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neur.- C'est ainsi qu'ils parcourent Ia Grèce. Ils terminent leur voyage par les jeux olympiques. En arrivant, ils visitent le bois sacré, où ils contennplent plus de six cents statues en bronze ou en marbre, élevées à ceux qui avoient remporté les prix. Delà ils se rendent aux jeux, & y trouvent la Grèce assemblée. Supposons que dans ce moment même Thémistocle , vainqueur de Salamine , parût au milieu des jeux. On sait que lorsqu'il s'y montra après sa victoire , tout retentit d'acclamations & de battemens de mains ; les jeux furent interrompus, & l'on oublia pendant une journée entière les combattans, pour voir & regarder un grand homme. Je m'imagine que dans ce moment, le père devoit approcher de son fils, & lui dire : tu vois dans q'el pays tu es ré, & comme on y honore tout ce qui est grand ; & toi aussi, mérite un jour que Ion pays t'honore.

Ainsi, chez les Grecs, de quelque côté qu'on jettât les yeux, on trouvoit par-tout des monumens de la gloire. les rues, les temples, les galeries , les portiques , tout donnoit des leçons aux citoyens. Par-tout le peuple reconnoissoit les images de ses grands hommes; & sous le plus beau ciel , dans les plus belles campagnes, parmi des bocages ou des forêts sacrées, parmi les cérémonies & les fêtes religieuses les plus brillantes, environnés d'une foule d'artistes, d'orateurs & de poëtes qui tous peignoient , modésoient, célébroient ou chantoient des héros, marchant au bruit enchanteur de la poésie & de la musique, qui étoient animées du même esprit, les Grecs victorieux & libres,nevoyoient, ne sentoient, ne respiroient par-tout que l'ivresse de la gloire & de l'immortalité.

Il n'est pas étonnant que chez un pareil peuple , l'usage des éloges ait

été établi. Les Grecs eurent, comme les Egyptiens, des éloges funèbres ; mais ils les appliquèrent d'une manière différente. En Egypte, où la politique étoit liée à la religion, on se proposoit sur-tout de faire régner la morale dans toutes les classes de citoyens: dans la Grèce, composée de républiques libres & guerrières, on s'attachoit à élever les ames & à y nourrir le mépris des dangers & de la mort. Ainsi les éloges funèbres n'étoient accordés au nom de l'Etat, qu'à ceux qui étoient morts pour l'Etat. D'abord on frappoit les yeux par un appareil imposant & auguste; car chez tous les peuples , la première éloquence est celle qui parle aux sens. On dressoit une tente , où étoient portés les ossèmens des guerriers. Là, ils demeuroient trois jours exposés à la vénération publique. Le peuple y accouroit en foule ; il jettoit sur ces ossemens des couronnes de fleurs , de

l'escens & des parfums. Le troisième jour, on mettoit les restes de ces braves citoyens sur des chars ornés de branches de cyprès. La pompe s'avançoit au son des instrumens , jusqu'au lieu de la sépulture. Cette enceinte étoit regardée comme un temple consacré à la valeur. Les derniers devoirs rendus, l'orateur montoit sur la tribune , & prononçoit l'éloge funèbre. Nous avons encore trois de ces discours. L'un est de ce Périclès qui fut tout à la fois capitaine & orateur, élève d'Anaxagore, amant d'Aspasie, redoutable à la Grèce , & corrupteur d'Athènes. On sait qu'il enivra le premier les Athéniens de spectacles & de fêtes, & leur donna des vices pour les gouverner; mais ce fut son éloquence qui le rendit quarante ans monarque d'une république. Je le renverse en luttant, disoit un de ses rivaux ; mais lors même qu'il est à terre, il prouve aux

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