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envoya à Saint Augustin. En 421, il était a Constantinople, et, trouvant là les pélagiens chassés d'Occident, groupés auprès de Nestorius, il écrivit contre eux. Ce qui nous intéresse davantage, c'est qu'il traduisit du grec en latin quelques écrits de Théodore de Mopsueste, pour prouver que ce maître commun des Pélagiens et des Nestoriens avait été un homme très-dangereux. Mercator travailla aussi avec zèle contre l'hérésie de Nestorius, il traduisit en latin les anathèmes de Saint Cyrille et ceux de Nestorius qu'il réfuta. Il mit également en latin la sixième session du concile d'Ephèse et plusieurs autres pièces importantes. Il vécut jusqu'à l'an 449. De pareils ouvriers n'étaient pas moins utiles à l'Eglise que les grands docteurs qu'elle ne cessait d'enfanter. Puisque toute doctrine devait être présentée au jugement de l'évêque de Rome, n'était-il pas avantageux qu'il y eut à ses côtés des interprètes habiles à déchiffrer les écrits des Grecs? (')

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Et toutefois la pénurie de ces hommes va se faire sentir. A Rome l'on s'éloigne chaque jour davantage des études helléniques, et les papes seront bientôt réduits à demander au dehors des hommes éclairés. On en vit bien un exemple lorsque le pape Célestin reçut de Nestorius une lettre écrite en grec et quantité d'autres pièces qui contenaient ses doctrines. Dans l'ignorance où il était lui-même de cette langue, et ne trouvant autour de lui parmi ses clercs latins personne qui pût

(i) V. sur Mercator, Tillemont. Mém. eccUs. 1.15. — D. Ceillier. t 13.

Il se rendit habile, non-seulement dans la langue latine, mais aussi dans la grecque. Car il fit des écrits importants en grec : (t. I. p. 5.) et presque tout ce que nous avons de lui, sont des pièces grecques qu'il a traduites en latin», on voit... qu'il possédait assez bien les auteurs profanes. (T. 15, p. 137.)

venir au secours de son inexpérience, il fit appeler de Marseille un moine, Jean Cassien, qui savait parfaitement le grec et d'ailleurs était fort savant en théologie.

Jean, surnommé Cassien, était, à ce qu'il paraît, d'origine provençale (') , quoique l'auteur de l Abrège de VHistoire ecclésiastique, déjà cité plusieurs fois, le fasse venir de la Thrace (2). Il naquit en 360 et mourut en 440. Il fut d'abord élevé parmi les moines de la Palestine et de l'Egypte. Ses parents l'obligèrent de s'appliquer aux lettres humaines. Il a raconté luimême quelle impression avait faite sur lui cette première éducation où dominaient les préoccupations littéraires. « La lecture continuelle, dit-il, des auteurs profanes, que nos maîtres nous ont tant pressés de faire autrefois, a tellement rempli mon esprit, qu'étant infecté de ces poésies, il ne s'occupe que de fables, que de combats et des autres niaiseries dont je me suis entretenu dans ma jeunesse. C'est pourquoi, lorsquejeveux gémir devant Dieu à la vue de mes péchés, tantôt des vers d'un poète me reviennent dans l'esprit, tantôt les images des combats de ces héros fabuleux frappent si vivement mon imagination que mon âme ne peut plus s'élever jusqu'à Dieu, ni se délivrer de ces fantômes, malgré les larmes que je verse. »

Cassien eut, comme Saint Jérôme, une crise intellectuelle. Il renonça aux études profanes et se retira parmi les solitaires. Il s'enfonça dans l'Egypte avec un compagnon nommé Germain, qui était du même pays que lui et peut-être son parent. Il visita les déserts les plus reculés de laThébaïde et connut de près les hommes dont il avait entendu raconter tant de grandes choses.

Au commencement du cinquième siècle, nous le retrouvons à Constantinople ; il reçoit les leçons de Saint

P) Ouizot. 1.1. p. 127. (») T. II. p. 425.

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Jean Chrysostome, et, par lui, il est élevé au rang de diacre. On pense qu'il fut fait prêtre à Marseille, où il passa les dernières années de sa vie: c'est là que Saint Léon, le premier des diacres de Rome, alla le chercher pour interpréter la lettre de Nestorius et combattre en faveur de la doctrine catholique.

Cassien est encore célèbre par ses Institutions monastiques, c'est-à-dire qu'à la demande de Saint Castor, évêque d'Apt, il rédigea la règle qu'il avait vu pratiquer aux moines de la Palestine et de l'Egypte, et qu'il faisait lui-même observer dans son monastère de Marseille. Il écrivit de même les conférences spirituelles qu'il avait eues avec les anachorètes de Sceté. Il le fit pour former des anachorètes et les élever à la contemplation et à la pratique de l'oraison continuelle. Ainsi Cassien contribuait à fortifier dans le midi de la Gaule l'esprit oriental, qui n'avait jamais cessé d'y régner mêlé à l'usage de la langue grecque.

Il faut reprendre les choses d'un peu plus haut. M. Egger, dans son Histoire de VHellénisme en France, a résumé dans sa deuxième leçon, consacrée à Marseille et à ses Colonies (*), toutes les preuves qui établissent l'influence du génie grec dans cette ville ancienne de la Gaule. Nous ne reprendrons donc pas ici tous les témoignages qui concernent les années antérieures à l'introduction du christianisme dans les Gaules. L'édition marseillaise de l'Iliade d'Homère, IxSoaiç MocroaW'uixy), les témoignages de Strabon, le grand nombre d'hommes instruits dans toutes les sciences qui sont venus de Marseille en Italie, une inscription grecque monnaies marseillaises, tous ces détails diligemment recueillis et habilement commentés par le savant helléniste, ne permettent pas de douter que, dans les temps rapprochés de l'ère chrétienne, Marseille ne possédât une littérature fort riche, où le grec avait une large place à côté du latin.

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Il est à regretter que cette littérature grecque ait péri tout entière sans laisser de traces appréciables. Il est certain pourtant qu'elle s'était répandue, non-seulement dans les cités les plus voisines, filles de Marseille, Nîmes, Aix, Saint-Remi, Orange et Arles; mais encore elle avait pénétré à l'ouest, jusqu'à Bordeaux, au nord, jusque dans Trêves,où de'florissantes écoles en conservèrent longtemps la tradition et l'enseignement. Autun (') était également célèbre par ses écoles; la capitale des Arvernes, aujourd'hui Clermont-Ferrand, entretenait des artistes grecs et les payait généreusement, tel était Zénodore, qui fit pour elle la statue colossale de Mercure, au temps de Néron. Des fouilles récentes, entreprises sur le Puy-de-Dôme ont mis hors de doute les assertions de Pline l'ancien sur cette merveille de l'art païen transportée dans la plus hérissée de toutes nos provinces. Faut-il s'étonner après cela qu'à Avenche, sur le territoire de la Suisse, les écrivains de VHistoire littéraire de la France, aient trouvé la mention d'un Claudius, qui a traduit de grec en latin les Annales romaines de Caïus Acillius (*).

(') On l'appelait la Rome Celtique:

Celtica Roma dein voluit csepitque vocari.

{Vit.Germant, authore Herrico. Spicileg. D'Achery.) Le» écoles de cette Tille s'élevaient entre le temple d'Apollon et le Capitole. Sur les murs, on avait peint des cartes géographiques. Tacite en parle

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t)8 LA LITTÉRATURE GRECQUE

Au IIe siècle après Jésus-Christ, disent les mêmes
historiens, « Dieu se servit du ministère des Grecs pour
communiquer à notre pays les premières lueurs de
l'évangile, comme il s'en était servi pour y introduire
les maximes et les coutumes de la Grèce païenne ('). »
Saint Pothin et Saint Irénée vinrent, en effet, s'établir
à Lyon. « Ils ne s'y trouvèrent pas tout-à-fait étran-
gers. On y parlait assez communément leur langue, qui
était la grecque. » Cette langue y était en usage depuis
longtemps, le commerce continuel de Lyon avec Mar-
seille, les jeux publics et les combats littéraires qui se
donnaient à Lyon en grec et en latin depuis l'empereur
Caligula en sont une preuve suffisante. Saint Pothin,
Saint Irénée et les autres Grecs qui vinrent à Lyon prê-
cher l'évangile se servirent de leur langue. Ce n'est
pas que le grec fût le seul idiome dont on se servît dans
ces pays, mais il était la langue ordinaire du plus
grand nombre des colons que l'esprit du commerce
avait fixés dans ce groupe de cités, telles que Marseille, ^

Lyon, Arles, Narbonne, etc. Irénée ne se contentait
pas de prêcher en grec, il écrivait dans cette langue tout
ce qui était destiné, soit aux églises de Lyon et de
Vienne, soit au pape. C'était aussi dans cette langue
qu'il combattait les erreurs. On a de lui un écrit contre
les hérésies, il était fait pour préserver de l'imposture ,^J

des faux chrétiens jusqu'aux femmes que les hérétiques
avaient séduites sur les bords du Rhône (2).

Dans la grande persécution ordonnée ou tolérée par
Marc-Aurèle, les chrétiens de Lyon subirent coura- '^

geusement le martyre. Saint Pothin, Attale, Ponticus, ^

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