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les expriment.Enfin peu accoutumés à ' méditer, la partie du langage qui peint les idées abstraites & les mouvemens de l'ame se repliant sur elle-même,

leur devoit être presqu'inconnue. C'est le concours des philosophes & des poëtes, qui perfectionne les langues. C'est aux philosophes qu'elles doivent cette universalité de signes qui rend une langue le tableau de l'univers; cette justesse qui marque avec précision tous les rapports & toutes les différences des objets ; cette finesse qui distingue tous les progrès d'actions, de passions & de mouvemens ; cette analogie qui dans la création des signes les fait naître les uns des autres, & les enchaîne comme les idées analogues se tiennent dans la pensée ou les êtres voisins dans la nature ;cet arrangement qui de la combinaison des mots, fait sortir avec clarté l'ordre & la combinaison des idées ; enfin cette régularité qui , comme dans un

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sont, pour ainsi-dire, les décorateurs & les peintres. C'est ce concours des poètes & des philosophes, qui donna à la langue des Grecs sa perfection & sa beauté. Leurs artistes même, en les accoutumant à porter un œil plus attentif sur la nature pour bien juger & du dégré d'imitation & du choix des objets , contribuèrent peut-être à étendre les idées de ce peuple & son langage. Mais les Romains pendant près de six cents ans, furent privés de tous ces secours. Il ne faut donc pas s'étonner si l'éloquence qui tient tant à la perfection des langues, & qui chez les Grecs même est née après tous les autres arts , naquit si tard dans Rome. Malgré les orages de la liberté, les grands intérêts, & le plaisir de gouverner par la parole un peuple libre, il n'y eut pas un orateur qu'on put citer avant Caton. Luimême étoit encore hérissé & barbare.

Sur deux ou trois cents orateurs qui en divers temps parlèrent à Rome ; à peine y en eût-il un ou deux par siècle, qui put passèr pour éloquent Peu même eurent le mérite de parler avec pureté leur langue La grandeur de cet empire qui s'étendoir sans cesse ; cette ville qui engloutissoit tout, qui appelloit tous les Rois, tous les peuples ; ces Généraux & ces soldats qui alloient conquérir ou gouverner les provinces, & parcouroient sans cesse l'Asie, l'Europe & l'Afrique; tout cela étoit autant d'obstacles à ce que la langue romaine prît ou conservât une certaine unité de caractère. Peut-être même la facilité qu'eurent les Romains , de puiser chez les Grecs tout ce qui manquoit au systême de leur langue ou de leurs idées, retarda leur industrie , & contribua à n'en faire qu'un peuple imitateur. Ils traitèrenr la langue & les arts comme un objet de conquête , usurpant tout sans rien

créer,

- Cependant la langue d'un peuple guerrier , tendoit à la fierté & à la précision ; d'un peuple qui comman- . doit aux Rois, à une certaine magnificence; d'un peuple qui discutoit les intérêts du monde , à une certaine gravité; d'un peuple libre & dont toutes les passions étoient énergiques & fortes , à l'énergie & à la vigueur : & lorsque cette langue fut enrichie de toutes les dépouilles des Grecs , lors que les conquérans eurent trouvé dans les pays conquis des leçons, des maîtres & des modèles, & que les richesses du monde en introduisant à Rome la politesse & le luxe , y eurent fait germer le goût, alors l'éloquence s'éleva à la plus grande hauteur, & Rome put opposer Cicéron à Démosthène, comme César à Périclès , & Hortenfius à Eschine. . Long-temps avant cette époque, les Romains eurent la coutume de

louer leurs grands hommes. Ils ado

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