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royaume des Pays-Bas; une récapitulation plus longue des griefs que les Belges avaient eu à faire valoir contre le gouvernement tombé, et un sommaire des actes que le gouvernement provisoire avait posés depuis son avénement. En parlant du protocole 1 et de la réponse que le gouvernement y avait faite, le jour même de l'ouverture du Congrès, De Potter disait : « Ces communica» tions nous font espérer, avec la cessation prochaine des » hostilités, l'évacuation, sans condition aucune, de tout » le territoire de la Belgique. » On voit par ses « Souvenirs personnels » qu'il avait pris sur lui d'ajouter au texte les mots : « sans condition aucune, » dans le prononcé du discours, prévoyant bien qu'il lui aurait été difficile de les faire admettre par tous ses collègues, et tenant cependant à faire connaître, quant à lui, le sens dans lequel il avait entendu le protocole. Ce fait prouve de plus près encore l'impossibilité où De Potter se trouvait de continuer de marcher d'accord avec ses collègues et bientôt avec l'assemblée.

Outre la divergence au sujet de la nature des pouvoirs du gouvernement provisoire, De Potter avait à sa charge ses opinions républicaines, déjà franchement annoncées alors. Il convient sans difficulté que ces opinions étaient isolées dans le milieu officiel où il se mouvait. Mais il ajoute que ce n'était pas une raison pour lui d'y renoncer, puisqu'il ne tenait pas à exercer le pouvoir quand même.

L'acte de la démission de M. De Potter consiste en une lettre qu'il adresse le 13 novembre au gouvernement provisoire, et dans laquelle il rapporte le différend existant entre ses collègues et lui sur la nature du mandat qu'ils avaient reçu du peuple. Il donne leurs raisons et les siennes sur la question, puis il ajoute:

« Vous avez cru devoir passer outre; je ne m'en plains pas » et je vous laisse la responsabilité de votre décision ; voici la » mienne, elle est irrévocable:

» Je ne tenais pas mon mandat du Congrès national; je

» devais donc, ni ne pouvais le résigner entre ses mains. Ce

» mandat est devenu nul, selon moi, dès l'instant que vous

» avez investi le Congrès, comme vous venez de le faire par

» votre démission, de tous les pouvoirs réunis et confondus. »

Le même jour, il adresse au Congrès une lettre dans laquelle, après avoir fait remarquer à l'assemblée que Soq nom ne se trouve pas au bas de la démission collective donnée par le gouvernement provisoire, il lui transmet la lettre qu'il vient d'écrire à ses anciens collègues; il ajoute ensuite:

« Avant de terminer cette lettre d'envoi, je prendrai la » liberté de vous témoigner combien m'a surpris votre prompte » décision sur la démission donnée, au nom d'un corps, par » quelques membres de ce corps, dont tous n'avaient pas signé » cette même démission, et cela sans avoir provoqué une » explication sur les raisons qui avaient déterminé, tant la » signature des uns que le refus ou l'absence de la signature » des autres.

» Veuillez, messieurs, agréer avec mes vœux sincères pour » le prompt et entier succès de vos importants travaux, » c'est-à-dire pour le salut et la prospérité de notre patrie, » l'assurance de mon plus profond respect.

« Signé : De Potter. »

De Potter dit dans ses « Souvenirs personnels »: « Mes deux lettres furent lues au Congrès le iQ novembre » (c'est le if» qu'il fallait dire), prises pour notification » et bientôt complétement oubliées. » Il rentra dans la vie privée avec satisfaction, s'il faut l'en croire, et nous, qui l'avons bien connu, nous l'en croyons. « J'étais rede» venu moi-même, dit-il, et je respirais librement comme » avant que j'eusse posé le pied dans cette funeste lice » politique où il s'était commis sous mes yeux tant de bas» sesses et de turpitudes, où j'avais vu fuir devant moi » tant d'heures sans charmes et tant d'illusions détruites.» Nous l'en croyons pleinement : ce qu'il fallait à cette intelligence d'élite, à ce cœur désintéressé, c'était seulement de l'activité et de l'activité employée à produire ce qu'il croyait le bien pour le plus grand nombre de ses semblables. 11 retrouva cette activité dans les polémiques politiques et philosophiques qu'il reprit bientôt par les journaux et d'autres publications. Cette activité, il pouvait la concilier désormais avec les douceurs paisibles de la vie de famille, qui fut toujours le milieu où ses amis l'ont vu se complaire avant tout.

De Potter ne quitta pas Bruxelles immédiatement après sa démission donnée. Si l'on en juge par quelques lettres et articles publiés par lui dans divers journaux pendant les premières semaines qui suivirent sa retraite des affaires, son intention doit avoir été d'abord de continuer à vivre en Belgique, en y exerçant, comme auparavant, à l'aide de la presse, une influence qui aurait servi sans doute à nous faire éviter bien des écoles. Il faut reconnaître que les hommes nouveaux aux mains desquels étaient passées les affaires, et qui avaient déjà sans doute sur le maniement de celles-ci les idées que nous leur avons vu mettre en pratique plus tard, ne pouvaient guère tolérer l'existence à côté d'eux de celui qui avait tant fait pour contrarier les principes politiques auxquels on allait revenir. Il n'y a donc pas trop de témérité à conjecturer que le plan de dégoûter De Potter du séjour de Bruxelles a été conçu par le gouvernement d'alors. Nous rappellerons succinctement comment ce plan fut exécuté.

De Potter faisait partie d'une association politique qui tenait ses séances à « La Bergère, » rue de la Bergère. Le chef de la police de l'époque ameuta à plusieurs reprises des gens pour troubler ces réunions. En dernier lieu, il s'agissait de les faire disperser violemment par des agents soudoyés. De Potter fut averti à temps par ses amis du guet-apens qu'on lui préparait. Il s'abstint, sur leur conseil, d'assister à la séance où le coup de main devait se produire. Au jour dit, la réunion fut réellement assaillie par une bande d'assommeurs. Plusieurs membres y furent l'objet de voies de fait assez graves, et l'assemblée ainsi dispersée cessa de se réunir. Dans une lettre adressée au journal le Belge du 24 février 1831, De Potter expose les motifs qu'il a d'accuser l'autorité, alors régnante, comme il s'exprime, des manœuvres et des menaces dont il est l'objet. Il termine ainsi:

« Quand on est arrivé à ce renversement de toute idée » d'ordre, et que les honnêtes gens se trouvent en contact » avec d'aussi ignobles adversaires; quand le peuple se laisse » aveugler et mener, au point de servir ses plus cruels enne» mis contre ceux précisément qui se dévouent pour lui a.ssu» reraumoinsunepartie du bonheurauquel il a droit,l'homme » qui se respecte, affligé et découragé, laisse le champ libre aux » intrigants, et, plaignant les dupes, se retire. C'est ce que je » fais. »

Quelque temps après, De Potter alla s'établir à Paris avec toute sa famille.

Ses travaux politiques et littéraires pendant son séjour à Paris ont consisté principalement d'abord en sa collaboration assez assidue, de 1831 à 1834, au journal l'Avenir, publié alors par le célèbre abbé de La Mennais. En 1835, il publia plusieurs articles dans le journal républicain le Réformateur. 11 n'abandonnait pas pour cela la publication de brochures sur plusieurs questions importantes relatives principalement à la situation de la Belgique. C'est ainsi qu'il fit paraître diverses « Lettres à Léopold » à partir de 1832, réunies depuis en une seule brochure in-8°, Paris, 1839; qu'il livra successivement à la librairie: une brochure : De la révolution à faire d'après l'expérience des révolutions avortées, Paris, 1831 ; une autre : Éléments de tolérance à l'usage des catholiques belges, Paris, 1834; une autre encore : Question aux catholiques belges sur l'Encyclique de M. de La Mennais, Bruxelles, 1834. La première de ces trois brochures fut traduite en italien et publiée à Lugano en 1832. La seconde fut traduite en flamand et publiée à Gand en 1834.

De Potier s'occupa aussi, pendant son séjour à Paris, d'une nouvelle édition de ses deux ouvrages sur les conciles qu'il refondit en un seul et qui, comme nous l'avons déjà dit plus haut, parut à Paris en 1836 et 1837, en huit volumes, sous le titre de Histoire du christianisme.

De Potier, qui pendant son établissement à Paris revenait annuellement passer quelques semaines en Belgique, y renoua peu à peu (Jes relations avec ceux de ses amis d'avant 1830 qui étaient restés, comme lui, indépendants du gouvernement nouveau. Il avait noué en même temps quelques liaisons littéraires ou politiques avec des hommes plus jeunes, dont les débuts dataient du règne de Léopold, et qui partageaient plus ou moins ses opinions philosophiques. Il rentra définitivement à Bruxelles vers la fin de 1838. Il ne l'a plus quitté depuis.

A Bruxelles, il continua de s'occuper des affaires publiques, auxquelles il consacra successivement plusieurs publications nouvelles. Il y fit paraître, en 1839, la première édition de ses « Souvenirs personnels, » en deux volumes in-8°. Elle fut bientôt suivie d'une seconde, en 1840. Une traduction hollandaise a été faite de cet ouvrage. Elle a paru à Dordrecht en 1839 et 1840. Ce sont, à proprement parler, les mémoires de De Polter. Ils seront toujours consultés par ceux qui écriront l'histoire de la révolution belge de 1830. L'intérêt de la forme ajoute d'ailleurs encore à l'intérêt de la matière. Nous croyons que c'est le livre de De Potter dont les écrivains futurs feront le plus d'usage.

Nous ne donnerons pas ici le catalogue des brochures nombreuses que De l'otter mit au jour depuis son retour à Bruxelles jusqu'à sa mort. Qu'il suffise de dire qu'il ne laissait passer aucune question importante, agitée dans l'ordre moral ou dans l'ordre politique, sans en dire publiquement son avis, et toujours dans le sens large et loyal qui constituait avant tout sa manière. Nous nous ar

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