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par les progrès de la civilisation , elles ont enfin émancipé l’Église catholique.

Depuis soixante ans, où le despotisme recrute-t-il ses auxiliaires pour asseoir sa domination, si ce n’est dans le clergé romain. Si ce clergé s’associe momentanément aux mouvements révolutionnaires, s‘il prend le masque de la liberté, c'est pour la confisquer plus aisément à son profit, ou pour expulser les Joseph Il et les Guillaume 1er qui, dans l’intérêt public, veulent en— traver de pareils empiétements.

Il est aujourd’hui un fait constant et généralement admis : c’est que le catholicisme, tel qu’il se trouve constitué, forme le plus grand obstacle à l’établissement de la liberté en Europe. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil sur la situation politique de la France, de l’Espagne, de l‘Italie, de l’Autriche, enfin , où le nouveau concordat vient de détruire l’œuvre des Léopold et de Joseph, et de rétablir tous les abus du moyen âge. La réaction aujourd’hui est générale en faveur du catholicisme. S’il se trouve quelque part un prince sage qui veuille concilier les justes exigences de la religion avec le progrès irrésistible de l’humanité, il rencontrera tour à tour, au nord ou au midi de l’Europe, un prince absolu qui le forcera de renoncer à sa politique progressive pour suivre les errements du despotisme. Le système tant préconisé du comte de Maistre, ce fougueux défenseur du catholicisme , semble être adopté aujourd’hui par tous les souverains, y compris les princes protestants. Seront-ils assez conséquents pour le suivre jusqu’au bout? Nous en doutons. On sait que ce système fort simple consiste dans le pape, arbitre des rois, le clergé, la noblesse et l’esclavage! !! Si ce système a des chances de succès, le jour où la liberté sera détruite, où les peuples seront reduits en escla

vage , ce jour-là les princes se trouveront de nouveau sans appui en face de la puissance papale, et les vieilles luttes du moyen âge recommenceront de plus belle. (l’est ainsi que la pauvre humainité roule constamment dans un cercle qui la ramène à son point de départ : toute révolution en engendre une autre. Ce serait il désespérer du sort de l‘humanité, si la providence ne la faisait progresser en dépit de tous efforts en sens contraire.

En 1850, la Belgique a devancé les autres peuples ; elle a proclamé des libertés illimitées; les libéraux em— brassaient les catholiques; désormais plus de lutte, si ce n’est en faveur de la liberté. L’année suivante paraît la fameuse cncyclique du pape, qui condamne et ré- _ prouve toutes les libertés, une à une, de la constitution belge. Dès ce moment l’opposition se manifeste entre les deux partis; longtemps passive, elle ne devient active, elle ne devient lutte ouverte, que lorsque le despotisme impérial se trouve rétabli en France, et qu’il invoque l’appui, le concours du clergé. La crise dans laquelle nous nous trouvons indique suffisamment la situation des partis.

En 1848, la France repousse le système constitution-' nel de 1850; elle proclame la république et le suffrage universel qu’elle considérait comme une panacée pour guérir tous les maux dont l’humanité est aflligée. Et voici qu’en 1852 le suffrage universel ratifie le fameux coup d’État qui installe le despotisme, et qu’aujourd’hui il le consolide.

En Suisse, nous avons vu en 1855 le canton de Soleure changer sa constitution sur la demande d’une masse de pétitionnaires qui formulaient en ces termes leurs griefs contre la précédente constitution et particulièrement contre le suffrage universel: « Ce n’est pas

» le peuple, c’est le vin et le schnaps qui élisent les soi» disant représentants du peuple; qui paye le peuple » est élu! »

A cette occasion qu’il nous soit permis de reproduire les réflexions d’un publiciste distingué, M. LefèvrePontalis, à propos du corps électoral de l'Angleterre, tel qu’il existe depuis la réforme : « Ce n‘est ni une multitude ni une oligarchie. Quand le corps électoral est une multitude, n’y a-t-il pas à craindre que, le j0ur où la multitude égarée ne prendrait plus conseil que d’elle-même, les sages ne soient gouvernés par les fous. les propriétaires par les prolétaires, ceux qui savent ce qu’ils font par ceux qui l’ignorent, et que la force du nombre ne prévale sur le bon droit. D’autre part, quand le corps électoral est une oligarchie, la nation est séparée en deux corps étrangers l’un a l’autre et peut-être ennemis l’un de l’autre. La classe gouvernante, n'ayant plus de lien avec la classe gouvernée, ne sait plus comment la conduire dans les jours heureux, ni comment la conduire dans les mauvais, et trop confiante dans sa bonne cause, elle peut se laisser arracher le pouvoir par surprise, pour ne. plus savoir ensuite comment le reprendre. Tels étaient les écueils qu’il fallait craindre, et l‘Angleterre a su les reconnaître avant d’avoir fait l’épreuve du naufrage... »

Voilà donc à quoi aboutiront toutes ces belles chimères de liberté aussi longtemps que les peuples seront plongés dans l’ignorance et dominés par la superstition. La liberté pour être fructueuse ne doit être accordée aux peuples qu'en raison du nombre d’individualités qu’ils contiennent. L’avenir de la liberté dépend de l’accroissement des individualités. C’est ce que n’ont pas compris les chefs de la démocratie, qui, depuis

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soixante ans, ont voulu diriger les destinées de l’huma-. nité : presque tous les systèmes issus de la démocratie tendent à l’absorption de l’individu.

Si l’on accorde au clergé, dans les pays catholiques, une liberté et une indépendance complète, on le rend infailliblement, dans un temps donné, maître des destinées du pays: Souverain, État, peuple, tous devront courberla tête sous cejoug. C’est là une vérité incontestable que l’histoire enregistre à toutes ses pages. Aussi la réforme du xvre siècle n’a-t-elle eu qu’un but, celui de secouer ce joug: princes et peuples se sont donné la main pour aboutir à un résultat qui devait leur être également profitable. Alors, la réforme a développé partout l’individualisme, l’esprit de liberté et d‘indépendance.

Depuis la révolution de 1789 le catholicisme a cessé d’être un pouvoir dans l’État ; dès lors aussi les souverains se sont trouvés seuls en face des peuples, et ils ont dû entrer avec eux en partage de la souveraineté. De là les nouvelles luttes auxquelles nous assistons depuis soixante ans, et la restauration entière ou partielle du catholicisme dans certains pays, selon le degré d’ambition dont les souverains se trouvent animés.

Jusques à quand cette lutte durera-t-elle?Nnl ne le sait. Ce qu’il y a de certain c’est que le plus dangereux ennemi des peuples qui aspirent à la liberté, et des souverains qui ont l’imprudence d’appeler le clergé à leur aide, c’est la domination de Rome, qui cherche à se perpétuer a travers les siècles et a travers tous les changements qui se sont opérés dans le monde depuis la chute de l’empire romain : jadis elle étendait sa domination et sa civilisation supérieure par les armes de ses guerriers; aujourd’hui elle cherche à reconquérir sa domination par les armes spirituelles de ses lévites.

Cette soifde domination est fort naturelle chez elle et s’explique aisément. Depuis la révolution de 1789, depuis le jour où sa puissance a été entamée, les richesses du monde ont cessé d’affiner dans son sein, la misère s’est glissée parmi sa population paresseuse, ‘ et, à son tour, la misère a engendré l’esprit révolution' naire. Or, pour ressaisir sa domination chez elle, il faut d’abord qu’elle aille la reconquérir dans les États catholiques, et qu'elle ramène dans son sein ce fleuve d’or qu’alimentait autrefois la superstition des peuples. Le vrai clergé catholique, le clergé séculier comprend parfaitement qu’il a tout à perdre et qu’il n’a rien à gagner aux tendances de la politique romaine; mais il n’en est pas ainsi des hauts dignitaires de l’Église qui sont entraînés par l’ambition et l’appât des distinctions.

Depuis le concordat autrichien une grande réaction s’est opérée chez tous les esprits supérieurs, chez ceuxlà mêmes qui s’étaient le plus prononcés en faveur du catholicisme. Depuis lors il n’y a plus aucune illusion à se faire; l’espoir s’est évanoui de voir la puissance papale se modifier et adapter sa politique aux changements survenus en Europe. Les peuples se trouvent donc au moment d'engager une lutte suprême d‘où ils ne peuvent sortir que libres ou esclaves. Toute transaction devient une puérilité de la part des libéraux qui la proposeraient. C’est ce que le Journal de Bruxelles, a propos de la publication des ouvrages de Marnix de Sainte-Aldegonde, déclare en d’autres termes, avec une entière franchise. De part et d‘autre, la position se trouve ainsi nettement tranchée.

Après cet exposé sommaire de la situation générale, il me semble inutile d’insister sur ce qu’avait de chimérique la proclamation, en 1830, de la liberté en tout et pour tous!

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