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gueil n'avoit point encore éveillé l'envie. L'homme sauvage admire , & ne calcule point avec art pour échapper à la reconnoissance. Cependant les héros dûrent recevoir de plus grands honneurs après leur mort; car on refpecte toujours plus ce qu'on ne voit pas. Dans la suite même, quand il ne resta plus d'eux que leur nom & leurs bienfaits, & cet éclat de réputation qui aggrandit tout, on en fit des Dieux. Alors leur tombe fut un autel ; & leurs éloges furent des hymnes. Tout peuple dès sa naissance, eut des éloges. Les Chinois, les Phéniciens, les Arabes célébroient par des chants les grandes actions & les grands hommes. La Gréce étoit encore loin d'être le pays d'Homère & de Platon, lorsque déja elle avoit adopté ou créé cet usage. Nous verrons la même coutume chez les premiers Romains Enfin, chez tous les Peuples Celtiques la même institution régna plusieurs

fiécles. Les Druides étoient les philosophes & les prêtres de la nation : les Bardes étoient les chantres & les panégyristes des héros. On les plaçoit au centre des armées. » Viens nous voir » combattre & mourir , & tu nous » chanteras ». Et le guerrier qui tomboit percé de coups , tournoit ses regards mourans vers le poëte qui étoit chargé de l'immortaliser. Ces chants, ou ces éloges étoient la principale ambition de ces peuples. C'étoit un malheur de mourir sans les avoir obtenus; & l'on croyoit qu'alors ces ombres guerrières apparoissoient aux yeux duBardepour solliciterses chants, ou qu'il étoit averti par le bruit de sa harpe qui retentissoit seule & à travers le silence de la nuit.. Ces chants se conservoient par la mémoire , & passoient d'âge en âge. On les répétoit dans les familles. On les chantoit dans les fêtes. La veille des batailles ils servoient de prélude

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