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impartial dans lequel il a voulu éviter,,dit-il, la route la plus battue jusque-là, celle qui le conduisait « à traiter »: les conciles d'après le système du christianisme romain » moderne, en modifiant tout ce qui lui est contraire, » afin de le plier à ses lois, et en exaltant tout ce qui ». paraît d'abord à la première vue devoir lui être favo* » rable! » Une autre route qu'il prétend avoir évitée aussi, est celle parcourue pendant le xvuic siècle, « route » qui lui présentait, dit-il, un vaste champ à exploiter » s'il avait voulu mettre souvent en usage les deux plus » terribles armes de nos modernes déclamateurs : le » ridicule et les grossièretés. » De Potter pense, et nous croyons qu'il était de bonne foi, avoir fait un livre résur niant « les nombreux extraits et les notes que lui avait » laissés la lecture de l'histoire ecclésiastique et des » Pères de l'Église, » en se tenant en dehors « des pré' » jugés tant religieux que philosophiques. »

Le fait est que l'ouvrage est principalement conçu dans le but de mettre en relief les contradictions et les disputes auxquelles ont donné lieu l'établissement du christianisme dans l'ancien empire romain On peut admettre avec l'auteur qu'il a rendu compte impartialement de ces débats; mais au lieu de les présenter comme des accessoires indispensables de l'établissement d'une doctrine qui s'est fondée primitivement par la discussion et au milieu de controverses philosophiques de toute espèce; qui, plus tard, a dû maintenir l'intégrité de ses principes, en combattant tour à tour les prétentions contradictoires des princes et des nations qui ne voulaient souvent l'accepter et la servir qu'à leurs conditions; au lieu de suivre à travers ces débats le développement continu de la religion chrétienne sous sa forme catholique, surtout parmi les barbares qui renversèrent l'empire en Occident, et de faire, comme l'ont fait depuis, les Ranke, les Voigt, les Macaulay, etc., la part de l'action civilisatrice du catholicisme sur les destinées générales de l'humanité, De Potter, tout en ne concluant nulle part, laisse assez deviner partout qu'il veut principalement, comme ses prédécesseurs les philosophes et les historiens de l'école voltairienne, porter son coup de cognée à l'arbre du catholicisme.

Notre intention n'est pas de justifier ou de critiquer ici cette tendance. Les livres comme le premier ouvrage de De Potter continueront à se multiplier, tout comme ceux qui s'écrivent pour en réfuter les assertions ou en combattre les doctrines. C'est affaire à la religion catholique de progresser encore, comme elle l'a pu autrefois, à travers des controverses du même genre. Le philosophe aujourd'hui n'a plus rien à lui opposer, si elle accepte la discussion, comme elle l'acceptait dans l'origine. C'est au philosophe à voir, à son tour, si, par la seule discussion, il est plus certain de vaincre le catholicisme que ne l'ont vaincu les philosophes païens, aux mêmes conditions. En attendant, nous pouvons louer ici De Potter, le libre penseur, d'avoir été du moins un des principaux fauteurs du principe de la discussion libre dans nos temps modernes. Il a reçu de son vivant plusieurs témoignages du gré que lui en savaient, en Belgique surtout, les catholiques, beaucoup plus que les soi-disant libéraux.

Valeur de controverse mise à part, les « Considérations sur l'histoire des principaux conciles » figurent encore avec utilité dans les bibliothèques. Pour la définition et l'histoire des principales hérésies qui ont divisé l'Église depuis son origine jusqu'au ix° siècle, plusieurs chapitres donnent des renseignements intéressants à consulter. La forme du livre n'est d'ailleurs pas rebutante comme il arrive souvent aux ouvrages d'érudition sur les matières théologiques. Quant au style, il a quelquefois un petit arrière-goût de ce qui avait été la langue de l'enfance de l'écrivain, un arrière-goût de germanisme, qui reste du flamand comme de l'allemand. Plus tard, le style de De Potter s'est considérablement épuré.

L'ouvrage dont nous parlons eut assez de retentissement pour qu'on en fît une contrefaçon à Paris en 1818. Cette contrefaçon est, comme l'édition originale de Bruxelles, en deux gros volumes in-8°.

Avant de quitter Rome, De Potter fit publier, mais cette fois directement à Paris, ce qu'on peut appeler la seconde partie de ses Considérations sur les conciles. Il avait vraisemblablement réuni d'avance sur toute l'histoire de l'Église « les nombreux extraits et les notes, » dont nous avons vu plus haut qu'il avait fait la matière de son premier ouvrage. A cause de la trop grande étendue qu'aurait eue la publication en une seule fois de tout le travail, et à cause des chances défavorables que cette étendue même aurait pu faire courir à l'édition, l'auteur avait préféré, sans doute, tâter le terrain comme H le fit, en ne publiant d'abord que ce qui concernait les conciles jusqu'au grand schisme d'Orient.

Le nouvel ouvrage parut en 1821 sous le titre: « L'Esprit de l'Église, ou considérations sur l'histoire des » conciles et des papes depuis Charlemagne jusqu'à nos » jours. » 11 se composait de six volumes.

Avant d'en parler plus au long, nous ferons remarquer que « l'Histoire philosophique, politique et critique du » christianisme et des Eglises chrétiennes depuis Jésus jusqu'au xixe siècle, » publiée à Paris par De Potter en 1836, n'est que la fusion en un seul ouvrage, et moyennant quelques retouches, des « Considérations sur » l'histoire des principaux conciles, etc., » de 1816 et de « l'Esprit de l'Église » de 1821. Seulement cette édition de 1836 des deux ouvrages sous un nouveau titre est enrichie d'une introduction, formant plus de la moitié du premier volume, fort curieuse à lire pour juger du chemin philosophique que De Potter avait fait depuis 1816 dans ses appréciations du christianisme, soit en général, soit spécialement sous sa forme catholique romaine. L'histoire en question a huit volumes, ce qui prouve que la matière des deux volumes de 1816 et des six volumes de 1821 n'y a pas été fort étendue.

Plus tard encore, en 1856, De Potter a publié à Bruxelles, en deux volumes in-12, un « Résumé de » l'histoire du christianisme depuis Jésus jusqu'à nos » jours, » qui n'est que le compendium de ces publications antérieures. Une courte préface précède ce compendium. Elle fait connaître succinctement les principes auxquels l'auteur en était arrivé à «ette époque où il avait déjà exposé, dans de nombreux écrits purement spéculatifs, publiés à part, les doctrines d'une nouvelle philosophie qui, dans sa pensée, constituaient une école dont il était le fondateur. Nous en reparlons en son lieu.

Le travail sur les conciles (et les papes, cette fois), depuis Charlemagne jusqu'à nos jours, a les mêmes défauts et les mêmes qualités que le premier. On pourrait dire peut-être qu'il est moins impartial dans l'appréciation des faits. Il devient plus hostile au catholicisme, sans doute parce qu'il traite d'une époque où celui-ci était devenu plus puissant. Le livre a d'ailleurs la même utilité pour les recherches sommaires que les gens du monde ont besoin quelquefois de faire sur telles ou telles questions qui ont occupé les historiens et les théologiens traitant des vicissitudes de l'Église. Bien entendu, toutefois, que nous ne nous rendons pas caution de l'exactitude entière des faits rapportés. Nous ne sommes pas assez savant pour cela. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il n'y a pas plus lieu de suspecter en ce point la bonne foi de De Potter que de tout autre écrivain; et que quant au soin qu'il pouvait donner aux recherches dont il avait besoin, ses dispositions et son aptitude, à cet égard, valaient celles d'un bénédictin.

Quand on a parcouru, comme nous venons de le faire de nouveau, le second ouvrage de De Potter, et qu'on a jeté ensuite un coup d'œil sur les modifications qu'il a apportées encore à l'édition de 1836, qui comprend le premier comme le second, on ne peut s'empêcher de mesurer, ne fût-ce que par curiosité, la distance de l'écrivain de 1816 à celui de quelques années plus tard.

Voici quelques passages de la conclusion de son premier ouvrage:

« Je finis en suppliant le lecteur de ne pas méconnaître les » sentiments qui ont guidé ma plume dans cet ouvrage. Je » rapporte, sans voile il est vrai, les faiblesses et les crimes » des prêtres du premier Age; mais je proteste de nouveau » que je regarde ces imperfections de la nature humaine » comme absolument étrangères à la religion, sous l'égide de » laquelle on cherche toujours à cacher leur laideur. Je laisse » à décider au public éclairé si en rendant aux hommes le » service essentiel de les prémunir de plus en plus contre la » méchanceté de leurs semblables, je n'aurai pas également » bien mérité de la religion elle-même que j'ai tâché ainsi de » soustraire au blâme inconsidéré des impies. »

Évidemment, De Potter est encore là sous l'empire de sentiments qui ont disparu lorsqu'il dit plus tard: « L'heure, me semble-t-il, a sonné de citer le christia» nisme à la barre du genre humain qui le jugera en » dernier ressort sur les dépositions de l'histoire. »

Mais, ajoutons que, comme il n'a du moins jamais varié dans la doctrine qu'il fallait laisser la discussion libre, il n'aurait jamais regretté que, « sur les dépositions de l'histoire, » comme on les rectifie aujourd'hui, même chez les écrivains philosophes, le christianisme, de l'aveu et du consentement du genre humain, fût admis à reprendre tranquillement sa place, dans ce grand travail de civilisation qui est bien loin d'avoir encore établi l'égalité et la fraternité des hommes, but que le christianisme est venu annoncer le premier au monde et qui lui appartient donc à meilleur titre qu'à tout autre système de religion ou de philosophie.

De De Potter historien nous pouvons passer à De Potter homme politique, par une transition qui le fait aller presque naturellement d'une carrière à l'autre, nous voulons dire en rendant compte de ses autres publications, depuis la « Vie de Scipion de Ricci » jusqu'au

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