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matico latino, grseco etiam, si quis reperiri potuerit,
duodecim praebeantur annonae (').» Outre cette restric-
tion significative si quis reperiri potuerit, on remar-
quera l'infériorité des appointements accordés au pro-
fesseur de grec. Il est vrai que Trêves, au nord de la
Gaule, était, plus que toute autre cité, exposée aux dé-
vastations des barbares. Une inscription antique de
Trêves est l'épitaphe d'un certain Epictetus, ou Hedo-
nius qui s'intitule lui-même, grammairien grec (2).

Bordeaux comptait dans ses chaires quelques grecs,
tels que Sperchée, Ménestrée, un ancien prêtre deBélen,
Phaebitius et son fils Patère.

Arles entendit l'oraison funèbre de Constantin le jeune, mort en 340, écrite en grec. Elle portait le titre de Monodie. Il faut bien croire que le grec avait encore dans ces pays de nombreux adhérents.

On peut suivre dans Ausone (309-394), mieux que chez aucun autre, l'influence de l'hellénisme sur un professeur illustre. Précepteur de Gratien, comte de l'Empire, questeur, préfet et consul en 379, il dut toutes ces dignités à son esprit et à son talent. Il ne nous appartient pas de redire ici tout ce qu'on a déjà écrit sur la frivolité de ses écrits; nous ne voulons y voir que les traces d'une éducation soignée, où les souvenirs et les connaissances helléniques servent à caractériser l'état des études grecques. On ne peut nier qu'Ausonene se fasse grand honneur de ses connaissances en grec. Il a un intendant grec nommé Philon. Voici ce qu'il en dit à l'un de ses amis: « Philon a été mon fermier, ou, comme il dit lui-même, mon iitftpoKQç : le mot lui semble plus

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temps à l'une et à l'autre de grotesques hommages. Il écrit à Axius : « Partagé entre les deux muses grecque et latine, Ausone salue Axius par un badinage en deux langues:

Jol

'EXXocSocfjî Iaïté/mv Mouff7)ç, Latiécque Camaenae
'A?îw 'Aixro'vtoç sermone alludo bilingui.»

Il continue sur ce ton. Jusque là ce sont les vers que se partagent les deux muses; elles finissent par se disputer le même mot, et l'on voit dans cet étrange exemple de macaronisme Ausone se plaindre de plaider ou d'enseigner la rhétorique dans des chaires ingrates:

"Evtt fopo) caUdaiçre, xal ingrataîat xaOéSpaiç.

Pour désigner les jeux ridiculement laborieux auxquels il consacre ses loisirs, il est obligé d'inventer un mot nouveau . SonTechnopaegnion ,composé de liyyri et de TOtfyviov, est un badinage sans valeur sur les monosyllabes. On peut toutefois excepter de ce blâme celui qui porte ce titre: De litteris monosyllabis grœcis ac latinis. Dans cette comparaison de l'alphabet grec avec l'alphabet latin au moins peut-on recueillir un ou deux détails qui intéressent le lecteur. Ainsi ces deux vers:

Hta quod ^Eolidum, quodque i valet hoc latiale E
Praesto, quod E Latium semper brève, Dorica vox E.

prouvent qu'au temps d'Ausone, l'H n'avait pas encore le son de l'I qu'on lui donne dans la prononciation moderne. C'est un argument que peuvent faire valoir à l'appui de leur opinion, ceux qui condamnent la confusion de l'H avec l'I. L'on ne voit pas que M. Egger ait pensé à s'en servir dans son appendice à sa VII« leçon sur la prononciation du grec. Recommandons de même à l'attention des philologues ce vers-ci sur le B, il tranche aussi une question en suspens:

Dividuum Betae monosyllabon Italicuiu B.

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Le B italien ne se confondait pas avec le V, puisque les latins avaient imaginé cette consonne inconnue, dit l'auteur, aux descendants de Cécrops:

Cecropiis ignota notis, ferale sonans V (1).

Les passages que nous venons de citer rendent donc inutile, au moins pour le temps d'Ausone, toute discussion sur la valeur du B et de l'H grecs, ils se prononçaient comme notre B et notre E.

En d'autres écrits, Ausone nous a conservé quelques détails curieux. Dans le Protrepticon de studio pueriii, c'est-à-dire dans un plan d'études destiné à son petitfils, il recommande de faire lire à cet enfant Homère et Ménandre parmi les grecs, Térence, Cicéron, Horace et Virgile parmi les latins (*).

Quelques-uns de ses écrits sont des imitations de Pythagore, tel que le oui et le non; d'autres, des sommaires de chaque livre de l'Iliade et de l'Odyssée.

C'est dans la Commémoration des professeurs de Bordeaux, qu'il nous a laissé les souvenirs les plus intéressants pour la connaissance des études grecques en son temps. On sait qu'il a consacré, dans des -vers de différentes natures, l'expression de sa reconnaissance pour les maîtres de sa jeunesse, pour ses collègues et ses amis, que la mort avait enlevés à l'enseignement, Cette liste, beaucoup trop courte, se recommande surtout par la mention qu'Ausone y fait de plusieurs professeurs de grec. Notons d'abord le professeur de latin Alcimus Aletbius, qui unissait la science des deuxlan

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(i)Voir là-dessus la dissertation dp. M. Ej?eer. sur la prononciation du

gues, aussi habile dans celle d'Athènes que dans celle de Rome:

Exemplar unum in litteris
Quas aut Athenis docta coluit Graeeia,
Aut Roma per Latium colit.

Censorinus Atticus reçoit une louange égale:

Tarn generis tibi Celsus apex quam gloria fandi;
Gloria Athenei cognita sede loci.

Stophylius, rhéteur, citoyen d'Ausci, c'est-à-dire d'Auch, est célébré pour avoir une aussi pleine connaissance de Tite-Live que d'Hérodote, pour savoir toute la science que Varron a renfermée dans ses six cents volumes:

Grammatice adScaurum atque Probum, promptissime rhetor,
Historiam callens Livii et Herodoti;
Omnis doctrinae ratio tibi cognita quantam
Condit sexcentis Varro voluminibus.

Une même épitaphe consacre les noms de Crispus et d'Urbicus, grammairiens latins et grecs. Nous y voyons que Crispus enseignait aux enfants les éléments de la langue latine et qu'il puisait parfois dans le vin une inspiration qui l'égalait à Virgile et à Horace. Urbicus enseignait le grec et Ausone lui fait l'honneur de pleurer sa mémoire en introduisant un mot grec dans la strophe latine:

Et tibi, Latiis posthabite orsis,
Urbice, Graiis celebris, carmen

Sic iW.îm<>.

Nous regrettons que le temps ne nous ait laissé parvenir aucun des vers de Citarius.il était né à Syracuse, en Sicile, il avait la docte critique d'Aristarque et de Zénodote. Sa muse était plus habile que celle de Simonide:

Citario, Siculo Syracusano, Grammatico Burdigalensi Grseco.

Et Citari dilecte, mihi raemorabere, dignus Grammaticos inter qui celebrere bonos. Esset Aristarchi tibi gloria, Zenodotique, Graiorum antiquus si sequeretur honos. Carminibus, quae prima suis sunt condita in annis, Concedit Cei musa Simonidei.

Corinthe, Sperchée, Menesthée forment un autre groupe qu'Ausone salue. Menesthée ne fut pas son maître, les deux autres le comptèrent parmi leurs élèves. Le poète s'accuse de n'avoir pas assez profité de leurs leçons. L'aveuglement ordinaire de l'enfance l'empêcha de se rendre docile à l'enseignement du grec. Cet aveu ne doit pas affaiblir en nous l'idée qu'Ausone peut nous donner de sa science. Il répara sans doute plus tard le temps perdu:

Grammaticis Graecis Burdigalensibus.

Romulum post nos prius, an Corinthi,
Anne Sperchei, pariterque nati
Atticas musas memorem Menesthei
Grammaticorum?

Sedulum cunctis studium docendi;
Fructus exilis, tenuisque sermo.
Sed quia nostro docuere in aevo,
Commemorandi.

Tertius horum, mihi non magister,
Ceteri primis docuere in annis,
Ne forem vocum rudis, aut loquendi;
Sed sine cultu.

Obstitit nostrae quia, credo, mentis
Tardior sensus ; neque disciplinis
Appulit Graecis puerilis œvi
Noxius error.

On aura remarqué que ces professeurs ne tiraient de leur enseignement que de maigres ressources, probablement les douze annones accordées par le décret de

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