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rique , on exerçoit les jeunes gens comme à Sparte , à vaincre la douleur; & pour être admis à l'honneur de combattre & de porter les armes , il falloit donner les plus grandes preuves d'intrépidité & de force. Ainsi avant l'invention de la poudre , c'està-dire avant qu'on eût découvert l'art d'unir la molleffe au courage , & que la foiblefse fût parvenue à détruire sans effort , & à triompher sans mouveIment, la force du corps a été & a dû être en effet dans la plus grande estime sur toute la terre. Il faut donc pardonner aux Grecs les éloges de leurs Athlètes. La Grèce en louant la vigueur des muscles , louoit l'instrument de ses victoires & les garants de fa liberté. , r On n'ignore pas que toutes les odes · de Pindare sont des éloges de ce genre ; & je m'y arrêterai peu. Leur impétuosité, leurs écarts, leur désordre, & surtout les longs détours par les

quels il passe pour trouver ou fuir son fujet, tout cela est connu. Il semble que Pindare a peur de rencontrer ses héros, & qu'il les chante, à condition de n'en point parler. Cependant il a passé sa vie à célébrer des Athlètes, mais toujours plein d'enthousiasme pour la victoire , & froid pour le vainqueur; à peu - près comme ces hommes qui ayant le besoin ou l'intérêt de louer , admirent comme ils peuvent, méprisent la personne & flattent le rang. Outre ces éloges chantés, ou prononcés une fois , les Grecs avoient des espèces d'éloges périodiques ou anniversaires , en l'honneur des citoyens qui avoient fait quelqu'action extraordinaire , ou rendu de grands services à l'Etat. Ainsi à Sparte , on prononçoit tous les ans l'éloge de Léonidas sur son tombeau. Nous n'avons aucun de ces discours , mais nous ne pouvons douter qu'il n'y en eut quelquefois de très-éloquens. On raconte qu'un philosophe Grec arrivant par hazard à Smirne le jour qu'on y célébroit la fête d'Homère, fut prié de prononcer son éloge. Il n'étoit pas préparé : mais traversant en silence la foule du peuple, il se rendit au lieu où étoit la statue d'Homere. Là, posant les deux mains sur la base , il rêva quelque temps profondément , puis comme inspiré par la slatue du poëte , il parla tout-à-coup avec la plus grande éloquence. Sans doute à Sparte, la vue du tombeau de Léonidas, & cette fête consacrée à un héros, devoit exciter le même enthousiasme chez l'O1'atell1'. A Athènes les chants de Callistrate célébroient tous les jours les deux héros qui avoient délivré la ville de la tyrannie des Pisistratides. Ces chants étoient dans la bouche de tous les citoyens; & à la fin des repas, dans ces momens où l'on couvroit la table de

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