

indigents. Population 2,174,030 » 908,845 familles. 4,426,202 âmes.

La division de la propriété foncière, le nombre des propriétaires par provinces et par revenu cadastral, le nombre des propriétaires grevés de dettes hypothécaires, le montant et la division de la dette hypothécaire, l’insuffisance de l’alimentation pour les familles d’ouvriers, l’insalubrité de leurs habitations, la constatation de la dégénérescence de leurs forces physiques, la moralité, la progression de l’indigence, de la mendicité, des délits et des crimes, des naissances illégitimes, etc. sont autant de faits, examinés et discutés avec soin, qui semblent autoriser l’auteur à conclure en ces termes la première partie de son travail :

« D’après tout ce qui précède , nous croyons être en droit de dire : qu’il est urgent de trouver au plus tôt les moyens pratiques propres à enrayer les progrès de la misère et à faire reprendre au bien—être général une voie ascensionnelle. Lorsqu’au sein d’une société de pareils troubles se produisent et vont croissant, on peut dire que la vie, que l’existence même de la société est menacée. Un être chez lequel les causes de maladie et d’affaiblissement se développent et existent avec plus d’intensité que les forces qui déterminent la croissance et la santé, va promptement a la décrépitude et à la mort. Ce qui arrive auxindividus, arrive, en vertu des mêmes lois , aux nations. »

Ces dernières paroles seront taxées d’ex'agération. Pour notre part, nous croyons peu à la mort du pays ,

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