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à Rome sous ce gouvernement féroce qu'on appella l'empire. Nous avons vu dans cette époque tout ce qui concernoit les éloges funèbres. Nous avons vu cet honneur accordé quelquefois à des monstres , quelquefois à des princes qui le méritoient. Mais quand on est puissant, on ne consent guères à n'être loué qu'après sa mort ; & quand on est esclave, on veut flatter ceux que l'on craint.Ainsi le pouvoir d'un côté & la bassèssè de l'autre, firent le plus souvent naître les panégyriques, que les uns eurent le courage d'entendre, & que les autres eurent l'audace de prononcer. On est effrayé , en lisant l'histoire , de la foule énorme de panégyriques dont les Romains accablèrent leurs Empereurs. Ce débordement ne fut pas subit ; il ne vint que par dégrés. On commença par rendre des actions de graces au prince , lorsqu'on étoit nommé Consul. Quand on remercie, il faut louer; & quandon loue, on veut plaire; rien de plus naturel : & ce qui ne l'est pas moins, c'est de vouloir ajouter chaque année , à ce qui a été dit l'année précédente Ce qui n'étoit donc qu'un remercîment, devint peu-à-peu un discours ; & le discours devint un panégyrique ; & le panégyrique fut ce qu'il devoit être; c'est-à-dire qu'on y louoit toujours un peu plus les mauvais princes que les bons. On étoit souvent en guerre : l'Empereur qui jouissoit en paix des dépouilles du monde, souvent ne sortoit point de son palais ; mais des Généraux qui avoient quelquefois la hardiesse d'être de grands hommes , lui gagnoient des batailles. Il étoit établi que ces batailles n'avoient été gagnées à trois cents lieues de lui, que par ses auspices invincibles.Ainsi on ne disoit niot du Général ; & on prononçoit dans le sénat un panégyrique en l'honneur du prince.Mais si par hazard l'Empe

reur sortoit de Rome en temps de guerre , pour peu qu'il lui arrivât , comme à Domitien , ou de voir de loin les tentes des armées , ou de fuir seulement l'espace de deux ou trois lieues en pays ennemi, alors il n'y avoit plus assez de voix pour célébrer son courage & ses victoires : à plus forte raison , quand l'Empereur étoit un grand homme, & qu'à la tête des légions,il faisoit respecter par ses talens la grandeur del'empire. Le peuple romain de conquérant devenu oisif, & ne pouvant plus se désennuyer en gouvernant le monde, aimoit les fêtes , & on les lui prodiguoit. Quand un prince avoit régné vingt ans, il falloit célébrer le · bonheur de l'empire. C'étoit alors des jeux pour le peuple , & un panégyrique pour le prince. On trouva bientôt l'époque trop reculée. De vingt ans, on la mit à dix ; ensuite à cinq. A chaque époque , nouvelle fête, & nouveaux éloges. Au bout du siècle, éloges se prononçoient dans le sénat, dans les temples, dans les places publiques, & jusques sur le théâtre. Au milieu des spectacles, nous dit Pline, on jouoit, on chantoit, on dansoit des panégyriques de Princes; & l'Empereur étoit loué en même temps dans le sénat & sur la scène, par un histrion & par un consul*. Outre les orateurs qui, dans toutes ces fêtes, parloient devant le Prince, , & mentoient, pour ainsi-dire, au nom de l'univers , il y avoit encore dans toutes les parties de l'empire une foule de sophistes ou d'orateurs subalternes, flattant & mentant pour leur compte,

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